recueil
DE VOYAGES
D E M *-
THE VEN O T,
DEDIE' AV ROT,
A PARIS,
Chez Estienne Michaliéï
ruë S. jaques à l’Image S. Paul.
M. DC, LXXxiJ.
Avec Privilège die Roy <
SUITE DU RECUEIL;
o v
DEcouverte dans l’ Améri-
que Septentrionale par le P.
Marquette Jefuite.
Carte de la Découverte de la Terre
de lèlmer.
Am ballade des Mofcovites à Pékin,
8c Découverte des Pais qui font
entre la Mofcovie 8c la Chine.
Carte de la Route d’Abel Tafman
autour de la Terre Aullrale.
Nouvelle maniéré de Niveau.
De prendre Hauteur ,
De mefure univerfelle.
Et autres Problèmes > qui fervent de
Suplément à l’art de Navigation.
Avec l’Hiltoire naturelle de l’Ephe-
niere.
A V I S ;
’Envïe de connoiftre le monde
nous eft naturelle , elle a efté du
goût de tous les fiecles, de elle a
fait l'ambition de plufîeurs de leurs
plus grands hommes : Auffi nous
voyons que prefque toutes les Nations ont
eû des Géographes ; les Perfans de les Ara-
bes en ont eû autant que les Grecs ôc les La-
tins ; & la Géographie de la Chine eft aulîï
exadle que celle que les Grecs & les Romains
nous ont laiiïee. Il y avoit eû tant de deferi-
prions du monde au temps d’Augufte, que
Strabon commence la fienne par des exeufes de
ce qu’il écrivoit fur une matière dont tant d'ha-
bHes gens qu'ils nomment avaient écrit. Ptolo-
mée trois ou quatre fiecles après Strabon fait
les mefines exeufes ■ comme fi ce fujet eût déjà
efté epuifé dés ce temps: Mais les grands voya-
ges qui le font faits depuis nous ont découvert
une étendue du monde plus grande que celle
que les Grecs , les Romains &c les Orientaux
nous ont décrite. Nous fçavons par leur
moyen que les anciens ont prefque toujours efté
trompez dans ce qu'ils nous ont rapporté des
lieux où leurs Empires ne s eftoient point
étendus, de nous ne devrons pas moins de con-
noifiànces & de découvertes à ces voyageurs^
â
2
qu’à tous ceux qui les ont précédée , fi nous
comptons l’étendue des découvertes qu'ils ont
faites dans le monde 8c dans l’hiftoire de la na-
ture , ce font ceux qui nous ont defabufez de
1 erreur où S. Auguftin a efté avec beaucoup
de grands 8c de laints perfonnages , que la
partie de la terre au de-là de noftre Tropi-
que n avoir pas pû eftre peuplée apres le dé-
luge univerfel. C'eft de ées voyageurs que
nous avons appris que la Zone Torride dt
une des plus déiicieufes parties de la terre, &
des plus peuplées d'hommes & de toutes for-
tes d animaux. Beaucoup de gens de Lettres
fe font exercez fur Y autre difficulté que ces
voyages ont fait naître , 8c fur l'origine
des peuples qu'ils ont découverts dans l'A~
merique. Mais il fe trouve que ceux qui y
ont travaillé ne fe font point fervis dune
preuve qui eft peut- eftre convainquante, tou-
jours eft-elle plus propre pour réfoudre cette
difficulté , que toutes les autres qu'ils ont ap-
portées : Et c:efl par cette raifon principale-
ment que jay inféré dans le quatrième volu-
me de ce recueil l’Hiftoire des Mexicains
par figures , d où je la tire.
(Dans ces figures ou Hifloires les années font
marquées d'une maniéré particulière aux peu-
ples de la hante Afie,auxChinois,aux Tartares,
8c à ceux du japon . Je ne fçay point d’autres
peuples que ceux-là qui ayent compté leurs
années par cycles : Et comme cette manier6
eft fubtile , èc que les Américains d’aujour-
d’huy qui la pratiquent font fort greffiers , iî
y a beaucoup de raifon de croire que ces
peuples font venus d’une autre nation, &
d’un autre païs que celuy qu’ils habitent,
comme ces meffnes Hiftoires nous le mar-
quent j/& apparemment de cette partie d’A-
fie où on pratique cette manière fi fabule de
compter les années.
On me dira d’abord que l’on ne fe fç au-
roit imaginer comment ces peuples auraient
pû traverfer toute la grande mer du Sud, &
Faire une navigation fi longue : Mais ceux à
qui cette obje&ion fait peine ne fongent pas
aux changemens qui peuvent arriver au Glo-
be de la terre , ni à la facilité du trajet de la
terre de jezo dans l'Amérique Septentriona-
le, ils n’ont peut-eftre pas fait refiedion que
la terre flotte dans un milieu fluide , que l’eau
qui fait une partie de fon globe doit toujours
eftre terminée par une furface fpherique , &
qu’il ne fe fçauroit faire de fi petit change-
ment à la pofition du centre de ce globe,
que le mefine changement n’arrive à propor-
tion à la fiirface de î’eaü qui fe doit tou-
jours tenir également diftante de ce centre,
Sc eflre tantoft plus & tantoft moins conve-
xe ou courbée félon que ce centre en eft plus
éloigné ou plus proche. Si-bien que fi l’on
fuppofè que par quelqu’un de ces change-
gemens qui arrivent à la terre par des trem-
blemens , par des écroulemens 8c par des feux
fouterrains,ce centre approche d’un codé delà
furface de l’eau de io thoifes,la courbure de la
iurface de l’eau changera prefque en la mefine
proportion , 8c augmentera du codé duquel
ce centre le fera rapproché : tellement que
Peau qui battoit auparavant le pied d’une fa-
laize ou codé de mer haute de 9 thoifes*
apres ce changement la pourra couvrir toute
entière, 8c les païs qui feront derrière, s’ils
11e font pas plus hauts que la falaize.
Ainfi ces païs qui edoient auparavant dix
thoifes plus haut que la mer , fe trouve-
ront inondés fous l’eau. De femblables
inondations peuvent avoir feparé la par-
tie Septentrionale de l9 Amérique , de la
haute Àfie, 8c y avoir fait les détroits qui
font au Nord du Japon, ils peuvent avoir
abîmé l’Atlantide de Platon avec les païs
dont parle Clement Alexandrin , 8c depuis
la Groenknde que le Roy de DannemarcK
cherche inutilement il y a long-temps. Par là
il fe fut des valçes ou il y a eu des monta-
gnes , 8c des montagnes fe peuvent élever
dans les valées & dans les plaines. Le moin-
dre changement de ce centre peut faire ces
renverfèmens qui paroiflènt fi grands aux hom-
mes à caufe de la préemption où ils fonta
ide régler le grand & le petit fur la mefq:-
re de ce qu'ils peuvent faire , &c la duree du
temps par la durée de leur vie : Ileftvrayque
ces changemens ne font rien en comparaifon
de la grandeur du diamètre de la ' terre ; car
il n'y a point de proportion de dix thoifes y
que nous avons prifes pour exemple à tant de
pnilliers de thoifes , que la terre a de diamètre.
Mais ce feroit trahir la vérité que de s'en
tenir là, & de dire feulement que ce chan-
gement a pu arriver. Il n’efl: que trop vray
qu'il eft arrivé plufieurs fois , & il y a peu
de païs où on ne trouve quelques preuves ,
& ou Ton n'en voye 4es effets tres-faciles
à reçonnoiftre.
Lucrece,Ovide, Strabon & Pline les ont
remarque^ , Ôc ont parlé de vaillèaux , d'an-
cres , de coquillages, & de dépoüilles de poif-
fons marins que l'on a fou vent vu avec éton-
nement for les montagnes. Cependant les gens
de Lettres en ont efté rechercher d'autres caufes
qui ne fatisfont perfonne, & qui ne les auraient
pas apparamment fotisfaits eux-mefines s'ils
s'eftoient donné la peine d'examiner la chofê
fur les lieux.
Mais fans renvoyer fort loing ceux de nos
François qui voudroient s’en éclaircir, ils peu-
vent voir à une lieue de Paris au-delfous deè
murailles du Parc de Monfieur du Harîay
Procureur General du Parlement de Paris ^
6
des effets fort evidens d’un de ces grands
changemens. Je puis faire voir des lits de
toutes ces differentes elpeces de coquil-
les que la mer nourrit , ôc beaucoup de
ces dépouilles , ôc de ces os de poi fTons qui
ne fè trouvent point ailleurs que dans l’O-
cean ; ce qui eft une preuve convaincante
qüe la mer qui en eft maintenant éloignée
d’environ quarante lieues , s’eft autrefois
étendue jufques-Ià , la Seine eft entrée en là
place, 8c Ton tient quelle a cinq pieds de pen-
te fur chaque lieue depuis Paris jufqu à la mer.
Il y a bien des confèquences importantes à
en tirer, non feulement pour la connoiflànce
de la terre, mais auffi pour la Chronologie
du monde : Car quoy-que Ton ne puiflè pas
dire |uftement en quel temps fembjables
lits & changemens fe font faits , il eft cepen-
dant vray que den trouver deux ou trois au-
defiiis les uns des autres , comme on les voit,
fous les fondemens de quelques Villes qui ont
efté pofez il y a plus de trois mille ans , font
autant de bonnes preuves qu’il s’eft fait bien
des changemens dans la terre que fhiftoirc
n’a pas marquez , qu’il y en a qu’elle na pu
marquer , ces grandes innondations entraînant
en mefine temps 8c l’Hiftorien 8c la fcene ,
ou le theatre des aétions qu’il doit décrire.
Et fur tout , que l’opinion des Septantes, &
du Martyrologe Romain fur l’âge du mon-
de , eft plus vray-fêmblabîe que celle des Ra-
bins qui ne le font pas fi vieux que les autres ,
c'eft une grande matière à reflexions-, quanta
prefent ce m’eft allez de faire voir la facilité
de la tranfmigration des peuple.s de l’Afie en
r Amérique,
Cette Hiftoire des Ameriquains devoit eftré
fuivie d’une découverte faite dans F Amérique
Septentrionale par le Pere Marquette Jeluite f
8c le fieur Joliet, curieufe par plufieurs railons,
mais principalement à caufe qu’elle nous donne
connoiflânce de quelques pais de l’Amerique
Septentrionale qui font depuis le 41 degré juC
quesau 33, & qu’elle peut épargner à l’avenir
aux natios voilures duNord lapeine d’aller cher-
cher par le Nord-Oüeft un paiïàge à la Chine,
puifque ces derniers voyageurs ayant fait ïèpt à
huit cens lieues à travers les terres prefque tou-
jours à l’Oüeft depuis QuebeKjufques àla gran-
de riviere où ils s’embarquèrent , 8c la Baye
d’Hutfon eftant prefque fous le mefme méridien
que Quebeic , quand il y auroit un paiïàge au
bout de cette étendue de terre il n’y auroit pas
de prudence à l’aller chercher , ni entrepren-
dre de naviger auffi long-temps fous un cli-
mat où diverfes tentatives ne nous ont déjà
que trop appris que les eaux y font fort
long-temps glacées , fans que l’on puiflè s’aflù-
rer du temps auquel les glaces commencent ,
ni quand elles finilïcnt.
L’Àmerique ivavoit point efté connue , di i
avoir efté oubliée au temps des Romains, ils
ne fçavoient rien de toute cette grande éten-
due de païs depuis les rivières du Vezer tk du
Danube , jufques à la Chine , 3c encore au-
jourd'huy nous ne connoiffons de ce cofté-là
que jufqùes à la Mofcovie, tout ce qui eft
depuis la Mofcovie jufques à l'Amerique eft
demeuré jufques à cette heure iriebnnü. C’eft
un de ces vuides que les Géographes n'ont
pu remplir, 3c ou pour couvrir leur ignoran-
ce ils ont peint des viftons de diables que
jfon voit goffèment reprefentez en cet endroit
dans la plufpart de leurs cartes.
Le voyage de l'Ambaiïadeur dè Mofcovie
que je donne icy, nous apprend que dans
une route de prés d'un an il ne trouva qu'une
feule ville où il ne vit que deux fnaifons dè
brique ■ cette relation nous apprend encore
le nom 3c le cours du Fleuve Irtis, qui eft un
des plus grands Fleuves du monde, puifqûe
cet Ambafladeur le fiiivit toujours l'efpace
de fix mois : cependant il eft fi inconnu , que
la plufpart des cartes ne le marquent point ,
& que celles qui le marquent le marquent mal
Nous fçavons encore par le moyen de ce
Mofcovite, que toutes les Villes qui font à
l'Eft de la riviere de JeniKlfé jufques au Pro-
montoire Tabin, font toutes fuppofees ; mais
pour en détromper le monde envoicy une au«
o
tre convidiott. C'eft que ces mefines Villes
dans les mefines cartes font encore employées
dix ou douze degrez plus bas en dedans de
la muraille de la Chine , que ces Cartes fup-
pofent à 55 degrez, & que les Relations de cï
Recueil la mettent au 42, & une mer au Nord
de la muraille qui couvre cette étendue de
pais ; où l’on avoit fuppofë un autre Cathay
que la Chine : Ainfi cette erreur fi énor-
me dans les Cartes , vient principalement
de la fauiîê pofition de cette muraille , au
delà de laquelle il n’y a que des Hordes’ de
Tartares qui ont vécu de tout temps fous des
tentes , & qui ont une fi grande averfion à fe
renfermer dans des maifons , que lors qu’ils
en rencontrent & qu’ils s’y arreftent , ils en
abbattent autant qu ils peuvent les murailles,
paice qu ils n en peuvent ioufKir la contrainte.
> Avoir toujours l’odeur d’une cuifine ou
dune écurie , quelquefois toutes les deux
enfemble, demeurer en mefme lieu auffi bien
î’Efté que l’Hyver , ne voir que d'un cofté,
& cela par un trou : Il n’y a que des Barbares
Iqui le puiifent fouffrir, me difoit un jour un
Ambafladeurd’un Camdes Tartares.
Ce voyage nous aprend encor que la relation
qu’on en avoir donnée auP.Kircher eft faufle,
car il en marque la route le long des bords
de la mer Cafpienne par un chemin qui eft
en effet le plus court , mais tout-à-fait diffe-
rent du véritable. 5
IO
La plufpart ont crû que la terré qui eft aü
Sud de l’Ifle de Java eftoit attachée aux autres
terres qui font vers le Pôle Antarctique , 8C
qu’on a découvert au Sud du détroit de Ma-
gellan : mais la route du voyage d’Abel Taf-
man, marquée par des points dans la Carte en-
jointe , nous fait voir que c’eft une Ifle qu’il a
tournée toute entiefe.J’ay mefine quelques fi-
gures & veües de cette Ifle ou terre Auflrale
qu’il a découverte , & que je donneray un
jour avec les autres Relations de cette partie
du monde.
A ces connoiiïànces que je tire des voyageurs
j’ay ajouté, 1°. La conftruétion d’un Niveau'
plus facile & plus exaéfc que ceux dont on J
s'eft lèrvi jufques à cette heure.
2». Une maniéré de prendre hauteur fur
mer, lors mefine qu’on ne peut pas la pren-:
dre avec les inftrumens ordinaires.
3°. Une nouvelle maniéré de réfoudre le
Problème de la meflire de la terre.
4°. Une melure univerlèlle, & un nouveau
moyen de la tranfmettre à la pofterité,que j’ay
tiré de l’ouvrage des abeilles , après avoir veü
les plaintes que fait Villalpandus , de Filan-
der , d’Agricola, & de quelques autres Au-
theurs qui l’avoient précédé , fur ce que dans
un mefine Traitté ils ont rapporté diverfement
une mefine mefure , & qu’un Anglois fait la
mefine plainte de Portius , de Ciaconius qui
Il
ont écrit depuis Villalpandus fur ce mefine
fujet des mesures , & de ce Villalpandus auffi
qui s’eftoit plaint le premier du peu d’exaéti-
tude des autres.
II faut que j ajoute icy à la defcription du
Niveau , qu’il eft auffi bon de quatre pou-
ces , que s’il eftoit beaucoup plus long, com-
me le font prcfque tous nos ouvriers.
. QH'il n’eft point neceflàire , comme h
plufpart ont cru , que la Bulle d’Air foit au
milieu ? 8c que dans toutes ces pratiques dé la
conduite des eaux 8c d’ Architecture • toutes
les fois que la Bulle d’Air eft en repos 3 fans
toucher aux extremitez, l’inftrumenteft de nu
veau , lors mefme qu’elle n’eft pas au milieu.
Que le foin d’enfermer le Niveau dans une
boette pour le mettre à couvert du vent , eft
inutile ; car le mouvement que le vent donne
à la boette pafle auffi au Niveau 5 qu’il faufc
toujours mettre par cette mefine raifon fur un
heu ftable , Sc que la lunette avec des filets à
fon foyer, eft pour pointer plus j iifte.
5°. Une obfervation de la déclinaifon d®
i Ayman faite l’année 1269.
6 ?* Une ligne meridiene tracée à Iffy, 8c fur
une roche qui eft au haut de la bruiere de
Bure où l’on devoit creufer un Obfervatoire
peur noftre Aflemblée ; cette bruiere eft
prefque dans une mefine ligne entre les tours
de. NoftrerDame de Paris ? & de l’Eglife de
la ville de Mante,
12.
Relations de ce Recueil y imprimées
jujques a cette heure.
PARTIE PREMIERE.
Relations .
TP\ Es Coiàques , avec la vie de Kmielnifid,
tiiee d un manulcrit des Tartares du
Crm«e5 des Nogais, des Circalîès 8c des
A ballas 3 par Jean de Luca.
De la Colchide ou Mengrelie.
Irif&rmatione dellaCieorgia diPietro dellaVdle>
tirée d’im manufcrit, avec l’Oraifon fune-
oie de Sitti Maani la femme , qu’il recita
îuy-mefrne.
Voyage d’Antoine Jemqnfon au Cachay.
Extiait de la Relation de TAmbaffade que les
Hollandois envoyèrent en i6$6 8c 1657 au
Tartare , qui elt prefentement Mai lire de
la Chine,
Relation de laprifè de 1 Ifle Formoia par les
Chinois, le 5 Juillet 1661.
Relation de la Cour du Mogoî par le CapR
raine Hauxins.
Mémoires de Thomas Rhoë Ambafladeur du
Roy d Angleterre prés du Mogol, traduits
du Recueil Anglais de Purchas.
f oyage d'Edouard Terry aux Etats du Mogol,
traduit du Recueil de Pürchas.
>efcription des Plantes & des Animaux des
Indes Orientales , pat Cofmas, Monachos,
autrement Indopleuftes.
es Climats Alhend & Allènd do, la Géogra-
phie d’Abulfeda.
.dation des Antiquitez de Perlèpolis , tra-
duite d’Herbert.
ommencement d’un Livre des Chaldéens de
Bailora , autrement appeliez les Chrétiens
de S. Jean, écrit en caraéteres tres-anciens
non encore vus en Europe, avec l’alpha-
bet de ces melines caraéteres , & une Car-
te Arabe du pais.
dation des Royaumes de Golconda,Tannaf-
fan , Arecan , par Wilhem Methold Prefi-
dent de la Compagnie Angloilè.
dation de Floris Villiamfon du Golfe de
Bengale.
dation du Royaume de Siam par Schouten,
traduit de l’Hollandois.
•yages aux Indes Orientales de Bonteieouë,
traduit de l’Hollandois.
couverte de la Terre Auftrale, traduite auflî
'5 * Hollandois , avec une Carte de cette
cinquième partie du Monde.
utier des Indes Orientales par Aleixo da
J otta , traduit d’un mamifcrit Portugais.
fcription des Pyramides d’Egypte, par Jean
•areaves, traduite de l’Anglois.
AVis dun des Fadeurs de la Compagni
Hollandoifefur le commerce des Indes
Autre avis fur le commerce du Japon.
Le Routier d’Alaixo da Motta, traduit du Poi
tugais.
Carte Portugaife de la Carrera, ou Navigatio
des Indes Orientales.
Veuës des principales coftes des Ind^sOriei
taies.
Le Voyage de Beaulieu.
Trois Relations des Ifles Rhilipines.
Relation du Japon.
Martyrs du Japon.
Relation de la découverte de la terre de Te o
Flora Sinenfis , ou defcription des Plan;
& Fleurs de la Chine, leur manière de
cultiver , avec les figures des Plantes.
PARTIE III.
AMbaffade de; Holîandois à la Chine.
Route du Voyage des Amballade-
Holîandois à la Chine.
Grammaire de la Langue des Tartarcs Mog'
Rapport que les Direfteurs de la Compas
Hollaudoife des Indes Orientales ont fan
l’état de leurs affaires aux Indes, en l’an 16
. >2
PARTIE IV.
L'Indien, ou Portrait au naturel des Indiens,
par Dom Joan de Palafos Evêque de la
Puebla de los Angles.
Relation des voyages du fleur Acarete fur
la Riviere de la Plitte , & delà par terre
jufques au Pérou & au Potofi
Voyage à la Chine des Peres Grueber & d’Or-
ville.
~le mefine en Italien.
La Science morale des Chinois , ou le fécond
livre de Confulïlus , traduit de la langue
Chinoife par le Pere Introcetta.
Hiftoire dd la Haute Ethiopie écrite fur les
lieux par le Pere Manuel d’Almeïda le-
fuite , extraite Sc traduite de la copie Por-
tugaife du Pere Balthazar Tellez.
Remarques fur les Relations d?Ethiopie de»
Peres Jeronimo Lobo & de Balthazar
Tellez, Iefuites.
Relation du Pere Jeronimo Lobo de l’Em-
pire des Abyflins, des fburces du Nil, de
Licorne, 8c c.
Découverte de quelques païs qui font entre
l’Empire des Abyffins&la code de Melinde,
Relation. du Voyage du tZaïd ou de la Thebaï-.
de fait en 1 668 par les Capucins Mtffionnau
naires en Egypte.
1 6
Hiftoire de l’Empire Mexicain reprefentée pat
figures.
Relation du Mexique , avec l’Hiftoire de la
Nouvelle Efpagne , par Thomas Gages.
VOyage 8c découverte du P. Marquette &c
SrJolliet dans T Amérique Septentrionale.
Ambaffade des Mofcovites à la Chine, ou voya-
ge de Mofxou à Pequin par terre, traduit du
Mofcovite,
Difcours fur l’Art de la Navigation , avec
quelques Problèmes pour y fervir de fup~
plément.
Supplément de l’Hiftoire naturelle de l’Ephe-
mere.
Extrait du Privilège du Roy .
P A r grâce & Privilège du Roy, donné à Paris îc
huitième Juin 1661. Il eft permis à Girard
Garnier de faire imprimer un Recueil de dt , er~
[es Relations Voyages curieux , contenant >
en un ou plufieurs volumes , conjointement ou (c paré-
ment , pendant le temps de vingt années : Avec deften-
fès à tous autres d*en rien imprimer , vendre ni diflri-
buer 5 ni aucune Carte ni Figure , fous quelque prétexte
que ce foit , (ans fon confentement, fous les peines por
tées dans ledit Privilège.
déche-vc fotiY h * frcm/cts Jod»
le $ Septembre tCfli»
tes Exemplaires ont eflé fournis.
"(ro//k
Otontanta,
Ahlaficch?
»99
Æ monte
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Nations
ijs) AL e te lu] i
R . ÆiteAisifM,
Terres Jnkabitées
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Mans vp cria,
ils ont deS'jùeils )
10 nation,
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■ © Cacha uachsria,
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Nlaartcnsac
* Puons
ctiutrc.
CstPTE de, la decouverte,
te, l 'an 1673). d^ens t 'Ameruju
<f e-p ten.tr ionsblc .
Lac de, Micklganu oi Illinois
DECOUVERTE
DE QUELQUES PAYS
ET NATIONS
DE
L’A M E R I Q U E
SEPTENTRIONALE.
E membarquay avec îe Sieur
jjoîiet, qui avoitefté choi/ipour
conduire cette entreprifè , le
treize ,May 1673. avec cinq au*
[très François fur deux Canots
d'écorce „ avec un peu de bîed
d Inde & quelques chairs boutonnées pour
f oute piovifion. JL on avoir eu le loin de tirer
des Sauvages tout ce qui s ’eftoit nû tirer de
lumières de ces pays ; Ton en avoir me i mes
trace une Carte fur leur récit } les rivières y
A
% T) e couverte dans
eftoient inarquées , le nom des Nations que
nous devions traverfer, & les rums de vent que
nous devions iuivre dans ce Voyage,
La première Nation que nous rencontrafmes
fut celle de la Folle Avoine. Jentray dans leur
tiviere pour aller vifiter ces Peuples , aufquels
hous avons prefehé l’Evangile depuis plufteurs
années 5 aulïï s’y trouvent-ils plufieurs bons
Chrétiens, La Folle Avoine dont ils portent
le nom , parce quelle fe trouve fur leur terre,
eft une forte d’herbe qui croît naturellement
dans les petites rivières dont le fond eft de
vale , & dans des lieux marefeageux : Elle eft
bien femblable à celle qui croît parmy nos
bleds , les épies font fur des tuyaux nouez
d efpace en efpace ; ils ferrent de l’eau vers le
mois de juin , & vont toûjours montant juf-
qua ce qu’ils furnagent de deux pieds envi-
ron , le grain n’eft pas plus gros que celuy
de nos avoines , mais une fois plus long ,
auffi la farine en eft - elle plus abondante.
Voicy comme les Sauvages la cueillent & la
préparent pour la manger. Dans le mois de
Septembre , qui eft le mois de cette récolté ,
ils vont en Canot au travers de Ces champs de
la Folle Avoine, ils en fecoüent les épies dans
le Canot à mefure qu’ils avancent le grain
tombe aifément s’il eft meur , & en font leur
piovifion : Mais pour le nettoyer de la paille,
& d une pellicule dans laquelle il eft enferme*
/ Àmeriqïie Sëpteütfiotiaïè. 5
ils le mettent fecher à la fumée fût un hril dé
bois fous lequel ils font un petit feu pendant
quelques jours , & lorfque l’avoine eft bien
lèiche , ils la mettent dans une peau en forme
de poche , laquelle ils enfoncent en terre dans
un trou fait à ce delfein , puis ils la pillent
avec les pieds tant que le grain s’étant feparé
de la paille ils le vannent aifément , apres
quoy ils le pillent pour le réduire en farine ,
ou rnefme fans eftre pilé ils le font cuire dans
î eaü , qu ils alîàifonnent avec de la graille , 8c
de cette fàçoh oh trouve la folle avpihe prefo
que âufîî bonne que le lis , quand on n’y met
point de meilleur alîaifonnement.
Je racontay à ces Peuples de la Folle Avoi-
ne le delïein que j avois d’aller découvrir ces
Nations éloignées pour les pouvoir inftruire
des myfteres de nôftre fainte Religion. Ils eri
furent extrêmement furpris , & firent tout leur
pofilble pour m en dilluader : Ils me reprefen-
terent que je rencontrerois des Nafibns qui
ne pardonnent jamais aux Etrangers, aufquels
iis calïènt la telle fans aucun lujet ; que la
guerre qui elloit allumée entre divers Peuples
qui elloient fur nollre route nous expofoit à
un danger hlanifelle d’eflre enlevez par des
bandes de guerriers qui font toûjburs en cam-
pagne ; qüe la grande nvicre ell très - dan&e-=
teule quand oh n’en fçait pas les endroits j
qu’elle elloit pleine de monftres effroyables
Decouverte dans
qui deVoroient les hommes & les Canots toui
enfemble • qu'il y a mefme un Démon qu on
entend de loin qui en ferme le paffàge ôc qui
abyfme ceux qui oient s’en approcher : enfin
que les chaleurs font lî excefïives qu’elles nous
caùferoient la mort infailliblement.
Je les remerciay de ces bons avis , mais je
leur dis que je ne les pouvois pas fuivre 3
puifqu’il s’agiiToit du falut des âmes 3 pour leD
quelles je ferois ravi de donner ma vie ; que
je me moquois de ce Démon prétendu , que
nous nous defïendrions bien de ces monftres
marins , .& qu'au refte nous nous tiendrions
fur nos gardes pour éviter les autres dangers
dont ils nous menaçoient. Apres les avoir fait
prier Dieu ôc leur avoir donné quelques in-
ft radions , je me feparay d’eux , ôc nous e fiant
embarquez fur nos Canots , nous arrivâmes
où nos Peres travaillent utilement à la con-
verlîon de ces peuples.
Cette Baye porte un nom qui n a pas une h
mauvaile explication en la langue des Sauva-
ges : car ils l’appellent plütoft la Baye Salee*
que des Puans 5 quoy que parmi eux ce foxt
prefque la mefme chofe. C’eft auffi le nom
qu’ils donnent à la nier ; ce qui noiis a ob ige
à faire de tres-exades recherches pour décou-
vrir s’il n’y avoir pas en ces quartiers quel-
que fontaine d’eau falée, comme il y en a au
pais des Iroquois * mais nous nen avons pomj
f Amérique Septentrionale. f
îrouvé. Nous jugeons donc qu’on luy a donné
ce nom à caufè de quantité de vafe & de
boue qui s’y rencontre , d’où s’élèvent con-
tinuellement de méchantes vapeurs qui y eau-
fent les plus grands & les plus continuels ton-
nerres que j’aye jamais entendu,
La Baye a environ trente lieues de profon-
deur, êc huit de large en fon commencement:
cette largeur va toujours fe retréciflant juf,
ques dans le fond , où il eft aifé de remarquer
la marée , qui a fon flux & reflux réglé pref-
que comme celuy de la mer. Ce n* eft pas icy
le lieu d’examiner fi ce font des vrayes ma-
rées , fi elles font caufées par des vents ; s’il
y a des vents qui font les avant-coureurs de
la Lune ou à fa fuite 5 lefquels par confequent
agitent le Lac 8c luy donnent comme fon flux
8c reflux toutes les fois que la Lune monte fur
l’Orifon ; Ce que je puis dire de certain eft
que quand l’eau eft bien calme , on la voit ai-
férnent monter 8c defeendre fuivant le cours
de la Lune , quoy-que je ne nie pas que ce
mouvement ne puifle eftre caufé par des vens
qui paflànt fur îe milieu du Lac font que les
bords croiflent 8c décroiffent de la façon qu’il
paroît à nos yeux.
Nous quittâmes cette Baye pour entrer dans
la Riviere qui s’y décharge : Elle eft tres-
belle en fon embouchure , & coule doucement *
elle @ft pleine d’ Outardes , de Canards , de
A iij
J Oè couverte dans
Cercelles 5 & d’autres oyfeaux quir y font attL
jrez par la folle avoine, dont ils font fort frians*
Quand on a un peu avancé dans cette riviere,
on la trouve très -difficile, -tant à caufe des
courans que des rochers qui coupent les Ca-
nots & les pieds de ceux qui les traînent , fur
tout lorfque les Cauës font balles, Nousfran«
chifmes par tout heureufement ces rapides; &
en approchant des Mafkoutens, ou de la Nation
du Feu , j’eus la çuriofïté de boire des Eaues
minérales de la riviere qui n’eft pas loin de
cette Bourgade. Je pris auffi le te ms de recon-
noître un Simple , qu’un Sauvage qui en fçait
le fecret a enfëigné au P, Alloues : Sa racine
lert contre la morfure des Serpens , Dieu ayant
voulu donner ce remede contre un venin qui
eft très frequent en çe pays. Cette racine eft
fort chaude , & a un goût de poudre quand on
l’écrafe fous la dent. Il faut U mâcher de la
mettre fur la piqueure du Serpent , qui en a
Une fi grande horreur qu’il s^enfuit mefme de
celuy qui en a efté frotté : Elle produit plu-
fleurs tiges hautes d’un pied , dont la feuille
eft un peu longue de la fleur blanche , ôc refl
ftmble à la giroflée. J’en mis dans mon Ca-
not pour l’examiner.
C’eft icy le terme des découvertes qu’ont
faits les François , Sc ils n’ont pas encore pâl-
ie plus avant. Ce Bourg eft compofé de trois
fl>rte§ de Natiops cjui s’y font rapiafïees ; de$
P Amérique Septentrionale. j
Miamis , des Mafkoutens , & des KiKabeux :
Les premiers font les plus civils , les plus
liberaux & les mieux faits ; ils portent deux
longues mouftaches fur les oreilles qui leur-
donnent bonne grâce ; ils patient pour guer-
riers , & font rarement des partis fans fuccez ;
ils font fort dociles & écoutent tout ce qu'on
veut leur dire , & ont paru fi avides d’enten-
dre le P. Alloues quand il les inftruifoit , qu’ils
luy donnoient peu de repos mefrne pendant la
nuit. Les Mafcoutens & les KiKabeux font
plus groflïers, &femblent des payfans en com-
paraifon des autres. Comme les écorces à faire
des Cabanes font rares en ce pays , ils fe fer.
vent de joncs , qui leur tiennent lieu de mu-
raille & de couverture. La commodité de ces
Cabanes de jonc eft grande , ils les mettent
en paquets & les portent où ils veulent pen-
dant le temps de leurs chaires.
Lorfque je les vifitay je fus extrêmement
confolé de voir une belle Croix plantée au mi-
lieu de ce Bourg , & ornée de plufieurs peaux
blanches , de ceintures rouges , d’arcs & de flè-
ches que ces bonnes gens avoient offerts au
grand Manitou ; c’eft le nom qu’ils Ruinent à
Dieu , pour le remercier de ce qu’il avoir eu
pitié d’eux pendant l’hyver , leur donnant une
chalïè abondante.
Je pris plaifir de voir la fituation de cette
fioureade. Elle eft belle & diverti liante ; cas
A üij
§ Découverte dmï
d'une éminence fur laquelle elle ell placée ori
découvre de toutes parts des prairies à perte
de veuë , partagées par des boccages & bois
de haute fuftaye • la terre y eft très bonne &
i*end beaucoup de bled d'Inde , les Sauvages
rama déni quantité de prunes & de rai fin s.
Nous ne fuîmes pas plûtofl: arrivez que nous
afiemblâmes les anciens Monfieur Joliet ôc
moy. Je leur dis , qu'il eftoit envoyé de la
part de Monfieur nofire Gouverneur pour dé*
couvrir de nouveaux pays , ôc ino nde la part
de .pieu pour les éclairer des lumières du laine
Evangile ; qu'au refte le Maiftçe fouverain de
nos vies vouloir eftre connû de toutes les Na-
tions, Ôc que pour obéir à les volontez je ne
craignois pas la mort , à laquelle je m'expofois
dans des voyages fi périlleux ; que nous avions
belbin de deux guides pour nous mettre dans
noftre route : nous leur filmes un prelent en
les priant de nous les accorder , ce qu'ils fi-
rent très civilement, ôc mefme voulurent au®
lions parler par un prelent , qui fut une natte
pour nous fervir de lit durant noftre voyage.
Le lendemain, qui fut le 10 Juin , deux Mia~
mis qu'jjgf nous donna pour guides s'embar-
quèrent avec nous à la veuë d\in grand monde,
qui ne pouvoir allez s'étonner de voir fept
François feuls en deux Canots oler entrepren-
dre une expédition fi extraordinaire & fi fia«*
^rdeufc,
î Amérique Septentrionale . f
Nous (bavions qu a trois lieues de Maficou-
Cens eftoit une Riviere qui fe décharge dans
celle de Mifîiffipy. Nous fçavions encore que
le Rum de vent que nous devions tenir eftoit
TOüeft-fur rOiieft; mais le chemin eft fi par-
tagé de Marais & de petits Lacs , qu il eft aifé
de s'y égarer 5 dautanc plus que la riviere qui
y mene eft fi chargée de folle avoine qu’on a
peine à en reconnoiftre le Canal j c'eft en quoy
nous avions befoin de nos deux Guides : auffi
nous conduifirent-ils heureufement jufqu’à un
porrage de deux mil fept cens pas 5 3c nous ai-
dèrent à tranfporter nos Canots pour entrer
dans cette riviere , apres quoy iis s’en retour-
nerenc, nous laifTans feuls en ce pays inconnu
entre les mains de la Providence,
Nous quittons donc les Eaues qui vont jufi-
qu’à Qnebec 3 à cinq ou fix cens lieues d’icy ,
pour prendre celles qui nous conduiront défor-
mais dans des Terres étrangères. Avant que de
nous y embarquer nous commençâmes tous
une nouvelle dévotion à la Sainte Vierge im-
maculée que nous pratiquâmes tous les jours,
Ipy adreflans des prières particulières pour met-
tre fous fa protedion 3c nos perlbnnes 3c le
fuccez de noftre voyage ; 3c apres nous eftrc
encouragez les uns les autres nous montâmes
en Canot.
La Riviere fur laquelle nous nous embar-
quâmes s’appelle Mefcoufin * elle eft fort lar«
I o Découverte dans
ge, fbn fond eft du fable qui fait diverfes bat-
tures, lefquelles rendent cette navigation tres-
difficiie j elle eft pleine d’Ifles couvertes de
vignes. Sur le fond paroiflènt de bonnes ter-
res , entremeflées de bois , de prairies , de co-
teaux. On y voit des noyers , des chefhes ,
des bois blancs , & une autre efpece d’arbres
dont les branches font armées de longues épi-
nes, Nous n’avons veu ny gibier ny poiflbns 9
mais des Chevreuils & des Vaches en grande
quantité. Apres avoir navigé trente lieuës,nous
apperçumes un endroit qui avoir toutes les
apparences de Mines de fer : De fait, un de
nous qui en a veu autrefois afleure que celles
que nous avons trouvées font fort bonnes $ç
tres-abondantes • Elles font couvertes de trois
pieds de bonne terre , allez proche d’une chaiD
ne de rochers , dont le bas eft couvert de fort
beaux bois. Apres une navigation de quarante
lieues fur cette mefme route , nous arrivâmes
à lembouchûre de noftre Riviere , & nous
nous trouvâmes à 42 degrez & demy d’éleva-*
tion -, Nous entrons heureufement dans Miffif.
fipy le 17 Juin , avec une joye que je ne puis
exprimer.
Nous voila donc fur cette Riviere fi renom-
mée dont j ay tafehé de remarquer atreiitive-
ment toutes les fing laritez. La Riviere de
Miflîffipy tire fon origine de divers Lacs qui
font dans les pays des Peuples du Nord $ ello
r Amérique Septentrionale . n
cft. étroite à fa décharge de Mificous , fon cou-
rant qui porte du collé du Sud eftant paifible ;
à la droite on void une grande chaifne de
montagnes fort hautes ? ôc à la gauche de bel-
les terres entrecoupées d'Ifles en divers en-
droits. En fondant nous avons trouvé dix- neuf
brades d'eau , fa largeur eft fort égale , elle a
quelquefois trois quarts de lieuës. Nous fui-
vions doucement fon cours qui va au Sud ôc
au Sudeft jufqu au 41 degré d'élévation. C’eft
icy que nous nous appercevons bien qu'elle a
tout changé de face ; il n'y a prefque plus de
bois ny de montagnes 5 les Ifles font couver-
tes de plus beaux arbres , nous ne voyons que
des Chevreuils ôc des Vaches , des Outardes
& Cygnes fans ailles , parce qu'ils quittent
leurs plumes en ce pays. Nous rencontrons de
temps en temps des poilîons monflrueux , un
defquels donna fi rudement contre noftre Ca-
not, que je crûs que ceftoit un gros arbre qui
Falloit mettre en pièces : Un monftre qui avoir
une tefte de Tygre , le nez pointu comme ce-
luy d'un Chat fauvage , avec de la barbe , des
oreilles droites élevées en haut $ la telle étoic
grilè , le col noir. Nous n en vifmes pas da-
vantage. Quand nous avons jetté nos rets à
Feau, nous avons pris des Ellurgeons , ôc une
efpece de poilfon extraordinaire : il reflcmble
à la Truite , avec cette différence quil a la
|tieule 3 les yeux ôç le fiez plus petits , qu'il
ïz Découverte âdn$
a proche du nez une arrête faite comme uni
bufque de femme large de trois doigts , lon-
gue d’une coudée , au bout de laquelle eft un
rond large comme la main ; cela l’oblige fou-
vent en fautant hors Peau de tomber en ar-
riéré. Eftant defcèndus jufqu au 41 degré 28
minutes 5 foivant le mefme rum , nous trouvons
que les Ccçqs d’Inde ont pris la placé du gi-
bier , & les PifiKious , ou Bœufs fàuvages , cel-
les des autres beftes.
Nous appelions les PifiKious Bœufs fàuva-
ges ? parce qu’ils font fort fèmblables à nos
Bœufs dôme itiques ils ne font pas plus longs,,
mais ils font plus d’une fois plus gros & plus
corpulens : nos gens en ayant tué un 5 treize
perfbnnes avoient bien de la peine à le re-
muer : ils ont la tefte fort greffe > le front
large & plat , d’un pied & demy entre les
cornes , qui font toutes fèmblables à celles de
nos Bœufs, mais elles font noires & plus gran-
des ; ils ont fous le col comme une grande fa-
le qui pend au bas , & fur le dos une bolïe af-
le z élevée ; toute la tefte , le col Sc une partie
des épaules font couvertes d’un grand crin com-
me celuy des Chevaux , c’eft une hure longue
d’un pied , qui les rend hideux , & leur tom-
bant for les yeux les empefehent de voir devant
eux : le refte du corps eft reveftu d’un gros
poil frifé , à peu prés comme celuy de nos Mou-
tons * mais bien plus fort & plus épais , il tom-
T Amérique Septentrionale. i)
î>ê en Efté , & la peau devient douce comme
velours : c’eft pour lors que les Sauvages em-
ployeur leurs peaux pour leur faire des rcbbes
qu’ils peignent de diverfes couleurs. La chair
& la graille des Pifucious eft excellente, & fait
le meilleur mets de leurs feftins : au relie ils
font tres-dangereux , il ne fe palTe point d’année
qu’ils ne tuent quelques Sauvages , quand on
vient les attaquer , ils prennent s’ils peuvent
un homme avec les cornes , 1 enlevent en 1 air,
puis ils le jettent contre terre , le foulent des
pieds & le tuent. Si l’on tire de loin fur eux
de l’arc ou du fnzil , il faut fi-toft apres le coup
fe jetter à terre & fe cacher dans l’herbe : car
s’ils apperçoivent celuy qui a tire , ils courent
apres & lé vont attaquer : comme ils ont les
pieds gros & allez courts iis ne vont pas bien
ville , % ce n’eft lorfqu’ils font irritez , ils font
éparts dans des prairies comme des troupeaux,
j’en ay veu une bande de quatre cens.
ÎSSous avançons toûjours , mais comme nous
ne f ça von s où nous allons , ayant fait déjà
plus de cent lieués fans avoir rien découvert
que des belles & des oyleaux , nous nous te-
nons bien fur nos gardes -, c’eft pourquoy nous
ne faifons qu’un petit feu à terre fur le foie
pour préparer noftre repas , & apres fouper
nous nous éloignons de terre le plus que nous
pouvons & nous allons palier la nuit dans nos
Çatjots , que nous tenons à l’ancre fur b ri*
î4 découverte dans
viere al îèz loin des bords , ce qui n’empefclié
point que quelqu’un de nous ne foie toujours
en fentinelle de peur de furprife. Allant par le
Sud & Süd-fiir-î’Oüeft, nous nous trouvons à
la hauteur de 41 degré & jufqu’à 40 degrez
quelques minutes en partie par le Sud-Oüeft,
apres avoir avancé plus de foixante lieues de-
puis noftre entrée dans la riviere , fans rien
découvrir.
Enfin le vingt-cinq Juin nous apperçûrnes
fur le bord de l’eau des pilles d’hommes , &
ün petit fentier allez battu qui entroit dans
Une belle prairie , nous nous arreftâmes ; Ôt
jugeant que c’eftoit quelque chemin qui con-
duiloit à quelque Village de Sauvages , nous
inifmes refolutiôn de l’aller réconnoiftre. Nous
aillons donc nos deux Canots fous la garde
de nos gens , leur recommandant bien de ne le
pas laillèr furprëhdre ; aptes quoy Mon fi eut
Joliet & moy entreptifines cette découverte 4
allez hazardeufe pour deux hommes feuls , qui
s’expoiènt à la dilcretion d’un peuple barbare
& inconnu. Nous luivons en filence ce petit
lèntier , & apres avoir fait environ deux lieues,
nous defcctuvrifines un Village lut le bord
d’une riviere , & deux autres fur un cofteau ,
écartez du premier d’une demie lieüe: Ce fut
pour lors que nous nous recommandafines à
Dieu de bon cœur , & ayant imploré fon fe-
cours , nous paflàmes outre fans dire décôuU
£ Amérique Septentrîonaîé . îf
verts 5 & nous vinfmes fi prés que nous en-
tendions mefine parler les Sauvages. Nous
crûmes donc qu’il eftoit tenas de nous décou-
vrir par un cry que nous pouffâmes de toutes
nos forces , en nous arreftant fans plus avan-
cer. A ce cry les Sauvages fortent prompte-
ment de leurs Cabanes, &c nous ayant proba*
blement reconnu pour François , fur tout
voyant une rojg^e noire , ou du moins n’ayant
aucun fujet d’apprehender , puilque nous n é-
tions que deux hommes & que nous les avions
avertis de noftre arrivée -, ils députent quatre
Vieillards pour nous venir parler , dont deux
portoient des pipes à prendre du tabac, bien
ornées & bien empanachées de divers pluma-
ges ; ils marchoient à petit pas , & élevans leurs
pipes vers le Soleil , ils fèmbloient luy prefen-
ter à fumer , fans neanmoins dire aucun mot*
Ils furent allez long-tems à faire le peu de
chemin depuis leur V iilage jufqu’à nous : En-
fin nous ayant abordé , ils s’arrefterent pour
nous confiderer avec attention : je me rafleu-
ray voyant ces ceremonies , qui ne fe font par-
my eux que pour les amis , ôc bien plus quand
je les vis couverts d’étoffe , jugeant par là
qu’ils eftoient de nos Alliez. Je leur parlay
donc le premier. Je leur demanday qui ils é-
îoient : Ils me répondirent qu’ils eftoient îli*
nois , & pour marque de paix ils nous prefen-
soient leurs pipes pour périmer* Enfuite ils
lé Decouverte dan$
Sious invitèrent d'entrer dans leur Village, ou
tout le peuple nous attendoit avec impatien-
ce. Ces pipes à prendre du tabac s'appellent
en ce pays des Calumets. Ce mot-Cy eft mis
tellement en ufàge , que pour eftre entendu je
feray obligé de m'en fervir 9 ayant à en par-
ler plufieurs fois.
A la porte de la Cabanne où nous devions
eftre receu eftoit un Vieillard ^pqui nous atten-
doit dans une pofture allez furprenante , qui
eft la ceremonie qu'ils gardent lorsqu'ils reçoi-
vent des Etrangers. Cet homme eftoit debout
& tout nud , tenant fes mains étendues 8c éle-
vées vers le Soleil , comme s'il eût voulu le
défendre contre fes rayons , lefquds nèan^
moins palFoient fur fon vilage entre fes doigts t
Quand nous fûmes proche de luy, il nous fit
ce compliment ; Que le Soleil eft beau, Fran-
çois, quand tu nous viens vif ter : tout noftre
Bourg t'attend , tu entreras en paix dans tou-
tes nos Cabanes. Il nous introduifit dans là
fienne , où il y avoit une foule de monde
qui nous dévorait des yeux , 8c qui cependant
gardoit un profond filence. On entendoit feu-
lement ces paroles , qu'on nous adreftoit de
tems en teins 8c d'une voix balle , Que voila
qui eft bien, mes Freres, que vous nous vifi-
te z.
Apres que nouseufmes pris places , on nous
fit la civilité ordinaire > qui eft de nous pre-
fenter
/’ Amérique Septentrionale. t'y
îênter des Calumets. Il ne faut pas les refuler,
fi on ne veut palfer pour ennemy , ou du moins
pour incivil ; pourveu qu’on faiîè femblant de
fumer Ç’eft allez. Pendant qiie tous les An-
ciens petunoient apres nous pour nous hono-
rer , on vint nous inviter de la part du grand
Capitaine de toits les Ilinois , de nous tranfi.
porter en la Bourgade , où il vouloir tenir
Confeil avec nous. Nous y allafines en bonne
compagnie : car tous ces peuples qui n’avoienc
Jamais veu de François chez eux ne fe laf-
foient point de nous regarder , ils fe couchaient
fur l’herbe le long des chemins , ils nous de-
vançoient , puis ils retournoient fur leurs pas
pour nous revoir t tout cela fe faifoit fans
bruit & avec les marques d’un grand re/peék
qu’ils avoient pour nous»
Eftant arrivez au Bourg du grand Capitaine*
nous le vifines a 1 entrée de là Cabane au mi-
lieu de deux Vieillards , tous trois debout ÔC
nuds , tenans le Calumet tourné vers le Soleil,
il nous harangua en peu de mots nous félici-
tant de noftre arrivée ; il nous prefenta enfui-
te Ion Calumet, & nous fi ft fumer en me fine
teins que nous entrions dans fit Cabane , où
nous receufines tontes les carefiès ordinaires.
. Voyant tout le monde afièmb.lé & dans le
filcnce , je leur parlay par quatre prcièns qüè
je leur fis : Par le premier je leur difois , Que
tous marchions en paix pour vifitex les Na-
B
ig Découverte dans
lions qui eftoient fur la riviere jufqu’à! la mer ï
Par le fécond , je leur declaray que, Dieu qui
les a créez avoir pitié d'eux } puis qu apres tant
de tems qu’ils l'ont ignoré il vouloit fe faire
connoittre à eux j que j’eftois envoyé de fa
part à ce delTein, que c’eftoit à eux de le re-
connoiftre & de luy obéir : Parle troifiéme ,
Que le grand Capitaine des François leur fai-
foit fçavoir ,que c’eftoit luy qui mettoit la paix
par tout , & qui avoir dompté les Iroquois;
Enfin , par la quatrième nous les prions de
nous donner toutes les connoiflances qu’ils au-
roient de la mer , Sc des Nations par le {quel*
les nous devions palier pour y arriver : Enfui-
te dequoy le Capitaine mit le petit Efclave
prés de nous & nous fit un prefent , qui eftoit
un Calumet tout myfterieux , dont ils font plus
d’eftat que d’un Efclave. Il nous témoignoit
par ce prefent l’eftime qu il faifoit de Monfieur
noftre Gouverneur fur le récit que nous luy
en avions fait ; Et par le troifiéme, il nous pria
de la part de toute fa Nation de ne pas pal-
fer outre , à caufe des grands dangers où nous
nous expo fions. Je répons , que je ne craignois
pas la mort', & que je n’eftimois point de plus
grand bonheur que de perdre la vie pour la
gloire de Dieu. C’eft ce que ces pauvres peu-
ples ne peuvent comprendre.
Le Confeil fut fuivi d un grand feftin , qui
confiftoit en quatre mets , qu’il faloit prendre
Septentrionale. 19
met tomes leurs façons/ Le premier fuc un
grand plat de bois plein de Sagamité 5 ceft à
dire *de cette farine de bled dinde 3 qu’on fût
bouillir avec de beau qu’on ailàifonne de graif
fc : Le Maiftre des Ceremonies tenant une
cuilliere pleine de Sagamité me la prefénta à
la bouche par trois ou quatre fois ? ü finie
mefme à Monfieur Joliet. Enfuiteil fit paroi
tre un fécond plat où il y avoit trois poifions*
il en prit quelques morceaux pour en o fier les
arreftes 3 êc ayant foufflé deiîus pour les ra-
fraîchir , il nous les mit à la bouche comme
l’on donne la bequée à un oifean* On apporte
pour troifiéme fervice un grand Chien qu’on
venoit de trier 5 niais ayant appris que nous
îi’en, mangions point 3 on le retira de devanr
nous j Et le quatrième fut une^piece de bœuf
Fauvage dont on nous mit à la bouche les mot»
ceaux les plus gras.
Apres ce feftin 3 il fallut aller vifiter tout
le Village 5 qui eft bien de trois cens Cabanes.
Pendant que nous marchions par les rues , un
Orateur haranguoit Continuellement 3 pour
obliger tôut le monde à nous voir fins nous
eftre importuns : on nous prefentoit par tout
des ceintures 3 des jarretières & autres ouvra-
ges faits de poil d’Ours^ou de Bœufs Etuvages t
Ce font là toutes les tarerez qu’ils ont. Nous
conchafines dans la Cabane du Capitaine 5 &Ie
lendemain nous prifines congé de îuy , promet-
B' ij
Dkouvèrtt dans
tant de repaflèr par fon Bourg dans quatre Lu^
nés : il nous conduifit jufques dans nos Ca-
nots , avec prés de fix cens peiTonnes qui nous
virent embarquer , nous donnant toutes les
marques qu ils pouvoient de la joye que nôtre
vifite leur avoit caufée.
Avant de quitter le pays des Ilinois , il eft
bon que je rapporte icy ce que j ay reconnu
de leurs coutumes & de leurs façons défaire*
Qui dit Ilinois , c eft comme qui diroit en
leur langage 5 les hommes • comme fi les autres
Sauvages auprès d’eux ne paiïbient que pour
des belles : auffi faut-il avoiier qu ils ont un
air d humanité que nous n avons pas remar-
qué dans les autres Nations que nous avons
veues fur noftre route ; le peu de lejour qiie
j’ay fait parmy eux ne m’a pas permis de pren-
dre toutes les connoiflances que j’aurois fou-
haitté de toutes leurs façons de faire. Voicy
ce que j’en ay remarqué. Ils font divilèz ers
plufieurs Bourgades , & quelques-unes affez
éloignées de celles dont nous parlons , qui
s’appellent Peroüarca, ; c’eft ce qui met de la
différence dans leur langue , laquelle tient de
l’Algonquin , de forte que nous nous enten-
dions bien les uns les autres : Leur naturel eft
doux & traitable , ils ont plufieurs femmes,
dont ils font très jnloux , ils les veillent avec un
orand foin, ils leurs coupent mefmes le nez ou
fes oreilles quand elles ne font pas fages ; j'eq,
t Amérique Septentrionale. il
3iy veu plufieurs qui poitoient les marques de
leur infidélité. Ils ont le corps bien fait , ils
font leftes & adroits à tirer de Tare ; ils fe
fervent auffi dé füzils Y qu’ils achètent des Sau-
vages nos alliez qui ont commerce avec nos
François ; ils en ufent premièrement pour
donner de répouvante par le bruir & la fumée
à leurs ennemis qui n en ont point l’ufage 8c
n’en ont jamais veu , pour eftre trop éloignez
. vers le Couchant, ils font belliqueux 8c fe ren-
dent redoutables aux peuples éloignez du Sud
& de rOiieft 5 où ils vont faire desEfclaves^
ctefquels ils fè fervent pour trafiquer , les ven-
dant chèrement à d'autres Nations pour d’au-
tres marchandifes. Ces Sauvages fi éloignez
chez qui ils vont en guerre n’ont aucune con-,
noifîance des Europeans * ils né fçavent ce
que c’eft ny de fer, ny de cuivre , & nont
que des couteaux de pierre,
Quand les llinpis partent pour aller en
guerre , il faut que tout le Bourg en foie averti
par un grand cry qu’ils font à la porte de leurs
Cabanes le loir & le matin avant que de par-.
î]r 5 les Capitaines le diftinguent des Soîdrts
par des écharpes rouges qu’ils portent , elles
font faites de crin d’Ôurs , ou de poil de Bœufs
fauvages, avec allez d’induftrie , donc il y a
grande quantité à quelques journées du Bourg*
îls vivent de chafîe . quLeft abondante en ce
pays ^ & de bled d inde 5 dont ils font toù-
%t Decouverte dans
Jours une bonne récolté ; auffi n'ont-ils jamais
fouffèrt de famine : ils fement auffi des fèves
Sc des melons qui font exceilens , fur tout
ceux qui ont là graine rouge ; leurs citrouilles
ne font pas des meilleures , ils les font fecher
au Soleil pour les manger pendant l'Hyyer 8c
le Printemps ; les Cabanes font fort grandes ,
elles font couvertes & pavées de nattes faites
de joncs ; ils trouvent toute leurs vaiflelles
dans le bois 3 8c leurs cuillieres: dans le tell
des Bœufs ? dont ils fç a vent fi bien accommo-
der le crâne , qu’ils s’cn fervent aifément pour
manger lent fagamité. Ils font liberaux dans
leurs maladies , 8c çroyent que les medicamens
qu'on leur donne coperent à proportion des
prefens qu'ils font à leurs Médecins, Ils n'ont
que des peaux pour habits : les femmes font
veftpés fort modeftement & dans une grande
bien-féance, au lieu que les hommes ne fe met-
tent pas en peine de fe ïkn Couvrir. Jenefçay
par quelle fuperftition quelques llinois , auffi
bien que quelques Nadoüeffis, citant encore
jeunes -prennent Phabit de femme qu ils gar-
dent toute leur vie : il y a du myftere , ca^
ils ne fe marient jamais 3 8c font gloire de s.a-
baiiîit à faire tout ce que font les femmes -,
ils vont pourtant en guerre mais ils ne peu-
vent fe fèrvir que de la maifiie 8c non pas de
Parc de la flèche, qui font les armes pro-
pres pouf les hommes y ils affilient à toutes les
t
tdfrnerîqtte Septentrionale. 25
Jongleries & à coures les Dances foîennelles qui
fe [ont en l'honneur du Calumet , ils y chantent,
mais ils n’y peuvent pas dancer \ ils font ap-
peliez au Confeil , où Ton 11e peut rien deci^
der fans leurs avis v enfin la ptofeffion qu’ils
font d’une vie extraordinaire les fait palier
pour des Manitous , c’eil à dire de grands ge^
nies, ou perfonnes de confequence.
Il ne relie plus qu a parler du Calumet*
Il n’elt rien parmy eux ni de plus myfterieux
ni de plus recommandable , on ne rend pas
tant d’honneur aux fceptres des R ois qu ils luy
en rendent, il femble ellre le Dieu delà paix
& de la guerre , l’arbitre de la vie Sc de la mortj
c’eft allez de le porter fur foy & de le faire
voir pour marcher en affeuranceau milieu des
ennemis , qui dans le fort du combat mettent
bas les armes quand ils les montrent 2 c’eft
pour cela que les Ilinois m’cn donnèrent un
pour me lervir de fàuvegarde auprès des Na-*
lions par lefqueîles je devois palier dans mon
voyage. Il y a un Calumet pour la paix & un
pour la guerre ; ils s’en fervent encore pont
terminer leurs diffetens 3c pour affermir leurs
alliances, ou pour parler aux Etrangers,
Il eft compofé d’une pierre rouge polie com«
me du marbre , 3c percée d’une telle façon
qu’un bout fert à recevoir le tabac, 3c l’autre
s^enclave dans le manche , qui eft un ballon de
deux pieds dç long , gros comme une canne
'* ' B ni'i
%4 Decouverte dans
ordinaire 8c percé par le milieu ; il eft embeî-
ly de la telle 8c du col de divers oileaux,dont
le plumage eft tres-beau ; ils y ajoutent auftï
de grandes plumes ronges, vertes, 8c d'autres
couleurs- , dont il eft tout empanaché y ils en
font eftat particulièrement , parce qtfils le re-
gardent comme le Calumet du Soleil ; 8c de
fait , ils le luy prefcntent pour fumer quand iis
veulent obtenir du calme , on de la pkiye, ou
du beau temps. Ils font fcrqpule defe baigner
au commencement de l'Efté , ou de manger des
fruits nouveaux qu apres lavoir danfé. En
voicy la façon.
La dance du Calumet , qui eft fort célébré
parmy ces peuples 5 ne fe fait que pour des
fhjets confiderables ^ quelquefois c'eft pour af-
fermir la paix , ou fè réünir pour quelque gran-
de guerre ) c'eft d autres fois pour une réjouïL
fanee_ publique s tantoft on en fait honneur à
une Nation qu'on invite d y aftïfter , tantoft
ils sen fervent à la réception de quelque per-
fonne confiderable , comme s'ils youloient luy
donner le divertilfement du Bal ou de la Co-
médie y l'Hyver la ceremonie fc fait dans une
Cabane, l'Efté c'eft en raze campagne. La place
étant choifie, on l'environne tout à l'entour d'ar-
bres pour métré tout le monde à l'ombre de leurs
feüillages , pour le défendre des chaleurs du So-
leil ; on étend une grande natte de joncs peinte
de diverfes couleurs au milieu de la place y elk
îl Amérique Septentrionale. tf
fett comme de tapis pour mettre deffus aveô
honneur le Dieu de celuy qui fait la Danfe j
car chacun a le fien , qu'ils appellent leur Ma-
siitou j c'elt un ferpent , ou un oyfeau ou une
pierre , ou choie femblable , qu'ils ont relvé
ên dormant , & en qui ils mettent toute leur
confiince pour le fuccez de leur guerre 5 de
leur perche & de leur chaffé- prés de ce Ma-
nitou ,& à la droite , on met le Calumet en
l'honneur de qui fe fait la fefte , 8c tout à
l'entour on fait comme un trophée, & on étend
les armes dont fe fervent les guerriers de ces
Nations , fçavoir la malfue , la hache d arme ,
Tare , le carquois & les flèches.
Les choies eftant ainfi difpofées & l’heure
de la Dance approchant , ceux qui font nom-
mez pour chanter prennent la place la plus
honorable fous les feüillages ; ce (ont les hom-
mes & les femmes qui ont les plus belles voix#
& qui s’accordent parfaitement bien enlem-
ble; tout le monde vient enfuite le placer en
rond fous les branches 3 mais chacun en arri-
vant doit làluër le Manitou , ce qu'il fût en
petunant Sc jettant de fi bouche la fumée fur
luy, comme s'il luy prelèntoitde l'encens- chacun
va d’abord avec refpeéf prendre le Calumet , Sc
le foutenant des deux mains , il le fait dancer
en cadence , s’accordant bien avec Pair des
chaulons $ il luy fait faire des figures bie hf-
ferentes ? tantoft il le fait voir à toute 1 ~ i-,
lê Decouverte dan i
blée Üe tournant de coïté & d’autre ; aprei
cela , c luy qui doit commencer la Dance pa-
roift au milieu de l’aflemblée , & va d’a*.
bord , & tantoft il le prefente au Soleil 9
comme s’il le votiloit faire fumer 5 tantoft
il l'incline vers la terre , d’autresfois il luy
étend les aides comme pour voler , d’autres
fois il l’approche de la bouche des affiftans y
afin qu’ils fument, le tout en cadence ; Sc c’efë
comme la première Scene du Balet,
La fécondé confiée en un O ombat qui fe
fait au fon d’une efpece de tambour , qui lue-*
cede aux chaulons , ou mefne qui s’y joi-
gnant , s’accordant fort bien enfemble : le
Danseur fait ligne à quelque guerrier devenir
prendre les armes qui font fur la natte , Se
l’invite à fe battre au fon des tambours; ce-*
luy - cy $,’a£proche , prend l’arc Sc la flèche 5
avec la hache d’armes , & commence le duel
contre l’autre , qui n a point d’autre défenlè
que le Calumet. Ce fpeètacle eft fort agréa-
ble , fur tout le faifant toujours en cadence ;
car l’un attaque, l’autre fe deffènd ; l’un por-
te des coups , l’autre les pare ; l’un fuit , l’au-
tre !e poiirlliit , Sc puis celuy qui fuvoit tourne
vilage Sc fait fuir fan ennemy ; ce qui fe pafle
lî bien p r mefure Sc à pas comptez Sc au
fon réglé d^s voix Sc des tambours , que cela
pourroit palier pour une allez belle entrée de
Ballet enFrance, La troifléme Scene confifte
V Amérique Septentrionale . 27
ën un grand Difcours que fait celuy qui tient
le Calumet , car le Combat eftant fini fans
lang répandu , il raconte les batailles où i\
s’eft trouvé, les viétoires qu’il a remportées ;
il nomme les Nations , les lieux &: les Captifs
qu'il a faits ; & pour recompenfe celuy qui
préfide à la Dance luy fait prefent dîme belle
robe de Caftor , ou de quelqu’autre chofe , 8c
l’ayant receu il ya prefenter le Calumet à un
autre , celui-ci à un troifiéme , & ainfi de tous
les autres , jufques à ce que tous ayant fait
leur devoir , le Prefident fait prefent du Ca-
lumet mefme à la Nation qui a efté invitée à
çette Ceremonie , pour marque de la paix éter-
nelle qui fera entre les deux peuples.
Voicy quelqu’une des Chanfons qu’ils ont
coûtume de chanter , ils leur donnent un cer-
tain tour qu’on ne peut allez exprimer par la
J^otte , qui neanmoins en fait toute la graçe.
jttfinabani ,nîrtahanî ,ninaham nanl onge»
Nous prenons congé de nos Ilinois fiir la fin
de Juin , vers les trois heures apres midy ,
nous nous embarquons à la veuc dé tous ces
peuples , qui admiioient nos petits Canots,,
*£ Découverte dans
naen ayans jamais veii de ièmblablês.
Nous dépendons fuivant le courant de la
riviere appellée Pekitanoni , qui fe décharge
dans Mifliffipy venant du Nord-Oüeft , de
laquelle jay quelque chofe de confiderable à
dire , apres que j'auray raconté ce que j’ay
Remarqué fur cette rivierè.
Paflànt proche des rochers allez hauts , j’ y
apperceus un Simple qui nra paru fort ex=>
traordinaire ; fa racine eft femblable à de pe-
tits naveaux attachez les uns aux autres par
de petits filets qui ont le goût de carottes , de
cette racine fort une feüille large comme la
main , épaiffè d'un doigt , avec des taches ; au
milieu de cette feuille naiflent dsautres feüil-
Jes toutes femblables aux placques qui fervent
de flambeaux dans nos fales , &: chaque feüille
porte cinq ou fix fleurs jaunes en forme de
clochettes.
Nous trouvâmes quantité de meures auflï
grofles que celles de France , & un petit fruit
que nous prifines d'abord pour des olives* mais
il avoir le goût d’orange ; & un autre fruit
gros comme un œuf de poule 5 nous le fen-
difmçs en deux , 8ç il y parut deux feparations s
dans chacune defquelles il y a huit ou dix fruits
enchafiez , ils ont la figure d'amande & Ibnt
fort bons quand ils font meurs , l'arbre nean-\
moins qui les porte a tres-mauvaife odeur , Sc
là feüille reflèmble à celle du noyer. Il
A • '
V Amérique Septentrionale. i<-}
trouve auffi dans les prairies un fruit fembla-
bie à des noifettes 5 mais plus tendres , les
feüi les font fort grandes &t viennent d'une ti~
te , au bout de laquelle eft une telle fembla-
le à celle d’un tourne fol > dans laquelle tou-
tes ces noifettes font proprement arrangées :
elles font fort bonnes cuittes de crues.
Comme nous eoltoyons des rochers affreux
pour leur hauteur de pour leur largeur , nous
vifmes fur un de ces rochers deux Monftres en
peinture , qui nous firent peur d’abord, de fur
lefquels les Sauvages les plus hardis n’ofent ar~
refter long-temps les yeux, ils font gros com-
me un Veau , ils ont des cornes à la telle
comme un Chevreiiil * un regard affreux ^ des
yeux rouges , une barbe de Tygre 5 la face a
quelque chofe de l'homme , le corps couvert
d’écaille , la queue fi longue qu’elle fait tout
le tour du corps , paifant par-delfus la telle , de
retournant entre les jambes elle fe termine en
queue de poilîon y le verd, le rouge de le noir
font les teintes ou les couleurs qui le compofent:
Au relie ces deux Monllres font fi bien peints,
que nous ne pouvons pas croire qu’aucun Sau-
vage en foit fauteur 3 puifque les bons Pein-
tres en France auroient peine à fi bien faire,
de d’ailleurs ils font fi haut élevez fur le ro-
cher , qu’il eft difficile d’y atteindre commo-
dément pour des Peintres,
Comme nous nous entretenions fur cet
3 o Ibè couverte datif
Monftres , voguans paifiblement dans une bet
le eau claire 8c dormante , nous entendifmes
îe bruit d’un rapide dans lequel nous allions
tomber : je n’ay rien veu de plus affreux • un
embarras de gros arbres entiers , de branches ,
d’Iletes flottantes 5 fortoient de l’emboucheure
de lariviere de PeKitanoni avec tantd’impetuo-
iité * qu’on ne pouvoit s expofer à palier au
travers fans grand danger ; l’agitation en eftoit
telle , que leau eneftôit toute boüeufe & ne
pouvoit s’épurer* Pekitanoni eft une rivière
confiderablé , qui venant aiïèz loin du cofté
du Nord-Oiieft fe décharge dans Miffiflipy-,
plufîeurs Bourgades de Sauvages font placées
le long de cette rivière : j’efpere par fon moyen
Faire la découverte de la mer Vermeille ou
Golfe de Californie*
Nous jugeons bien par îe Rüm de vent que
tient le Milïïffipy , que fl elle continue dans la
mefine route, qu'elle a Fa décharge dans le Gol-
fe Mexique* Il feroit bien avantageux de trou-
ver la rivière qui va à la mer du Sud vers la
Californie ; & c’eft , comme j’ay dit , ce que
i’efpere de rencontrer par la Peititaiioni, fuivant
le rapport que m’en ont fait les Sauvages ,
defquels j’ay appris qu’en remontant cette ri-
vière pendant cinq ou fix journées , on trou-
ve une belle prairie de vingt ou trente lieues
de long , il faut la traverfer allant au Nord-
Oüeft j elle fe termine à une petite riviere fur
I ' Amérique S eptentrionale. 3 1
laquelle on peut s’embarquer , mettant pas dif-
ficile de tranfporter les Canots par un auffi
beau pais que cette prairie. Cecte fécondé riviere
a fon cours vers le ôur-Oüeft pendant dix ou
quinze lieues , apres quoy elle entr dans un
petit Lac 5 qui eft la fource d’une autre nvierè
profonde 5 laquelle va au couchant , où elle le
jette dans la mer. Je ne doute point que ce ne
doit la mer Vermeille , 5c je ne defèfperepas
d’en faire un jour la découverte , ii Dieu m’en
fait la grâce 5c me donne la iànté , afin de
pouvoir publier l’Evangile à tous les peuples
de ce nouveau monde , qui ont croupy fi long-
temps dàns les tenebres de l'Infidélité* Repre-
nons noftre route 3 apres nous eftre échapez
comme nous pûmes du danger d’eftre emportez
par ce rapide ou torrent*
Apres avoir fait environ vingt lieuë's au Sud*
& un peu moins au SuJ-£ft,nous nous trouvons
à une riviere apellée Onaboufidgou, dont l’em-
boucheure eft au 36 degré de latitude. Avant que
d’y arriver nous paftons par un lieu redouta-
ble aux Muvages 3 parce qu’ils ettiment qu’il
y a un Manitou , c’eft à dire un Démon ? qui
dévoré les paflans ; 5c c’eft dequoy nous me-
naçoient les Sauvages qui nous vouloient dé-
tourner de noftre entreprife. Voicy ce Démon:
C’eft une petite ance de rochers3haute de vingt
pieds , où lè décharge tout le courant de la
$iviere * lequel eftant repouftë contre celui qui
3* î)é couver te dam
le fuit 5 Sc an elfe par une Ifle qui elf proche^
1 eau elf contrainte de paflèr par un petit canal*
ce qui ne le fait pas fans un furieux combat de
toutes ces eauës qui rebroüflènt les unes fut
les autres , & fans tin grand tintamarre , qui
donne la terreur aux Sauvages qui craignent
tout , mais cela n’empefche pas de palier
arriver a Ouaboulkigou. Cette riviere vieht des
Terres du Levant 3 où font les peuples qifoii
appelle Chuoüanons en li grand nombre, qif eii
lin quartier on compte j niques à vingt- trois
Villages quinze en un autre , alTez prés les
uns des antres; Us ne font nullement guer-
riers , ce font peuples que les ïroquois vont
chercher pour leur faire la guerre fans aucun
fujet -y ôc parce que ces pauvres gens ne fça-
vent pas fè défendre 3 ils le lailîent prendre
& emmener comme des troupeaux , Sc tout
ïnnocens qu'ils font , ils ne lailïènt pas de refo
fèntir la barbarie des ïroquois * qui les brû-
lent cruellement;
Un peu au-delîhs de cette riviere dont je
viens de parler font des Falailès 5 où nos Fran*
ǰis ont apperceu Une Mine de fer qu'ils ju<*
gent tres-abondante.
U y en a plufieurs veines 5 & Un lit d'un pied
de hauteur : on en voit de grands morceaux
liés avec des cailloux; Il s’y trouve d’une ter-
re gtalîè de trois fortes de couleurs , de pour-
prée , violette, & rouge, l'eau dans laquelle ëi\ j
te
P Amérique Septentrionale. 33
îaVe prend la couleur de fang. Il y a auffi d’un
fable rouge fort pefant 3 j’en mis fur un aviron
qui en prit la couleur ii fortement que l’eau
he la pût effacer pendant quinze jours que je
m’en fervois pour nager.
C’eft iey où nous commençons à voir des
cannes 3 ou gros rofeaux 3 qui font fur le bord
de la riviere \ elles ont un verd fort agréable >
tous les nœuds font couronnez de feuilles lon-
gues 3 étroites 8c pointues : elles font fort hau-u
tes 5 8c en ïî grande quantité que les Bœufs
fauvages ont peine à les forcer.
Jufques à prefent nous n’avons point efté
incommodez des Maringciiins 3 mais nous en-
trons comme dans leur paï’s ; voici ce que font
les Sauvages de ces quartiers pour s’en dé-
fendre ï Ils élevenc un échafaut qui n’eft que dé
perches5&: par confequent peu fermé ôc à jour*
afin que la fumée pafîe au travers faifant du
feu défiais 8c chaiïe ces petits animaux qui né
la peuvent jfbufffir ; on fe couche fur les per-
ches 3 au - deffiis defquellef font des écorces
étendues contre la pluye , 8c réchafaut leur fert
contre les chaleurs exceffives 8c infupportables
de ce pays 5 car on s’y met à l’ombre à l’efta-
ge d’embas 5 8c on s’y garantit des rayons du
Soleil prenant le frais dû vent , qui palfe li-
brement au travers de cet échafaut.
Dans le rnefme deffein nous fufmes con-
tins de faire fur l’eau une efpe’ce de Cabane
C
\
Decouverte dans
avec nos voiles pour nous mettre à couvert des
Maringoüins de des rayons du Soleil. Comme
nous nous huilons aller en cet eftat au gré de
Teau , nous apperceufmes à terre des Sauvages
armez de fuzils , avec lefquels ils nous atten-
doient^je leur prefentay d'abord mon Calumet
empanaché, pendant que nos François fè met-
tent en deffènfe , & attendoient à tirer que les
Sauvages euffènt fait la première defeharge $ je
leur parlai en Huron,mais ils ne répondirent pas
un mot , ce qui me parut nous déclarer la guer-
re y ils avoient neantmoins autant de peur que
nous , de ce que nous prenions pour lignai de
guerre eftoit une invitation qu’ils faifoient de
4iou s approcher pour nous donner à manger.
Nous débarquons donc & nous entrons dans
leurs cabannes où ils nous prelentent du bœuf
fauvage & de Fhuile d’Ours , avec des pru-
nes blanches , qui font excellentes -, ils ont des
fuzils, des haches , & deshoiies* des coufteaux,
de la ralàde , des bouteilles de verre double, ou
ils mettent leur poudre -, Ils ont les cheveux
longs de fe marquent à la façon des Iroquois,
les femmes font veftuës de coiffées comme des
Hurones ; ils nous a fleurent qu’il n’y a plus que
dix journées jufques à la mer , qu'ils achetoienr
les eftoffes des Europeansxjuieftoient du cofté
de l’Eft ; que les Europeans avoient des Images
& des Chapelets, qu’ils joüoient des inftru-
ments , qu’il y en avoir de faits comme moy f
F Amérique Septentrionale , 35
8c qu’ils en eftoient bien receus : cependant
je ne vis perfonne qui me paruft avoir receu
aucune inftruétion pour la Foy 5 je leur en don-
nay ce que je pus avec quelques Médaillés^
Ce$ nouvelles nous animèrent 8c nous firent
prendre 1 aviron avec une nouvelle ardeur^
Nous avançons donc 8c nous ne voyons plus
tant de prairies 5 parce que les deux coftez
de la riviere font bordez de hauts bois ; les
ormes 5 les cottonniers 8c les bois blancs y
font admirables pour leur grolTeur & hauteur ;
la quantité de bœufs fauvages que nous en-
tendions meugler nous fit croire que les prai-
ries font proches ; nous voyons aufïi des Cail-
les for le bord de l'eau 5 nous avons tué un pe-
tit perroquet qui avoit la moitié delà telle roiu
ge5lautre moitié & le col jaune3&: tout le corps
verd. Nous eftions defcendus proche de $$
degrez d élévation , allant prefque toûjours,
vers le Sud , quand nous apperceufines un Vil-
lage for le bord de Feau nommé M itchigameaj
Nous eufmes recours à noftre Patronne 8c à.
noflre Conductrice la Sainte Vierge immaciu
lée, & nous avions bien befoin de Ton affi,
fiance ; car nous entenailmes de loin les Sau-,
vages qui s'ammoicnt au combat par leurs cris
continuels ; ils eftoient armez d arcs , de flè-
ches , de malliies , de haches & de boucliers s
ils fe mirent en eftat de nous attaquer par terre
& par eau , une partie s’embarquent dans
C i|
3«- T) e couverte dans
de grands canots de bois 5 les uns pour mon-?
ter la riviere, les autres pour la defeendre,
afin de nous couper chemin & nous envelop-
per de toutes parts - ceux qui ëftoiént à terre
alioient Sc venoient comme pour commencer
l’attaque ; en effet deux jeunes hommes fe jetr
tent à l'eau pour fe venir faifir de mon canot %
niais le courant de beau les ayant contraint
de reprendre terre , Fun d'eux nous jetta fà
niafluç qui pafla par dellus nous fans nous
toucher ; j avois beau leur montrer le Calumet
leur faire figue on gefte* que nous ne ve-
nions pas en guerre , baüarme cpntinuoit tou-
jours , & bon fe preparoit déjà à nous percer
de flèches de toutes parts a quand Dieu tou-
cha foudainement les cœurs des Vieillards qui
eft oient fur le bord de beau , fans doute par
la veuë de noftre Calumet qu'ils mavoient pas3
bien reconnu de loin , mais comme je ne cef-
fjis de le faire paroiftre ils en furent toucher
Sc arrefterent l'ardeur de leur jeuneflè , Sc mef-
me deux de ces Anciens ayant jetté dans noftre
Canot comme à nos pieds leurs arcs Sc leurs car?,
quois pour nous mettre en affurance,ils y entrè-
rent & nous firent approcher de terre, où nous
dcbarquafmes , non pas fans crainte de noftre
part. Il fallut au commencement parler par
geftes, parce que perfonne n’entendoit rien des
fix langues que je fçavois. Il fe trouva enfin
un Vieillard qui parlpit un peu llinois ; Nous
F Amérique Septentrionale. 37
leur fjfmes paroi fixe par nos prefens que nous
allions à la mer: Ils entendirent bien ce qu®
nous leur voulions dire , mais je ne fçay s'ils
concourent ce que je leur difois de Dieu &des
choies de leur fàlut , c’efl une femence jettée
en terre qui fructifiera en fon temps. Nous
îfeufraes point d’autre réponfe, finon que nous
apprendrions tout çe que nous demandions en
un grand Village nommée Axamfca,qui n’eftoit
qu â huit ou dix lieues plus bas : Ils nous
prefènterent de la (agami té & du poiftbn , &
nous pa (Dîmes la nuit chez eux ayec aflez d’in-,
quiétudes.
Nous nous embarquâmes le lendemain de
grand matin avec noftre Interprète, un Canot
dû eftoient dix Sauvages alloient un peu de-
vant nous. Eftans arrivez à une demie lieue
4e Aicamfca , nous vifînes paroiftre deux Ca-
nots qui venoient au devant de nous : celuy
qui y commandoit eftoit debout , tenant en
main le Calumet , duquel il faifoit plufieurs
geftes félon la couftiime du pays ; il vint nous
joindre en chantant agréablement &nous don-
na à fumer , apres quoy il nous donna de la
lagamité , & du pain Fait de bled d’Inde , dont
nous mangeafïnes un peu , enfuite il prit le
devant , & nous ayant fait figne de venir dou-
cement apres luy. On nous avoit préparé une
place fur féchaffaut du Chef des Guerriers ;
il eftoit fort propre & tapilfé de belles natte»
3 § Découverte dans
de joncs fur lefquelles on nous fit afleoir l
ayant autour de nous les Anciens , qui eftoient
les plus proches apres les Guerriers, & enfuiie
tout le peuple en foule : Nous trouvafmes
la par bonheur un jeune homme qui enten-
doit l’Ilinois beaucoup mieux que Flnterprete
que nous avions amené de Mitehigamea ; ce
fut par fon moyen qu« je parlay d abord à
toute cette allèmblée par les prefens ordinai-
res: ils admiroient ce . que je leur difois de
Dieu & des Myfteres de noftre lainte Foy , ils,
faifoient paroiftre un grand defir de nous rete-
nir avec eux pour les pouvoir inftruire.
Nous leur demandafmes enfuite ce qu’ils
fçavoientde la mer ; ils nous répondirent, que
nous n'en eftions qu'à dix journées : que nous
aurions pû faire ce chemin en cinq jours :
qu'ils ne connoilïbient pas les Nations qui
Thabitoient , à caufe que leurs Ennemis les
empefchoient d'avoir commerce avec ces Eu-
ropeans ; que les haches , coufteaux 5 rafades
que nous voyons leurs eftoient vendus en par-
tie par des Nations de l’Eft , 8c en partie par
une Bourgade d’Ilinois placée à rOiieft , à
quatre journées de là ; que ces Sauvages que
nous avons rencontré qui avoient^des fufils ,
eftoient leurs ennemis , lefquels leur fermoient
le pafiàge de la mer , 8c les empefchoient d’a-
voir connoiftance des Europeans , 8c d’avoir
aveç eux aucun commerce ; qu’au refte mm
t Amérique Septentrionale . 3^
fiôtis expofions beaucoup de palier plus outrera
eau fe des courfès continuelles que leurs enne-
mis font fur la riviere , qu’ils courent conti-
nuellement.
Pendant cet entretien on nous apportoit
continuellement à manger dans de grands plats
de bois , tantoft de la fagamité , tantoft du
bled entier , tantoft d’un morceau de chien :
toute la journée fe palla en femblables feftins.
Ces peuples font allez officieux & liberaux
de ce qu’ils ont , mais ils font miferables
pour le vivre , n’ofans aller à la challè des
Bœufs là uvages à caufè de leurs ennemis. U
eft vray qu’ils ont le bled d’Inde en abondan-
ce , qu’ils fement en toute làifon ; nous en
vifines en melme temps qui eftoient en matu-
rité , d autres qui ne failoient que poulïer ,
Sc d autres qui eftoient en lait; de forte qu’ils
fement trois fois 1 an : ils le font cuire dans
de grands pots de terre qui font bien faits :
ils ont aufli des allie ttes de terre cuite dont
ils fe fervent à divers ulàges. Les hommes
vont nuds , portent les cheveux courts, on&
le nez Sc les oreilles percez pour y mettre d$
la raflàde ; les femmes font veftues de mé-
chantes peaux , no lient leurs cheveux en deux
treflès qu’elles jettent'derriere leurs oreilles ,
Sc n ont aucune rareté pour le parer : Leurs,
feftins font fans nulle ceremonie „ ils prefèn-
Cent aux invitez de grands plats dont chacun
4° JbècouverPe dam
mange à diféretion , & fe donnent les reftes
les uns aux autres : leur langue eft extrême»
ment difficile , ôc je ne pou vois venir à bout
d'en prononcer aucun mot , quelque ef-
fort que je puffe faire : leurs Cabanes , qqi
font frites d'écorce , font longues & larges $
ils couchent aux deux bouts , élevez de deux
pieds de terre 5 ils y gardent leur bled dans
de grands paniers faits de cannes , ou dans
des bourdes greffes comme des demy ban-
ques à
Ils ne fçavent te que c'eft que le Caftor5leurs
irichcffes confiffent en peaux deBoeufs fauvagesi
Ils ne voyent jamais de neige chez eux , & ne
connpifient fHyver que par les pluyes, qui ÿ
tombent plus fondent qu'en Efté : Nous n'y
avons point mangé d'àutres fruits que des mê-
lons d eau -, s'ils fçavoient cultiver leur terre, ils
en auroient de toute forte*
Le foir les Anciens firent un Cônfeil fecret*
dans le deifein que quelques-uns avoient de
nous caffer la telle polir nous piller, mais le
Chef rompit toutes ces menées ^ il nous en-
voya quérir pour marque d'une parfaite aflu-
rance , il danla le Calumet devant nous de la
façon que j'ay defcrit cy-deffiis , & pour nous
ofter toute crainte il nf en fit prefent.
Nous fifmes Moniteur joliet Sc moy un au-
tre conleil pour délibérer fur ce que nous aurions
à faire 5 fi nous pafferions outre , oit fi noiir
nous
I* Amérique Septentrionale. 4*
nous contenterions de la delcouverte que nouà
avions faite.
Après avoir attentivement confideré qué
nous n’eftionS pas loin du Golfe Mexique,
dont le baffin eftant à la hauteur de 31 de-
gré ^.o minuttes , nous ne pouvions pas en eftré
efloignez plus de deux ou trois journées , qu’in-
dubitablement la rivière de Miffiffipi avoit là
defcharge fcans la Floride au Golfe Mexique
8c non pas nu cofté de l’Eft dans la Virginie,
dont le bord de la nier eft à 34. degiez que
nous avons pafl'é fins eftre encore néant-
moins arrivez à la mer, ny aufli du cofté de
rOiieft à la Californie , pource que nous de-
vions pour cela avoir noftre route à l’Oüeft:
ou à 1 Oüeft-Sud-Oüeft, & nous l’avions toû-
jours au Sud. Nous confiderafmes de plus,
que nous nous expoferions à perdre le fruit
de noftre voyage , duquel nous ne pourrions
donner aucune cônnoiflànce , fi nous allions
nous jetter entre les mains des Eipagnols , qui
fans doute nous auroient du moins retenus* pri-
ionniers; outre cela nous voyions bien que nouà
n'eftions pas en eftat de refifter à des Sau-
vages alliez des Eüropeans , nombreux & ex-
perts à tirer du fuzil , & qui infeftoient conti-
nuellement le bas de cette tivierejqu’enfin nous
avions pris toutes les connoiftànces qu’on petit
fouhaitter dans cette découverte. Toutes ces
raifons nous firent conclure pour le retour que
4i Decouverte dans
nous declarafmes aux Sauvages , & pour le«
quel nous nous preparafmes après un jour de
repos.
Après un mois de navigation , en defcen-
Z dant fur Miffiffipi depuis le 24 degré jufques
pzjy& ^ au 34 , 3c plus , 3c après avoir publié 1*E-
vangile autant que j ay pu aux Nations que
j’ay rencontré , nous partons le dix- fept Juillet
du Village des Aicamfca pour retourner fur
nos pas. Nons remontons donc le Miffiffipi,
qui nous donne bien de la peine à remonter
fes courans \ il eft vray que nous le quittons
vers le 38 degré pour entrer dans une autre
riviere qui nous abrégé de beaucoup le che-
min , & nous conduit avec peu de peine dans
le Lac des llinois.
Nous n'avons rien veu de femblable à cet-
te riviere 011 nous entrons , pour la bonté des
terres , des prairies , des bois , des Bœufs, des
Cerfs , des Chevreüils , des Chats Étuvages ,
des Outardes , des Cygnes , des Canards , des
Perroquets de mefines des Caftors ; il y a
quantité de petits Lacs 3c de petites rivières.
Celle fur laquelle nous navigeons eft large 3c
profonde, paifible pendant foixante-cinq lieües;
le Printemps 3c une partie de l'Efté on nefait
detranfport que pendant une demie lieue. Nous
y trouvâmes une Bourgade d’Ilinois nommée
, KuilKa,compofé de foixante quatorze Cabanes ;
ils nous y ont très bien receus , & ils m'ont
/' Amérique Septentrionale. 43
obligé de leur promettre que j’y retourneras
pour les inftruire. Un des Chefs de cette Na-
tion avec la jeunellè nous eft venu conduire
jufques au Lac des Ihnois , d’où enfin nous
nous fommes rendus dans la Baye des Puants
fur la fin du mois de Septembre d’où nous
eftions partis, vers le commencement du mois
de Juin.
Quand tout le Voyage n’auroit valu que
le fiiuc d’une ame, j’eflimerois toutes mes pei-
nes bien recompenfées , & c’eft ce que j’ay
iujet de .préfumer ; car lorfque je retournois
nous paflâmes par les Ilinois de Peroiiacca , je
fus trois jours à leur publier les myfteres de
noftre Foy dans toutes leurs Caktnnes , apres
quoy comme nous nous embarquions, on m ap-
porta au bord de l'eau un enfant moribond
que je baptiiay un peu avant qu'il mouruft ,
par une providence admirable, pour le falut
de cette ame innocente.
F I N.
f
/
VOYAGE
D’ U N
A MB ASS A DE V R
QJJ E
LETZAAR DE MOSCOVIE
ENVOYA p‘iVR TERRE
A LA CHINE
A N N I 653.
Et * Ambafïadeur partit de la Villa
de Tobol en Syberie au mois de
Mars 1653 ; apres quatre femaines
& trois jours de navigation fur la
nviere b Irtis > qui fe rend dansl’Obi, il arri-
va à la Ville de Tara le ving feptiéme Juillet:
11 en partit le premier Aouft , & arriva ledix-
feptiéme Septembre à Belou Woday , ceft à di-
re aux Eauès Blanches 5 il y fut quatre femai-
a B s 'appelloit Saedor Iacoyvits Eoicoof, b Elle eftmd
flam dans quelques Cartes,
iies pour attendre des Guides èc des beftes dé
Tomme que le Prince Ablai luy dévoie four-
nir. Il en ^partir le quinze Octobre avec cin-
quante Chevaux & quarante Chameaux que ce
Prince luy avoit envoyés : Aj*es huit jours de
marche il arriva à un lieu nommé Calbafin ; il
n’y trouva qu’une grande maifon prefque rui-
née ; de là il fut à LouKaragay , qui en eft à
deux journées, il gagna après les bors de la petite
riviere HenKutia, qui eft à une journée de Lou-
Karagay ; elle vient d’entre des Rochers , & le
Va perdre dans l’Irtis. A main droite en remon-
tant la riviere Irtis, eft l’habitation d’un c Laba,
ou Preftre Kalmucs , qui a quelques maifons
de pierre lue l’autre rive de 1 Irtis. Ce Laba
vit de la culture de la terre , il a à fon fer-
vice des Buchares : l’on cultive en cét en
droit du bled , de l’orge , du millet 8c d autres
grains, . ,
Le 2z a Novembre l’Ambaffadeur arriva a
la réfidence du Prince Ablay : Ses Sujets de-
meurent fous des huttes bâties de brique,ils ont
toutes ferres de beftiaux 8c de grains. Ce
Prince faifoit donner tous les mois a TAm-
baflàdeur , & à ceux de fa fuite , pendant qu’ils
furent là , trente e Kaepen de bled 8c d’orge ,
« PeM-eftre Lama .
â 0if, ‘J)ecembre , félon les 7 \w(fe$. *
g jjÇ^acp eft fsn poids de quarante livres*
1.' . î;
cinq Kaepen de farine de froment % vingt
moutons & dix chevreaux.
- Le 27 le Prince envoya fon Frere vers Y Am*
baflàdeur pour voir les prefens duTzaar ou
Grand Duc de Mofeovie*
Le 27 Décembre l’Ambafladenr fut porter
au Prince Ablai les prefens de Sa Majefté
Tzaarienne 5 il demeura deux jours à fa Cour*
Sc apres avoir paffé quatre mois & dix jours
dans fes Eftats,il prit avec luy fon Ambalfadeur
Sc ils arrivèrent enfemble le troifiéme Avril *
apres douze jours démarché, à une petite ri-
vière nommée Befica , qui prend fa fource en-
tre des rocbers 8c va fe perdre dans Finis, Le
Prince Ablai fait cultiver la terre proche de^
cette riviere , & il y a mefme fait bâtir quel-
ques maifons de pierre par des Ouvriers que
le Grand Cham luy a envoyez du Cathay*
Le trentième Janvier FAmbaflàdeur quitta
le Prince Ablai pour continuer fon voyage ^
8c apres quatorze jours de marche il arriva à
k réfidence du Prince Kol. A quatre jour-
nées de là eft une petire ville nommée Kol %
ou il ne remarqua que deux maifons bafties
de briques habitées, par des Preftces. Kal-
mucKS.
A cinq journées de la Ville de Kol eft le
grand Lac, nommé en langue Kalmuque , Ki ftU
Le P aïs ftortf <f$ bleds dit' feigle > des pois & autres
hgumes^ ‘
'4 . .
bas ; la riviere Irtis le traverfe. Âpres que
l’AmbalIadeur eut marché huit jours au-delà
de ce Lac , le long de Tlrtis , il entra dans les
Terres d’un f Taitla Mogol,
Deux jours apres il arriva au Pays duTaitfa
ïrdeKulu , qui demeure avec fes Sujets fous
des tentes dreflees le long de llrtis j Apres
fèpt jours de marche 3 toujours entre des Ro-
chers 5 il entra dans le païs d’un Taitià KaL
-mucK appelé SuruKtaitonh3oi\ la riviere Irtis
prend fon origine , à un lieu nommé Bulugan >
quieft la réfidence de ce Taitfa, De là aux
Terres du Taitla Sudbiligenia Mogol , il y a
vingt-deux journées de chemin , qui fe fait par
des montagnes fort hautes. Le Païs qui dépend
du Taitla Semli , aulîl Mogol en eft à huit
journées de chemin ; il y a trois autres journés
de là jufques aux Terres du dernier Taitfa Mo-
gol 5 nommé Dobrona : car du Païs que pof-
fede ce Prince , jufques aux frontières du Ca-
çhay , il ne relie que quinze journées de chemin.
Tous ces Princes Kalmucics & Mogol s ha-
bitent fous des tentes qu’ils tranfportent ça ÔC
là quand ils veulent changer de demeure.
L’Ambalfrdeur employa deux mois à aller
depuis les frontières du Cathay jufques à la
f Taitfa , en Ifalmnc^ , fignifie T rince. Vay parlé 4
Mofco à un Prince Kalmnc^ appelle Taitfa Aldadois ,
g Dans P Original M;ofcon>i te larda^la,
5 Surate mon (laps f original Mofco vite ,
5
ville de KoKotam , qui eft la première des Villes
qui fe rencontre de ce cofté là ; il fouffrit dans
ce chemin de montagnes très hantes , tenues
par les Mogols & par les Kalmucics , de gran-
des incommoditez ; il fut mefme contraint de
s'arrefter des deux ou trois femaines en quel,
ques endroits faute de vivres & d’eau qu’il fah
loit porter pendant lé voyage» Comme l’ Am.
baflàdeur fut à dix journées au deçà de Ko-
Kotam, il fit iç avoir ion arrivée au Gou-
verneur afin qu’il luy envoyait des vivres & des
chevaux , fuivant la coutume de la Chine ; mais
le Gouverneur s’en exeufa , fur ce qu’il n’en
avoir aucun ordre du g Grand Cham fon Maî-
tre j 1 Ambalïàdeur ne laiflà pas de paiïèr ou-
tre, apres avoir demeuré huit jours à KoKotam,
il en partit le ii janvier avec deux Mandarins
que le Gouverneur luy donna pour le conduire
à la Ville Capitale du Cathay nommée Gam-
ba! u.
La Ville de KoJcotam eft fermée d’une mu-
raille faite de terre & flanquée de tours de
brique ; il y en a fix plus groflès que les au-
tres , dans lefquelles font percées les portes
de la Ville , fermées chacune de deux battans
de bois de cheihe , couvers de plac ques de fer.
g Le Prince Aldadots m'a Ht, que le Grand Cl,am,qJ
efi maintenant Matflre de la Chine , eft appelle Mural,
par tous les tartans , & Mogcls, A
a iij
é
V Ambafïadeur ne remarqua aucune piece d ar-
tillerie fur ces tours ny aux coftezdes fix portes
de la Ville. Il vit dehors 6c dedans la Ville
plufieurs Pagodes baftis de briques vernies ,
comme aulïi quantité de boutiques bafties de
pierre , lur le derrière defquelles les marchands
font logez. Tout le trafic fe fait en Lalas qui
valent un peu plus de trois onces d argent fin :
les petites denrées fe troquent contre le tabac
& le thé. Ces boutiques eftoient fournies de
toutes fortes d’étoffes de loye ? de Damas , de
Sa tins 5 de taffetas 3 de toiles de cotton teintes
de diverfes couleurs , Scc.
La terre y produit toutes fortes de grains a
& les Forets les fourniffent de bois.
L'Ambaffadeur partit de Kokotam le u Jan-
vier pour aller à la Ville de Kapty qui en eft
à douze journées 5 c’eft la féconde Ville du
Cathay qu’il rencontra fur fa route. Plufieurs
Princes Mogols qui ont fecoüé le joug d au-**
très Princes de leur Nation , & qui fe font en-
gagez au fervice du Grand Cham 3 campent
dans l’efpace du pays qui eft entre ces deux
Villes j ils n’ont point de demeure arreftée, non
plus que les autres Princes de leur Nation.
L'Ambaffadeur eftant donc arrivé le dix
Février proche la Ville de Kapty , il fit fça-
voirau Gouverneur fa venue & luy fit deman^
4er des vivres des belles de Comme •> il s’ex^
cufa fur ce qu’il n’en avoir point d’ordre du
Grand Cham Ton Maiftre, & qn’il en écriroir
à la Cour,
La Ville deKapty eft entre ces hautes ro-
ches fur lefquelles la muraille de la Chine eft
élevéej cette muraille eft bâtie de pierre, elle a
trois * braflès de haut & la moitié autant de lar-
ge ; elle eft défendue & flanquée pat des tours
debricque éloignées de plus de cent braflès les
uns des autres ; en quelques endroits les tours
font fur la muraille, en d’autres il sien faut dix
braflès quelles ne touchent à la muraille • elle
S’étend depuis la Ville de Suktfey où croift
la Rhubarbe, jufques fur le bord de la Mer,
à ce que me dirent les Katayens, les Bûchai
res , & les Kalmucks,
Dix jours apres que le Gouverneur eut écrie
au Grand Cham fur le fujet de l’Ambaflâdeur ,
1 ordre vint de luy donner les chofes dont il
auroit befoin. Il partit de Kapty le 11 Février
avec deux Mandarins envoyez par le Grand
Cham pour le conduire à * Cambalu, où il
arriva apres lèpt jours de marche , dans cette
marche il paflà par dix-huit Villes bafties de
pierre ou de bricquejil y vit peu d’armes à feu
mais feulement quelques petits canons de fer*
quelques foldats avec des fuzils & des picques \
il y remarqua des ponts de pierre bâtis fort
proprement.
* Vans la Vïrfion Latine Gaunas,
i
Les gens de quelque confideratibn ont uii
ou deux valets qui les fuivent & qui leur por-
tent un parafol ou un ballon doré, mais les
Gouverneurs , les Princes & les Gens de mar-
que vont en litières portées par quatre ou par
huit porteurs : l’on crie devant eux nem toec ,
c’eft à dire. Attendez un peu.
Le troilîéme Mars 1 6$6,l’Ambalîàdeur eftant
arrivé à une Wurft ou demie de la Ville
de Cambalu Capitale du Cathay , deux Man-
darins l’y vinrent recevoir , l’un eftoit Tartaré
& l’autre Chinois , tous deux Prefidens du pre-
mier Tribunal de ia Chine.Ils conduifirent d’a-
bord l’AinbalTadear dans un Pagode, où ils luy
firent fervir du Café & du Thé. Leurs Pagodes
font bâtis à l’honneur & à la mémoire de leur
Talemana, qui vivoit anciennement dans ce Pa-
gade , & qui pafle auprès d’eux pour leur Dieu.
Apres ce regale les deux Mandarins comman-
dèrent à l’Ambaflàdeur de fe mettre à genoux,
& d’incliner la telle devant le Pagode , luy di-
fant inclinez-vous devant noftre Roy ; l’Am-
ballâdeur refofa de le faire , & leur dit que ce
n’eftoit pas la coûtume en fon pais de s’in-
cliner de la forte & de fe mettre à genoux
ayant le bonnet fur la telle. Ils prefenterenr à
l’Ambafladeur du Thé boiiilly avec du beurre
du laid de vache,lui difantque cette boiflon luy
téoit envoyée delà part du Roi;L Ambafladeur
^ Q
ïeür dit , qu il eftoit Cafefmé , <5c que félon la
Religion il ne pouvoit pas boire.
I. Ambalîàdeur remarqua fous la premiers
porte de la Ville de Cambaîu , où il pallà, trois
petits Canons de fonce longs d’une aune 8t
demie : Il en vit encore deux autres de mefinè
longueur un peu plüs aVant dans la Ville.
Apres avoir marché plus de trois Vfurft dans
la Ville , il arriva à la maifon qu’on lu y avoie
préparée • elle n’avoit que deux chambres,
elles eftoient tendues de tapis faits de racine!
d’herbes.
Pendant que l’Ambafîadeur fut en la Ville de
Cambahi , l’on îuy dônnoit tous les jours par
1 ordre du grand Cham , pour là nourritu-
re , un mouton, deüx poilfons , trois plats de
farine , prés d’une livré de Thé , deux plats dè
ris , & environ Une pihte d’eau de vie. Pour fes
gens , ils avüient de la chair de bœuf, chacun
du ns , & deux tailles d'eau de vie.
Le quatrième Mars le Conlèil envoya quérir •
les prefens du Tzaar ; T Ambalîàdeur refufa de
les donner , & dit que l’on n’en ufbit pas àinfr
dans la Cour , que l’on by dbnnoit les Let-
tres ny les prefens qu’au Prince mefine . au
temps de l’Audiance , & que le Grand Chatn
ne la uy pouvoit pas refufet. Ces Envoyez
répondirent, qtte fi cette coutume fe gardon à
la Cour du Tzaar , il n’en choir pas de incline
en celle du Gathay ; qu’un Prince ne pouvoit
IO
pas prétendre ^ d’établir des loix dans les Etats
des autres , & enfin qu’ils eftoient envoyez
pour apporter les prefens. Le refus que l’Am-
baflàdeur fit de les donner n’empefçha pas que
ces gens ne les emportaflent ; ils dirent à l’ Am-
ballàdeur 3 que le Grand Gham lui donnerôit
audiance , & qu'il luy prefenteroit luy-mefme
la Lettre du Tzaar. Quelques jours s ’e fiant
partez , l’on vint quérir l’Ambafladeur pour
aller prefenter la Lettre du Tzaar au Confeil ,
ce qu'il refufa encore ; il ajoûta , qu’il eftoit
envoyé au Grand Chain , & non à fon Confeil.
L’on mit après l’Ambartàdeur dans une au-
tre tnaifon , où il y avoit quatre chambres
femblables à celles de fon premier logement.
Le dixiéme I on envoya quérir par diverfes
fois l’Ambafladeur pour aller au Confeil pre-
fenter la Lettre du Tzaar • Il continua dans fon
premier refus ; que cela eftoit contre fon or-
dre 3 ôc ou’il ne s en pourroit jamais jufiifier
auprès du Tzaar fon Maiftre. Quelques jours
après l’on rapporta à l’Ambaflàaeur fes pre-
fens , à caitfe , difoient - ils , qu’il ne s’eftoit
pas voulu mettre à genoux , & qui! n’avoit
pas voulu prefenter au Confeil la Lettre du
Tzaar : Us ajoûterent , que non feulement les
Ambaflàdeurs étrangers ne voyoient point
TEmpereur de la Chine , mais que les Chi-
nois mûmes fes Sujets ne le voyoient point ,
,§c qu’il n’y avoir que les principaux Seigneurs
ïf
iu païs qui le pûflent voir.
Je ne fçaurois dire au jufle comment la Ville
de Cambalu eft grande , parce que 1 on ne nous
{)ermit pas k de fortir de noftre Logis durant
efejour que nous y filmes ; je n’en fçay que ce
que ni en ont dit les Mogols & les Cathayens,
qui tiennent quelle a quarante wurfts ou huit
lieues de large , &c autant de long.
Les principales marchandilès qui fè trou-
vent à Cambalu font des brocards relevez d’or
& de toutes fortes de figures , comme fleurs,,
dragons , ftrpens & autres ; Von y fait aufli
des fatins 3 des veloux 3 des tapis & d’autres
étoffes de Soye ; L’argent ? les pierreries & les
perles y font apportées du païs 5 de Karatfei 5
autrement nommé le vieux Cathay par ceux
du païs : Il y a de Cambalu au païs de Karatfei
deux mois de chemin ; ils dilent qu’il eft bien
plus grand que le nouveau Cathay, & que
Ton trouve beaucoup de fourrures de M arrhes
Zibelines, de Renards,de Caftors & de Tygres»
Leurs maifbns font bâties de pierre & cou-
vertes de tuiles colorées < fort petites & fort
bafles , fi ce neft le Palais du Grand Cham 2
U eft forr élevé , fpacieux 5 de peint de diver-
fe$ couleurs , le haut du toiét eft doré V ce
1 ’Mieu-bofm'a dit que l'on ne dormoit pas aux Mo fia -
vite* la liberté de finir du logis, à çaufi de leurman*
vaife conduite.
Feut-ejlre $<jïsfikdteia
U
Palais eft fcnné d'une muraille de brigue *
où font percées cinq portes qui ne s’ou-
vrent que très rarement y Sc font toujours
bien gardées par des foldats. Il eft fermé
d un foffé plein d’eau 5 reveftu de greffes pier-
res , avec un pont auffi de pierre à chaque
porte, Proche de chacun de ces ponts eft drefl-
Fée une haute colonne 'de pierre blanche hau-
te de fix braffès , fur laquelle font graves des
caractères Chinois. Il y a une grande place
devant le Palais 5 ou les courtiians s'affèmblent
trois fois tous les mois pour faire la reverem?
ce au Prince.
Les Cathayens feftent toutes les nouvelles
îunes5 Sc arborent ce jour- là dans les rues plu^
fleurs étendards & Banderolles, Ce jour-là tous
les grands Seigneurs & Officiers de l’Empire
viennent richement vêtus dans la place qui eft
devant le Palais; oû ils s’affifent chacun fèlonforç
rang: Apres avoir eftéalïïsune heure ou envi-
ron^! fort du Palais un Officier du Grand Cham,
qui leur commande à tous de s'incliner verd-
ie Palais 5 ce qu'ayant fait ils fe raffifent, en^
viron une heure après le mefine O fficier re-
vient & tous les autres s’inclinent derechef,
l’Officier retpurne une antre fois, ils s'incli-
nent pour une troifiéme fois ; cét Officier leur
donne à chacun un billet écrit qu’ils reçoivent
avec grande fpûmiffion ; ces Seigneurs oftent
apçes les habits magnifiques dqnt ils eftoieii!|
pare^& s'en retournent chez eux : Le Grand
Çham a auffi yingt-fix Eiephans que Ton a
accoutumez à s’incliner devant luy.
Les Cathayens affrètent de mettre fur leurs
habits, fur les toiéls de leurs maifons, leurs Pa-
godes,& enfin par tout des reprçfentarions de
Serpens St de Dragons,
Leur païs produit toutes fortes de fruits en
grande abondance • ils ont du poivre , du cloud
de girofle , de la mufcade , du gingembre 9
du benjoim ,du thé St des * Badianes,
La terre y porte a ffi de toutes fortes de grains,
il y en a mefrne d’une efpece que Ton recueille
deux fois Tannée -, pour du feigle je n’y en vis
point: Les rues des Villes du Cathay font pa-
vées de grandes pierres , & ont des deux collez
dçs conduits où tombent les immondices des
maifons.
Dans le Caçhay à ce que me dirent les Ca-
thayeris , il n’y a point d’autre grande riviere
que çelle nommée Chatul qui vient de la Bu^
charie Sc (h perd dans la mer. Ils ajoûtent que
cette riviere rie paiïè pas loin de la Ville de
Cambalu, que les Hollandois remontent de la
mer avec leurs vaifleaux cette riviere , St -que
fon embouchure efl fort dangereufe pour les vaiC
féaux. Les gens du païs nous dirent auffi qu’il y
avpità Cambalu. un étang dont l’eau eft rouge,
* C *efi m efpece de fruit qui a eflê décrit d$ns U 4
& que Ton y pefche du poilïbn qui paroift de la
mefine me fine couleur, mais que la chair n'en
eft pas ronge. Sur le fujet du Grand Cham qui
gouvernoit pour lors la Chine, ils me dirent
qu'il eftoit Tartare de Nation , qu’ancienne^
ment la Chine eftoit gouvernée par un Roy
Chinois, que depuis trente ans les Tartares
avbient conquis la Chine, que Dai-Beghamy
regnoit lors que les Tartares s'en rendirent les
maiftres , qu'il le pendit de defefpqir , que fon
petit-fils luy furvecut, qu'il fut tranfporté par
les confi lens du Roy fon grand-pere dansl'an-
cien Cathay : Le pais ainfi abandonné demeu-*
ra en proyc aux Tartares qui l'ont toujours
gouverné depuis j il eft refté fort peu de Ca-
thayens naturels en la Ville de Cambalu , 5c
ceux qui y demeurent font tenus dans un grand
efclavage.
Tous les Officiers du Grand Cham font Taiv
tares de Nation , tous bien armez ; les armes
au contraire font défendues aux Cathayens ,
fpus de grandes peines.
Les Cathayens, auffi bien les hommes que les
femmes , font dune ftature 5c d'une beauté
médiocre. Celle des femmes confifte à avoir
le pied petit , elles (e les forment de la forte
dés leur jeunelîè ; elles portent des habits
courts avec des manches fort larges , ils ont les
cheveux épais. L'habit des hommes eft une
vefte fort longue , ils la ferment par deflfou§
le bras gauche avec deux boutons. Les habits
du commun peuple four de couleur obfcure ,
mais les personnes de qualité en ont de diver-
fes couleurs très- vives. Ils fe couvrent la telle
d’un petit bonnet à l’extremité duquel eft une
houppe de foye , en efté ils ont de petits cha-
peaux ; les femmes Cathayennes portent leurs
cheveux comme les Tartares ; les Carhayens
adorent des Idoles flites de terre , de bois &c
d’autres matières, les unes dorées , les autres ar-
gentées , ou peintes de diverfes couleurs ; ils
les gardent dans leurs Pagodes, où ils vont
la nuit les adorer , & font brûler devant des
chandelles de cire ou de fuif ; leurs cloches
dont ils ont - très peu , font de fonte & de
fer. ,
Ils mangent de tout indifféremment , des
grenouilles' , des tortues & des chiens , dont
la chair fe vend publiquement dans les bouti-
ques.
Les Tartares font belles , ont le pied de la
grandeur ordinaire , & font habillées de mef-
me que les femmes Kalmuques , leur habit
traifne jufqu’à terre , les hommes y font en ge-
neral vêtus de noir ou de quelque autre cou-
leur brune , ils ont la mefine croyance & la
melme Religion que les Cathayens.
Les grands Seigneurs quand ils marchent
par les rués fe font porter un parafol , on les
voit accompagnez de plufieurs valets qui ont
1$
une centaine d'autres , plus ou moins . félon là
qualité de la perfonne s le fuivent , & quand il
paSè dans une rue tous ceux qui s'y reneonJ
trent à cheval doivent mettre pied à terre, 8t
ne remonter que quand ils l’ont perdu de veue.
Le bois eft fï rare au Cathay, qu'il en faut
pour neuf ou dix fols toutes les fois que Ton
veut faire cuire à manger*
Il vient en ce païs-là diverfes Nations è-
trangeres que le traficque ÿ attiré s François *
Holkndois, Efpagnols , Italiens & autres, el-
les y ont l’exercice de leur Religion libre ; jé
Vis mefmes dans les inaifons de quelques uns
de ces étrangers des Images de N.S JefusChrift,
de la Vierge , 8c des Saints • ces gens - là
ont converti uir grand nombre de Cathayens
à la Foy Catholique ; ils ibnt établis dans lê
Cathay depuis plufieurs années, mais les Ca-
thayens nefçavent pourtant pas quand ils y font
entre! 8c d’oil ils font venus ; il y a auffi au
Cathay plufieurs Ferfans qui y exercent libre-
ment la Loy Mahometane ; on tient qu’ils y font
entrez avec Tamerlan , comme on le voit
par leurs livres.
Du temps qüe nous eftiohs là,ie grand Chani
faifoic la b guerre avec le fils de l’Empereur dit
3 TC ota le croy que c eft plutoft ïnquarrt , auquel les
Tartarcs faifoient la guerre pour lors .
Cathay , dernier mort ; mais nous ne pûmes
fçavoir s'il gouvernoit le vieux Cathay , quel-
ques uns en doutent.
' L'année 1655 le 7. Juillet il arriva à Cambalu
une Troupe de 18. Hollandois qui eftoient
partis, à ce que Ton nous dit, de leurs pa s
avec trois vailfeaux fur chacun defquels il y
avoir cent perfonnes , l'on adjoûtoit qu'il s'en
eftoit perdu deux en chemin , & que des trois
cens hommes qui eftoient fur ces vaifleaux il
ne s'en eftoit fauvé que foixante & quinze ,
dont ces vingt-huit eftoient venus en Ambaflàde
vers le grand Cham , que les autres eftoient
demeurez fur lé vailfeau ; l'on ne leur permit
pas de fortir de leur logis pendant qu’ils fu-
rent a Cambalu ; c'eft pourquoy nous ne leur
pûmes parler. Ges Hollandois envoyèrent à
FAmbâiladeur > comme il eftoit fur le point
defon retour, deux lettres pour Mofcou,â l'u-
ne cachetée , l'autre ouverte.
Enfin nous partîmes de la Ville de Cam-
balu pour retourner en Mofcovie , le qua-
trième Septembre 1 6 $6* * nous allafines d’a-
bord à la Ville de Kapty & nous eufines en-
cores plus à fouffrir au retour qu'en ve-
nant , parce que l'hyver approchoit Sc que nous
trouvions fort peu de vivres de de fourrages
a tthuhoffm parle dans fa Relation de l' Ambaffade des
Hollandais a la Chine > qui ejl dans la trotfiéme Partie
du %'ïueil.
* ( année che% les %uffes commence au mois de Septem*
hre% 'Dans la TraduCHon Latine 716 f.
fur les chemins ; la pîufpart de nos chameaui
3c de nos chevaux moururent de faim & de
foif , ou demeurèrent enlèvelis dans la neige >
de forte que nous fumes contraints d’en achep-
ter d'autres fort chèrement. Les Catayens
nous avoient marqué un autre chemin que ce-*
luy que nous avions fuivi en venant , entre le
pais des Mogols 3c celuy des Bucares : Enfin
apres avoir fouffèrt mille incommoditez , nous
arrivafines au pais du Prince Ablay après fix
mois de marche le trente*uniéme Juin de 1 an-
née 1656 , 3c de là à la Ville de Tobol- Nous
avons employé trois ans & cinq mois dans
noftre voyage,
F I N,
Extrait du Privilège du
PA r grâce & Privilège du Roy , donné a Paris le
huitième juin 1661, Il eft permis a G ira RB
Garnier de faire imprimer un %ecuetl de dtverfes
Relattcns Vojages curteux, contenant^ c. en un OU
plufîeurs volumes, conjointement ou feparement , pen-
dant le temps de vingt années : Avec deffenfès a tous
autres d’en rien imprimer , vendre ny diftribuèr • ny
aucune Carte , ny Figure, (bus quelque prétexte que^ce
foi t , fans fon confentement , fous les peines porter
dans ledit Privilège,
EXPLICATION DE LA CARTE DE LA] dPCOWERTE DE LA TERRE D'IELMER ,
au de -U de la Nouvelle Zemble , & des routes pour paffer pur le Nort
au Japen , à la chine, & aux Indes Orientales. ' .
o”
Ut ut les deux routes de la Navigation des ïndes Orientales par le Cap détonné Efperanee , ou pat les
Détroits qui font au bout de l'Amérique Méridionale, les Hollandois ont tenté celle de Waygats , Sc de
la nouvelle Zemble, par le Nort; & les Anglois celle des Détroits de Davis , & d’Hudfon par le Nordoed. Les
Hollandois eftoient rebutez de leur collé , lorfque Cornelis Ielmerlèn Koïc , ayant trouvé la mer ouverte au delà
■de la pointe la plus Orientale de la nouvelle Zemble marquée L , il s’hazarda d’y naviger , & reconnut la code
de la Terre-ferme , qui refuyoit au Sureft jufques au 73. degré , marquée M, qu’il nomma Terre d’ielmer.
Les Entrepreneurs de cette Découverte y envoyerrent d’autres Vailîeaux l’année, 1669. üs uie parlèrent de
leur deflein de pafler par là au Nort des Terres d’Iezo , que j’ay décrites dans mon premier Volume, & qui
font marquées dans cette Carte par lés lettres D, B , G , I ; & d’encrer par le Détroit de UriesI , dans les
Mers du Japon & de la Chine.
Feu Moniteur de Wit Peniîonnaire d’Hollande eftoit perfuadë , que le partage feroit plus facile en s’élèvent
jufques fous le Pôle ; fa raifon eftoit, que par le8i, & S), degré P on avoir vû des lietbes & des animaux ,
qui paifiènt fur les codes de Spitzbergne , Sc que ces quartiers edans plus temperez que les codes de la nouvelle
Zemble , on pourroit éviter par là les glaces , qui fonc caufes des grands froids quel’on y foudre , & qui ont toû-
„ .jours empêché le bon fuccez de ces entfeprifes : mais je n’ay jamais pû fçavoiL' de luy comment il prétendoit que
l’on s’y pût fervir de la Bouffolle : car fous le Pôle la Bouiïollc ne marque que le Sud & le Nord , Sc la ma-
niéré de fçavoir l’Ed Sc l’Oed par les horloges , Sc laveuë du Soleil edtrop incertaine pour y hazarder la vie
de tout un équipage, Sc le , fuccez d’une femblable entreprife.
DISCOURS
SW .L'ART .
■' De la U
N A V I G A T I G K
Avec quelques Problèmes
peuvent iùppîéer en partie
qui manque à un Arc G né
cd Taire»,
PROBLEMES.
I- Donne t la confîrucHm d’un Niveau
fins portatif, , plus facile à faire & à
employer 3 & plus exact que tous
ceux dont on s'efi fervi jttfqu’ù, cette
heure ,
A* Prendre hauteur plus exactement fur
'Mer, Ion mefmêque l'on ne voit pdf
l'Horizon 3 & que le vent empêche
de fe fervir des Jnftrumens ordinai-
res.
III. Rendre plue exactement la valeur d'un
Degré en nos lieues ou mefures , &
par la refondre le Problème de la
me f ire de la Terre..
I V. Fixer la valeur de ces lieues ou me-
' fur es , en forte que les autres Hâtions
(f la pofieritè les puiffent entendre.
Faciliter l obfervation des Longitu-
des.
œsn’ESÏ avec beaucoup de juftice,
ce me femble , que l’on fe plaint
< de la plulpart des Gens de Lettres
, ïb i =1111 des fiecles pailèz , & du mauvais
■* ufage qu’ils ont prefque toujours
fait de leur temps. Peut- on s’empêcher de
s’en plaindre toutes les fois que l’on fè trouve
dans les lieux où l'on conferve le fruit de leurs
veilles , & que l'on voit dans nos plus grandes
Bibliothèques des faces entières occupées par un
nombre infini de Commentaires fur Ariftote, un
pareil nombre de Sommes,de queftions deT heo-
logie fcholaftique,& de réfolutions de Cafiiiftes,
autant de livres de Droit, trois ou quatre mille
Chymiftes, une fois autant dé Médecins ? Ne
faut-il pas avoüer que de tous les hommes
des fiecles paflèz , il n’y en a point qui
ayent plus mal employé leur temps que ceux
qui ont fait profelÊon des Sciences. Ils ont
voulu faire croire qu’ils l'employaient tout
entier à la recherche de la vérité, à met-
tre le repos dans l’elprit des hommes , à leur
rendre la polfellion de leurs biens plus tran-
quille, & aies guérir de leurs maladies : Cepen-
dant il fo trouve qu’il n’y a point de nations
plus tranquilles que celles qui n’ont point, de
livres de chicane , ni de peuples qui joüiftènt
d’une plus grande fanté , & qui ayent des re-
mèdes plus feurs contre les maladies, que ceux
qui n’ont point de Médecins.
Mais lî nous avons tant de fojet de nous
plaindre de ceux qui fe font appliquez avec
il peu de fruit à ces Sciences ou à ces Etudes,
il n’en eft pas de même de ceux qui onr *ulci-
ve les Arts ; car il eft confiant qu’ils y om fait
de grands progrès , 8c qu’ils les ont portez à
un degré de perfection fort élevé au-deflus de
ce qu’ils eftoient dans leurs commencemens.
L’Art de la Navigation qui en doit eftre ici
l’exemple , a toujours efté pratiqué par des
gens aulïï groffiers que nos Sçavans de pro-
fefîïon ont crû eftre iubtils : cependant ces
gens de Mer , ces gens de peu de difcours , &
©acore moins d’application à l’étude , font
A ijj
4
parvenus à un degré d exactitude qui les a
fait admirer de tout le mondé : & les Navi-
gateurs de noftre fiecle doivent eftre fort fiu
tisfaits de leurs anceftres 5 6e compter pour
bon lemploy quJiis ont fait de leur temps
toutes les fois qu'ils’ entreront en compte fur
ce qu ils ont trouvé dans leur fucceffion d’ex-
periences & d'enfèigncmens.
-a Nous voyons que les anciens Navigateurs
n ofoient perdre de veuë les côtes 5 &c que lors
qu il falloir faire canal , c'eft à dire perdre la
terre de veue , ils ont efté réduis quelquefois
à fè fervir de moyens auffi grollîers 3 que ce-
lui de mettre dans leurs vaifleaux des pigeons
& de les laifter aller pour regler leur naviga-
tion félon leur vol 5 & trouver par là les
terres d'où les pigeons avoient efté apportez.
Dans ces premiers temps fun de ces anciens
Pilotes pour avoir ofé faire canal, & ayoir navi-
gé par un mouflon ou vent fixe qu'il avoit
obfervé jufques à un port des Indes où ce vent
le portoit 5 paflà pour un des plus grands hom-
mes de fon temps. Ce vent mdfne fut connu
depuis fous le nom de ce Pilote. Cependant
cette entreprifè qui pafla alors pour la plus
grande & la plus difficile que l’on eût encore
hazardée , eft aujourd'hui une des plus faciles
qui fè rencontrent dans l'Art de la Navigation.
Ce Recueil de voyages en donne foüvent
des exemples , principalement dans le Routier
d Amotta,& dans l'TnftruCHon pour la route des
Indes Orientales ; car Tune 3c l'autre de ces piè-
ces nous apprennent que lors qu'on a rencontré
ces -mouflons, c'eft k dire ces vents fixes qui du-
rent toute une fiiifpn entre les deux Tropiques,
la route fe fait fans que l'on change les voiles.
Les obfervations des Pilotes ont efté bien plus
loin , elles nous apprennent le lieu où l'on doit
trouver ces vents félon les différais temps de
1 annee , 3c nous connoiflons fbuvent le lieu de
la terre où nous fommes par la veüe de ce
que la fonde nous a apporté du fond de la Mer,
Les décbnaifons de l'Annan dont ils ont tenu
régi lire , nous marquent en beaucoup de ren-
contres la longitude ; & il efl vray de dire que
ces gens nous ont donné aujourd’hui des routiers
& des inftru&ions fi exa6tes?que ion fait le tour
de la terre avec moins de danger qu'il n'y en
avoit autrefois à traverfer la Mer Mediterra-
née. Nous devons ces connoiflàncës & ces
avantages aux écrits utiles, & aux obfervations
exactes des Navigateurs des fîecles paffez.
La Géographie & beaucoup d'autres Arts fe
font perfectionnez de même, & on auroit fait
un femblable progrès dans les Sciences fi on y
voit employé de la mefme forte les expérien-
ces & les obferavations.
Mais la plùfpart des Sciences, comme nous les
avons maintenant, & leurs fy fie mes , ne font
qu un pur jeu de 1 efpnt de l'homme qui natu-
A üj
tellement fuit la peine de raîfbnner jufte de
/trouver de véritables préceptes , & d en tirer les
confequenccs de mefine, toujours prefl d'admi-
rer fon ouvrage, ôc de foutenir avec beaucoup
d'opiniâtreté ce qu'il a avancé fans fondement.
JDans les Arts au contraire , lors que l'ou-
vrier a mal raifonné , & qu'il vient à mettre
en pratique un faux raifonnement , il en eft
convaincu auffi-toft par le mauvais fuccés de
ïà bcfbg ne, Sc corrigé par le dommage qu'il
tn a fouffërt. Si les Navigateurs enflent imi-
té les Médecins & les Philofophes, & qu'ils
îc fuflent arreftez à ces raifonnemeiys qu'ils
font il y a fi longtemps , nous fèrions encore
tous d accord de l'impoffibilité de traverfèr la
Zone Torride , nous condamnerions comme
herctiques ceux qui aflureroient le contraire ,
& qu'il pût y avoir des hommes au-delà de
la ligne. Semblables raifonnemens nous au^
roient privez de toutes ces belles & utiles con-
noillances du nouveau monde plus grand que
celui que les anciens ont connu ; ainfMa moi-
tié de la terre feroit encore dans le cahos où
1 ignorance des fiecles paiïèz l’avoit laiflee.
Si les Médecins avoient imité les Naviga-
teurs, 6c qu'ils euflent continiié les remarques
Sc les obfervations que leurs premiers fonda-
teurs avoient commencé de faire , nous au-
rions une fiiite d'hiftoire des maladies déplus
de deux mil ^n$ , & les remedes de trente.
fïeclcs , car il y à autant de temps que Ion a
commencé à confacrer dans un Temple les
inferiptions des remedes dont on avoir tiré
du fccours dans les maladies , & fondé ainfi
cette Medeeine experimentale que les dogmes
mal établis , & la foulle éloquence des Mé-
decins qui font venus après, nous ont fait
perdre j tellement qu’ils font encore aujour-
d huy dans l’état où ils fe plaignoient d’eftre
vers le temps d’Augufte. * D’avoir trop de pa-
roles , & point de Remedes.
Ceux qui ont parlé de bonne foy de la Phy-
sique ou de 4a Medeeine, ont confeffé cette
ncceffité de faire des expériences & des ob-
fervations pour y fçavoir quelque chofe. Def-
cartes l’avoüe par tout où il a occafion d’etj
parler , tout le monde en eft maintenant per-
fuadé , St c’eft à quoi devroient s'occuper
principalement le grand nombre de Gens dû
Lettres qui fuivent aujourd’hui fa Philofophie*
autrement il ne nous fera pas plus utile d’a-
voir beaucoup de Commentateurs de Défi
cartes & de GâSeady , qu’il nous a peu lervi
julqu à cette heure d’avoir employé tant da
fiecles à commenter les fyftemes d’Epicure ,
de Platon & d Ariftote : Enfin douze ou quinze
cent Traitez fur la caufe de la fièvre & fur
ia méthode de la guérir, n’ont fèrvi julques
à cette heure cju’à faire craindre cette ma-
ladie , que le Chinchinna des Indiens , & mjg
| yiit vérin, fuperejje , deejfe medeud^fcienMm.
méthode contraire à celle des Médecins , gue~
rit prefque toujours.
Ce fut fur de femblables réflexions que
plufieurs perfonnes unies enfemble par l’a-
mour de la vérité , & par le deflèin de tra-
vailler à l'avancement des Sciences & des
Arts , quittèrent la- méthode des anciens dé
leurs fy ftemes , pour s’appliquer entièrement
à faire des obfervations & des expériences,
comme à Tunique moyen -de réüfïïr dans un
û bon ddfeim
C'eft fur ce fondement que TA ITemblée
qui s'eftoit formée chez Moniteur de Mont-
mort, a travaillé les deux dernieres années
quelle s’eft teniie chez moi $ ce temps fera
conté un jour pour bien employé lors que les
obfervations & les expériences qui ssy font
faites feront données au public*
Après avoir fait uü recueil & ün efpece
d'inventaire de ce que nous trouvons de biens
effectifs 'dans îa ftccefïïon des Gens de Let-
tres des fiecies paflez , & dans les écrits des
autres nations , après avoir veu par là com-
bien Ton a avancé dans chaqqe Art , TAlïèm-
blée devoir s'appliquer à poufler plus avant
fès connoiflànces , à fuppîéer ce que l’on
trouverait manquer à la perfection des Arts.
. Les Navigateurs n’ont point trouvé juf.
ques ici de moyens de prendre exactement
hauteur lors que T Horion n’eft pas libre, ou
que
que le vent les empêche de fe fervir de leufs
îmtrumens, car leurs inftrumens fuppofentla
veue de 1 Horizon 3> & que le grand vent
n en empeche point 1 uiàge.
Je propoferay ici une Machine nouvelle que
J ay trouvée il y a quatorze ou quinze ans
avec laquelle on remedie aflurément à ces
inconveniens OÜ tombent tres-fouvent les
Pilotes , principalement lors qu’ils navieent
entre les Tropiques & les Pôles ; car avec
cette Machine qui eft fort fimple l’on pein
prendre hauteur lors même que les broüiüa
empêchent la veiie de l’Horizon, & que îes
plus glands vents leur oftent la liberté de fe
lervir de la Baleftrille & des autres Inftru
rrïrr ï? donnay dans ce
Afehrrï h defcnP«°n, lors que nolTre
avTc ouel fUbfift°U encore> & je l’inlereray ici
Cvf '^ remarques que les fautes que
j ay vu fane quelquefois à ceux qui s’en fer
vent ont rendu noires, q l“
B
ÏO
PROBLE'ME PREMIER.
Donner la conftruBion d'un Niveau plus
portatif , pln-s facile à faire & d em-
ployer , dr plu* exaB que tou s ceux
dont on $ efi fervi jufqud cette heure .
IL s’eft fait quelques nouvelles découver-
tes dans l’Allemblée pour l’avancement des
Arts, qui seft tenue chez Monfieur Thevenot,
qui peuvent eftre d’un grand ufage, principa-
lement pour les Bâtimens , pour la conduite
des Eaux , & pour la Navigation. L’armement
des Flottes des Indes, la jon&ion des Riviè-
res & les grands bâtimens que l’on entre-
prend maintenant , ont fait croire que c eftoit
le temps de rendre publique une choie qui
peut eftre utile à ces entreprifes , & qui avoit
efté propofée dans cette Ailèmblée il y a
déjà quelque temps , Sc depui; à la Société
Royale d’Angleterre, & à l’Academie del
Ciment o de Toicane.
C’eft un Inftrument où l’air enfermé avec
quelque liqueur fait un Niveau, mais qui a
ces avantages fur tous ceux dont on s’eft fervi
iufques à cette heure.
i. On le trouve plus juftc que les autres,
car il n’y a point de Ci petite inclination qu’il
ne faife connoiftre.
Iî
2. Il e(t d’ailleurs d autant plus feur pour
la pratique, que les changemens de l’air, le
fec , l’humide & le vent qui altèrent les au-
très Niveaux , ne peuvent en façon du mon-
de corrompre fa juftefle.
3. La main de l’ouvrier n’eft point occu-
pée à le tenir lors qu’il s’en feit.
4. L’on employé moins de temps à s’en
fèrvir, qu’à fe fervir des Niveaux ordinaires ;
ce qui eft fort confiderable dans une pratique
que les ouvriers font obligez de recommen,
cer fi fouvent.
La conftrudfcion en eft auffi plus aifée
que celle des autres Niveaux. On choifit un
tuyau de quelque matière tranfparante ; un
canon de verre par exemple, dont les CGftez
foient parallèles ; d’un diamettre qui puiflè re-
cevoir le petit doigt , & qui foit environ fept
ou huit fois plus long que large. On le fer-
me par un bout, & on y met quelque liqueur.
L’efprit de vin y eft fort propre, parce qu’i!
ne fait point de fediment , 5c qu’il ne g le ja-
mais. On laifie du tuyau environ un peu
moins de vuidc qu’il 11’a de diamètre ; on le
bouche après , ou on le feelîe par le feu.
Lors qu’on s’en fert 6c qu’on l’applique
fur le plan que l’on veut examiner , Pair oui
y eft enfermé monte aufli-toft vers la partie
du plan la plus élevée, & demeure fans mou-
vement 1ers que le plan eft horizontal, &
B ij
n
cela toujours avec la mefmc juftefle, quelque
temps qu il falîè.
Ce Niveau d'air qui donne Fhorizon avec
tant de juftefle, donnera par-confequent la
perpendiculaire fur l'Horizon , & tous les
difïèrens angles , fi vous y ajoutez les divi*
irons fur lefquelles il les puillè marquer.
f
PROBLEME IL
Prendre hauteur plus exactement fur Mer y
lors mefne que l’on ne voit pas /' Hori-
zon , & que le vent empêche de fe fer-
yir des lnjlrumens ordinaires .
C'E s T robfervation de la hauteur du
Pôle qu’eft principalement fondé l'Art
de la Navigation, & le plus admirable Pro-
blème que Pefpric humain ait réfolu , qui eft
de pouvoir conduire un Vailïeau en tel lieu
du monde où l'on puiife naviger fans avoir
jamais fait le voyage.
Les Nations les plus fçavantes dans PArt
de la Navigation fe fervent pour prendre
hauteur , d’Inftrumens avec iefquels il faut
voir en même temps l'Horizon 8c FAftre ,
ou fon ombre : Lors qu'ils ne voyent point
i! Horizon, ils ne s'en peuvent fervir , ce qui
arrive fort fouvent : & quand ils le voyent ,
îa réfradion les trompe toujours, & fait pa-
raître l’Horizon plus haut qu’il n^eft en effet.
On fçait trop ee que peut la réfradion , pour
s’arrefter à le prouver par les témoignages
des Hollandois dans la nouvelle Zembla, des
Anglois dans leurs découvertes vers le Nord-
Oeft , 8c par celui de nos François qui ont veu
fouvent fur terre le mefme objet , tanroft plus
haut , tantoft plus bas , 8c qui ont l’experience
que les refradions font encores plus grandes
fur mer que fur terre , & qu elles changent fi
fi diverfement , félon les différons temps &
les différons lieux , qu’on n’en fçauroit don-
ner de réglé. L’Arbaléte commune , le Quar-
tier dont fe fervent les Anglois , & enfin tous
les Inftrumens qui fuppofent la veuc de l’Ho-
rizon, font fujets à ces deux défauts , aufquels
on n’a pu trouver jufques ici de remede : car
lors qu’on voit l’Horizon ils le fuppofent plus
haut qu’il n’eft en effet, comme je viens de
dire,&ils font inutiles quand on ne le voit pas.
Le Niveau d’air nous donne une maniéré
de fuppléer ce qui manque de ce cofté-là à
un Art fi neceflaire , puifqu’eftant appliqué
fur les Inftrumens des Mariniers , ou ce qui
eft encores mieux , fur une équaire dont une
des branches foit divifée en 45 degrez , foit que
le Ciel foit fèrein ou couvert , il marque toi*î
jours exadement l’Horizon,
Car avec un Tnftrumcnt d’une conftrudtîon
fi fimple & fi aifée Ton évite le changement
des Marteaux , de le doute ou on eft toujours
qu’ils foient à angles droits. Et pour les Di-
vifions , on a crû à propos de les faire avec
du fil de fer ou de quelqif autre métal pafle par
«ne même filiere ; car ces fils font égaux par
leur conftru&ion , & étant tournez fur une
aiguille comme on fait la cannetille , ils don-
neront les Divifions plus petites & plus juftes
qu'aucun Divifèur d’Inftrumens de Mathéma-
tique le puiffè faire -, & cela avec une grande
épargne de temps & de dépenfe. Il y a enco-
re cet avantage, que par le moyen de ces Di-
vifions que l’on peut mettre dans un afîèz petit
volume, un Navigateur peut porter de très-
grands Inftrumens par tout, & s’en fervir dans
des occafions de neccffité ,dont on ne voit que
trop d’exemples dans les voyages de long
cours : car foit qu’on étende ces fils ou can-
netilles fiir une Réglé ou fur un Cercle , elles
les divifent de même en partie fi égales , &
fi Ion veut fi petites & fi juftes , que je ne
crains point d’avancer 5 que fi l’on fait jamais
en Europe des Inftrumens pour les Oblerva-
tions Agronomiques aufïï grands que ceux
qui ont efté faits en A fie, cette maniéré de
Divifion ne doive eftre preferée à toutes les
autres qui ont efté pratiquées j triques à pre~
fent.
tl y d’autres maniérés encores plus juftes de
prendre hauteur & de faire la plufpart des au-
tres obfervaticns celeftes , en le lavant d’une
lunette avec de s filets à fon foyer 5 car fi vous
la pointez au Zenit par le moyen du Niveau,
elle vous peut faire voir prefques à toutes les
heures de la nuit quelque Etoille qui en apro-
ehera ; & connoillànr la declinaifon de cette
Etodle par les T ables , & là diftance du Ze-
nit par le moyen des filets de la lunette , vous
avez la hauteur lans autre calcul ; & quand
mefine une petite diftance comme celle-là Ce
prendroit par eftimation , elle ne li ra jamais
fi fautive que les înftrumens des Mariniers,
qui ne leur donnent point la Hauteur de nuie
à une précifion plus grande que de vingt-cinq
à trente minutes.
La Hauteur fe peut encore prendre par
deux Etoilles veuës à l’Horizon ou fous le
mefine Azimut , ou lors qu’elles font au Mé-
ridien & proche de l’Horizon ; mais comme
ces maniérés Irppofent une plus grande con-
noiflànce du Ciel que celle des Mariniers or-
dinaires , ce n’eft pas ici le lieu de s’y éten-
dre , la choie eftant d’ailleurs allez claire à
ceux qui connoilfent le Ciel pour l’entendre
fur la feule propofition que j’en fais ici.
Ce peu de lignes avec la figure fuffiront
fins doute au deftèin qui les a fait écrite, qui
eft d’enftigner feulement la pratique de ce
lé
Niveau & de ces Divifions : Les exemples
que l’on en a donnez ici pour Ja Navigation
Sc pour la conduite des Eaux , s’étendront ai-
fément à l’Architeéfcure & aux autres Arts.
Pour ce qui eft de la théorie & de l’effet de
l’air enfermé avec l’eau dans un même tuyau,
il a efté examiné ailleurs pat la même per-
forine à l’occafion de l’eau qui monte dans
la branche étroite du fiphon. Et l’on fe re-
met à la donner au public , lors que beaucoup
d’autres pièces faites dans cette même AfTem-
blée feront en état d’y paroiftre.
PROBLE' ME III.
Rendre plus exactement la valeur d’un
Degré en nos lieues ou me fur es , & par-
là rè foudre le Problème de la mefure
de la Terre.
LA latitude ou hauteur prilè avec l’Inftru-
ment que je viens de dire , ou obfervée lans
Infiniment dans le Ciel par le moyen des Etoi-
les ou des Planètes fait connoiftre combien
Ton a avancé vers l’un ou l’autre Pôle du
monde ; mais le Navigateur devroit fçavoir en-*
cores combien un degré du Ciel luy vaut de
lieues fur la Terre, c’eft à dire fçavoir la gran-
deur de la Terre. L'Antiquité s’eft fer vie de
diverfes
17
diverfes obfervations pour venir à bout de ce
Problème: la plus fameufe eft celle du Cali-
phe Almamoun de la maiTon des Abailydes , je
îa rapporteray icy comme je l’ay traduite *dü
texte Arabe des Prolegomenes de la Géogra-
phie d’AbuIfeda; car la tradudion que j’en ay
faite, Sc que l’on a veuë à la telle du difcours
de la meliire de la Terre, n’eft pas entière.
Les grands Cercles de la Terre font divifez
en trois cent ioixante parties , comme ceux
que nous imaginons dans le Ciel. Ptolomée
auteur de l’Almagefte , avec plufieurs autres
des Anciens }a obier ve qu’une de ces trois cens
foixante parties ou degré, vaut foixante-huic
milles & deux tiers de mille fur terre. Ceux
qui font venus depuis eux ont voulu s’en
éclaircir par leur propre expérience ; car s’é-
tant aflemblez par 1 ordre d’Almamoun dans
les Plaines de Seniar, ils prirent enfemble la
hauteur du Pôle, fe féparerent après en
deux troupes, l’une s’avança vers le Septen-
tnon , & l’autre vers Midy, allant le plus droit
qu il leur fut poffible , julques à ce que l’une
des troupes eût obfervé le Pôle Septentrional
plus elevé d un degré , & que l’autre au con-
traire l’eût trouvé abaiilé d’un degré. Ils (b
railèmblerent enfuite à leur première ftation
pour confronter leurs obfervations ; il parut
que l’une des troupes avoir Compté <6 mil-
les deux tiers pour un degré , & l’autre feu-
i8
lement $ G milles : Ils convinrent de pren-
dre la plus grande mefure de 5 6 milles deux
tiers. T ellement qu’entre cette obfervation &
celle des anciens il y a dix milles de différen-
ce ; car les anciens faifoient le degré plus grand
de dix mille* que les modernes ne le font ;
cependant il y en a encore qui aiment mieux
fuivre le calcul des anciens.
Mais il faut auffi remarquer que les cou-
dées , les milles 8c les parafantes des anciens
font des mefures differentes de celle d aujour-
d’huy , & que le pouce eft une mefure commu-
ne aux uns &aux autres, car ils conviennent
fur le fujet du pouce, 8c îuy donnent la lon-
gueur de fix grains d’orge mis à cofté iïin de
f autre ; mais les anciens ont fait la coudée de
32 pouces, que les modernes ne content que
pour 24 ; ainfi le mille des anciens qui vaut
trois mil coudées de 32 pouces chaque coudee,
eft égal à celuy des modernes qui contient
quatre milles coudées de 24 pouces chacu-
ne ; & la différence que Tony trouve n eft que
dans le nombre des coudées que l’antiquité
a confiderées autrement que ceux de noftre
iîecle. CefUà le fens des paroles d’Albufeda.
Le peu de fuccés des entreprifes que les an-
ciens ont fait pour venir à bout de ce Problè-
me, 8c le fouhait de tous les Mathémati-
ciens , mefme de nos François qui y ont tra-
vaillé depuis peu 5 8c avec plus d’exafti-
*9
tude que les autres nations , m’ont fait cher-
cher une plaine plus étendue que celle de
Seniar, de Paris à Amiens , de Londres à
Yorcx:, de Bergenpfom àLeyden, ôc que toutes
les autres diftanc'es dont on s’eft fervi jufques
à cette heure pour ce deflèin. Je crois en avoir
trouvé une qui y eft fort propre , car Ton y
pourra mefiirer la diftance de plufteurs degrez
Nord 3c Sud , Sc fans que le haut 3c le
bas du terrain où la rencontre des bâtimens
Sc des forefts empêchent Implication d’une
mefure a&uelle. C’eft fur le Botenzée, Golfe
que fait la mer Baltique en s’avançant dans
les terres vers le Nord, & cela dans le
temps que fes eaux font glacées , puifqu’iî
eft des années où Ton pourra traverfer depuis
Torn ville fituée au fonds de ce Golfe, juf-
ques au ddïous du Parage de StoKolm , &
quelquefois encore plus bas en fiiivant les
côtes Orientales de la mer Baltique, jufques
en Prude , 3c jufques à la Ville de Labio qui eft
au Sud du Curish HafF, étendue qui fait une
partie confiderable de la circonferance de la
terre, 3c qui donne une plaine de quatorze ou
quinze degrez , mais une plaine que Y on peut
mefurer fans obftacles , 3c une ftuface dont
on peut connoiftre la courbure. Il y a plus
de quinze ans que j’ay communiqué cette
penfée , 3c que j’aÿ excité un de mes amis
qui eftpit alors en Spede de l’çxecuter ^ la
C ij
choCe m’a paru toujours tres-facile. Elle le
paroiftra de mefme à tout le monde , fi l’on
jette les yeux fur le plan que l’on a fait d’une
partie de cette plaine pour repreiènter la mar-
che des Troupes du Marquis de Brandebourg ,
qui partirent des environs de la Ville de
Labio , & marchèrent Cavallerie , Infanterie ,
■Artillerie & Bagage , firent en un jour douze
grandes lieues d’Allemagne fur la glace , &
fùrprirent les Suédois dans leurs quartiers.
Ce plan qui eft public confirme encore la
facilité que je fiippofe ; pour moy ce m’eft
allez d’avoir donné cette veuc Sc la maniéré
de réfbudre un Problème qui a exercé tant
d habiles gens ; pour ce qui eft de l’executer ,
êc de faire mefurer cette grande étendue ; ce
font de ces foins que les Romains appellent
curas Regum.
Ainfi en fe fèryant d’une aulïï grande bafe
de treize ou quatorze degrez , ou d’environ
798840 thoifès Françoifes, l’on pourra venir à
une plus grande précifion touchant la mefure
de la terre , que l’on n’a pû faire jufques à
cette heure, à caufe de la petiteflè des bafès
fur laquelle on a établi jufques ici la réfolu-
tipn de ce Problème. Par là nous pourrons
déterminer le diamètre & la grandeur de la ter-
re que les hommes habitent il y a fi long-
temps fans la connoiftre, & nous fçaurons aflez
exactement par cet ufige ce qu’un degré vaut
II
de nos lieues. La glace a encores d’autres
avantages pour l’obfervation , comme je l’a-
vois marqué avec beaucoup d’autres circon-
ftances dans le mémoire que j’en envoyay il
y a quelques années à un de mes amis en
Suede à qui j’avois propofé de faire cette ob-
lèrvation.
PROBLEME IV.
Fixer la valeur de ces lieues ou mefures,
en forte que les autres Nations & la
ÿofieritè les fuiffent entendre .
CE ne fera pas allez d’avoir appris par
cette obier vation combien un degré dans
le Ciel vaut de lieùës ou d’autres menues fur
la terre ; il faut encore fonger aux moyens de
faire entendre quelles font ces indurés aux
autres nations , & trouver quelque méthode
aifée pour en tranfmettre la connoiflànce à
la pofterité , afin qu’on ne tombe plus dans la
melme ignorance où nous fommes mainte-
nant des mefures de ceux qui nous ont pré-
cédé ; & auffi de leurs poids , car la connoifla»-
ce des poids peut dire tirée en quelque façon
de celle des mefures.
Ces gens de Lettres qui ont pris tant de
foin de nous lailfer des penlées & des raifon-
nemens inutiles , n’ont jamais travaillé férieu-
fèment à nous tranfmettre une connoiflànce
auffi necefïàire que celle des poids de des
mefures : fi- bien que prefque par tout ou il
eft parlé dans leurs livres de poids ou de ine-
fùres 5 nous ne les fçaurions entendre. Les
grains d’orge & les crins de cheval dont ils
le font voulu fervir pour nous faire entendre
leurs mefures (ont inégaux , Sc d’autant plus
impropres à cet ufage , qu’ils font plus petits ,
qui eft cependant la raifon pour laquelle il$
s’en /ont voulu fervir.
Gravius 3 comme on le voit dans la premiè-
re partie de ce Recueil 5 a fait un voyage ex-
près d’Angleterre en Egypte pour graver fur
le tombeau de la plus grande des pyramides
le pied de f©n païs ? perfuadé qu’il réfoudroit
ainfi en mefine temps deux problèmes 5 celuy
d’établir une mefure commune à ceux de fon
fiecle 5 Sc de la tranfmettre à la pofterité.
Il confideroit que ce tombeau ayant déjà du-
ré plus de trois mil ans , Sc eftant encore fort
entier , il pourroit conferver très long-temps
ces mefures , & qu’ayant rapporté à cette
mefiire ainfi gravée furie tombeau de cette
pyramide , les mefures qui font aujourd’huy le
plus en ufiige chez les autres nations ; comme
il a fait dans un Traité particulier , par là
il en conferveroit la connoiflance5les rendroit
intelligibles à ceux de fon fiecle , & à toust les
fiecles qui les doivent ftnvre,auffi long-temps
au moins que dureroit le tombeau de la py-
ramide. Sa penfée peut eftre utile 5 princi-
palement aux Egyptiens tant que ce tombeau
fera dans fon entier. Snellius avoit eu de-
vant luy une femblable penfée 3 car il vou-
loir établir cette mefure commune fur les rui-
nes d’un fort que les Romains ont baty à
l’ancienne embouchure du Rhin $ mais ces
méthodes ne font pas generales 5 leur durée
eft attachée à celle de ces ruines 9 de il faut
que ceux des autres nations fortent de leur
païs pour les apprendre.
D’autres ont crû pouvoir faire la mefme
chofe plus exa&ement par le moyen de la
longueur d’un pendule , la différence de l’air
y peut apporter du changement ; un pen-
dule de mefme longueur va plus vifte en
Hyver qu’en Efté 5 èc peut eftre autrement
aux lieux qui font proche la ligne , qu’en
ceux qui font avancez vers les Pôles , outre
que cette méthode eft impliquée avec une
pbfervation celefte 5 de que hors de l’Europe
il y a fort peu de gens capables de faire
femblables obiervations avec la juftellè ne-
ceflaire 5 de que les plus habils s’y peuvent
tromper , comme il eft arrivé à nos voifins ,
de comme on le voit dans l’obfèrvation d’Al!
mamoun.
Dans une entreprife que tan t d’efforts inutile
2+
ont rendue comme delèfperée, il m’eft venu
dans l’efprit ? que peut-eftre l’on y réiilïïroit
mieux en le fervant de quelqu’un de ces ou-
vrages que nous d lions que les belles font par
inftind; nous pouvons ce me femble fuppofer
avec raifon que cet inftinéfc leur venant
d’une caufe eternelle, il doit eftre toujours le
melme & exempt de toutes ces varietez qui
diftinguent tout ce qui vient des hommes.
Entr autres exemples je trouvay que les cellu-
les des abeilles de melme efpece , indurées
dans le temps que les abeilles les bâtilïènt ,
font égales entre elles , & ayant depuis me-
furé celles des environs de Paris , de la Ville
de Leyden, de Florence, je n’y trouva^ au-
cune différence ; & que fi l’on fuit les rangs
lèlon lefquels les fonds, ou baies de ces cellu-
les lônt dilpofées , l’on trouvera qu’un mef-
me nombre de cellules donne toûjours la met
me mefiire. Ainfi rapportant toutes les me-
fures dont on le fert maintenant dans le mon-
de , à celle des cellules des abeilles , la pofte-
rité pourra par ce moyen les connoiftre tou-
tes : Et cette mefure que je propolè icy lèra
d’autant plus generale , qu’il y a des abeilles
dans tous les endroits de la terre , auffi-bien
aux lieux qui approchent des Pôles , qu’en
ceux qui lont plus avancez vers la ligne : Et
quoy-que je l’établiflè fur de la cire , rien
ne m'empêche de croire qu’elle ne puilTe du-
ret autant que ie monde, & qu’elle ne lois
plus propre à ce delTein que le diafpre
du tombeau fur lequel Gravius a marqué le
pied Anglois, & plus ailée à entendre & à
pratiquer que celle qui le peut tirer des vi-
brations du pendule, jointes à une oblèrvation
celefte, comme on la voulu faire en France
& en Pologne. Mais auparavant que de l’é-
tablir 5 je voudrais avoir pu comparer les ou-
vrages des abeilles de lieux éloignez , du Cap
de Bonne F.lperance & d’Egypte; par exem-
ple, avec celles de la Molcovie & du Mexique,
&c. Et fi elles fe trouvent par tout égales , cette
mefiire lé pourra rendre commune à toutes
les nations , 8c par Ion moyen l’on pourra
tranlmettre la connoiflànce des mefures de
hoftre fiecle, a la pofterité, qui eft ce que l’on
cherche. Ce Problème s’étend aulîî à la con-
soilïànce des poids , ce qui eft trop connu à
ceux qui ont étudié cette matière pour l’expli-
quer ici davantage.
Je ne puis retenir dans la plume quelqües-
ines des autres oblérvations que j’ay faites
ur les abeilles , que la main de Dieu ne lé
mit point mieux ailleurs que dans ces ou-
vrages qui font faits par inftinét , que la
Iruélüre des cellules des abeilles , qui eft
:e qu’il y a de plus admirable dans tout
:e que nous voyons de l’ouvrage des ani-
naux, eft juftement ce qui n’a point elle te-
O
%6
marqué par Àldrouandus , par Mouffet 5 ni j
par tous ces autres perfonnages de grande
leéture 5 qui ont crû avoir traitté à fonds Fhi- j
ftoire des abeilles , à caufe qu’ils ont ramaffé *
tout ce que les anciens & les modernes en
ont écrit,
, Il eft confiant qu’il n y a que trois figures,
régulières qui peuvent remplir l’efpace , c’eft j
à dire pour parler plus intelligiblement, qui ]
puiflent paver un efpace fans laiflèr de vuide
entr’elles : Ces figures font le triangle qui a les
collez égaux , le quarré & Fexagone : Les ,
abeilles pour bâtir leurs cellules , ont choifï :
une de ces figures qui ne laifle point d’efpa-
ce vuide &c inutile dans leur plan , mais ce
n’efloit pas allez d’avoir cet égard pour ren~ J
dre leur ouvrage parfait : Entre ces trois fi» J
gures qui remplirent tout l’efpace, il y en a
une qui contient avec cela plus d’efpace que 1
les autres , fans qu’il y ait plus de travail, c’eft |
Fexagone ; qui n’ayant qu’autant de tour qu’un I
triangle ou qu’un quarré , ne laifïè pas de j
contenir plus d’efpace que l’un ou l’autre de I
ces figures ; les cellules qu’elles élevent fur ce 1
plan fi-bien ménagé, ont la mefine perfeétion I
de remplir exaélement Fefpace folide , &1
cTeflre de la figure qui contient le plus. Et j
ainfi l’on peut démontrer que pour ces deux!
égards de ne point perdre de place & d’eni^i
pïoyer bien leur travail & leur terrain, elles fl
47
ont fait tout ce que l’étude de la Geometrie
suroit pû enfeigner aux plus habiles ; & qu’il
ne fe peut rien faire de plus parfait , en ce
genre que ce qu’elles font.
Il fe rencontre fort à propos pour confon-
dre l’orgueil des Philofophes,quefur ce fait des
figures folides qui remplilfent l’efpace folide
où les abeilles ont fi-bien réiiflî , tous les
Commentateurs d’Ariftote , auffi-bien les La-
tins que les Grecs , fe font trompez , quoy
qu’entre ces derniers il y ait eu des Mathé-
maticiens. Ainfi l’on peut appliquer à ces
ouvrières les vers que le Poète s’appliquoit
à luy-mefme , & dire à leur honneur,
ln terni Ubor , at ternis non gloria.
Ou bien fouffrir qu’un Poète Perfàn s’écrie
avec une licence ordinaire aux Poètes de fora
païs , Que fi Archimede avoit examiné un
ouvrage fi lurprenant , il fe ferok mordu les
doigts d'admiration avec les dents de l’envie.
problème v,
faciliter l'obfervation des Longitudes ,
& de la dèclinaifon de l'Ayman.
CE n’eft point aflez d’avoir perfeftionné
la Navigation dans les quatre Problèmes
préce.dens ; il ne fuffic pas à un navigateur d®
D ii
âS
connoiftre tres-e*aâ:emetjt combien il a avait-
cé de degrez lous un Méridien , ce que val-
lent ces degrez en nos lieues terreftres ; i’en-
tens combien la circonférence de la Terre con-
tient de ces lieues, & combien ces lieues
tnefmes contiennent de nos thoifes & de nos
pieds. Il manque encore de connoiftre la Lon-
gitude , c eft a dire combien l’on a avancé de
• Prient à l’Occident : Problème que l’on cher-
che il y a long- temps , & dans la folution du-
quel toutes les nations du monde font inte-
reftees ; car il eft vray de dire qu’une grande
partie des Vaifïèaux qui fè perdent contre les
cotes , ç’y perdent par l’ignorance de ce Pro-
blème. Et un de ces habiles Pilotes Hollan-
dois de la carrière des Indes Orientalles , me
difoit il y a quelques temps à Amfterdam ,
que dans cette grande courte Eft & O eft que
l’on feit depuis le Cap de Bonne Efperance
j niques à Batavia. L’on fè tromperait très-fou-
vent déplus de deux cent lieues, dans Peftime
que 1 on fait de la Longitude , fi on ne corri-
geoit Peftime de cette courte par les obier-
Tâtions de la déclinaifon de PAyman.
En effet nous navons point jufqu’à cette I
heure d’autre tecours plus propre pour pren-
dre la Longitude fur mer, que celuy d’obfer- !
ver la déclinaifon de PAyman, Les Routiers ;
de Tellier , Damotta , & tous ces autres voya-
ges que J'ay donnez dans les quatre parties :
§■ ... 29
de ce Recueil 3 font remplis de ces obferva-
dons : Mais la déclinaifon de l’Ayman a en-
core bien des difficultez. L’on ne connoift
pas encore afïèz les périodes de ce mouve-
ment de l’Ayman qui s’éloigne de la ligne
Meridiene , tantoft du cofté de TEft , tantofl
le celuy de l’Oeft, & qui dans un autre temps
fen approche : L’on ne fçait point aufîi
pelle eft la pins grande déclinaifon en cha-
pe lieu ; ainfi il eft prefque impoffibîe de
aire un fyfteme de ce mouvement. Et fi je
ne hazardois à en faire un fur le peu d’ob-
ervations que nous en avons , ce feroit tom-
>er dans le defaut dans lequel l’on fe plaint
jue l’on tombe il y a fi long- temps de fe
ier trop à fbn raifbnnement , & de décider
ans avoir autant d’experiences qu'il en faut
>our le pouvoir faire à propos : Mais la po-
larité & ceux qui auront ramaflé d'autres ob-
brvations pour établir les périodes de ces
hangemens, me fçauront peut-eftre un jour
[uelque gré des deux ob (ervations qui fui-
ent, à caufè qu elles peuvent fèrvir à la con-
Loilïance des périodes de la variation de l’Ay-
nan pour les Longitudes , & a l’avancement
le TArt de la Navigation.
On a crû jufques à cette heure, que la dé-
linaifon de l’ Ayman n’a commencé d’eftre ob-
brvée que vers le commencement du dernier
ecle : Cependant j’ay trouvé quelle variait
|o
de 5 degrez Tan né? , ceft dans un manuferic
qui m’eft tombé entre les mains , avec ce ti-
tre, Epijtola Pétri Adfigerii in fuper ratio -
ttibns nature Magnetis. Il y a une remarque
dans cette Lettre que la pointe de Teguille
que Ton fuppofe marquer exactement le Nord,
décline vers TQrient , & que par pluiieurs ob-
fèrvations cette déclinaifon s'eft trouvée de 5
degrez. L’on voit encore que la plufpart des
ehofes que Ton attribue à Gilbert , 8c qui luy
ont donné la réputation de pere de la philo-
fbphie de TAyman , eftoient fçeu’cs dés le
treiziéme fiecle , cet Epoque de la déclinaifon
de TAyman, qui avoir efté oubliée jufques à
cette heure , fera fuivie d’une ©bfervation
qui meriteroit bien d avoir efté faite dés ce
premier temps , auquel Ion s’apperçeut que
Teguille ne marquoit point precifément le
Nord.
Au Solftiee d'Efté de Tannée 1 66$ je tra
çay une ligne Meridiene fur un plan fixe
afin de fçavoir quelle eftoit alors la déclinai-
fbn de TAyman , 8c eftre plus ailiiré à Tave
nir de fes changemens. j’avois choifi pour ce
dellein une maifon de campagne dans Ilîy, vil
lage qui a Paris au Nord, 8c qui en eft éloigm
dune bonne lieue : Cela fut fait par le moye;
des ombres prifes le matin, &Taprés midy di
jour du Solftiee d'Efté ; mais avec une circon-
ftance remarquable, J en traeay une par cens
nethode , & Moniteur Frenieîe une autre fur
:ette mefme pierre : Elles fe trouvèrent toutes
leux fi exactement paralelles 5 que nos autres
Mathématiciens n’y remarquèrent aucune
lifFerence. Ainiî nous demeurâmes perfuadez
jue nous nous pouvions fier à cette obfer-
^ation , 3c tenir cette ligne Meridiene pour
3ien tirée.
Ayant enfuite appliqué diverfes BouflToles à ^
:ette ligne Meridiene pour trouver la déchu
laifon de l'éguille 5 nous vîmes qu'elle ne dé-
:linoit point en ce tempslà. J'y ay appliqué
depuis d'année en année les melmes Bouffb-
es, & j'ay trouvé qu'en l'année 1664 l'c-
guille déclinoit de plus d'un degré vers l'Oeil ;
m 1667 plus de deux degrez ; en 1671 de
deux 3c demi; &c l'année fuivante 1675 j’ob«
fervay la déclinaifon d'environ deux de-
grez 3c cinquante minutes , ou je l'obier-
vay encore l’année 1677 fans y avoir remar-
qué de changement ; en 1678 le mefme. Ce-
la donna lieu à nos Mathématiciens de croi-
re qu'aprés avoir efté ftationaire de la forte 5
elle retourneroit vers l'Eft : Cependant en
l'année \68o je l’a trouvé au Solftice d'Efté
de trois degrez 3>c demy , 6c la preiente année
1681 je n'y vois point de changement.
Je communiquay cette obfervation dés l'an-
née 1663. à nos Mathématiciens , à l'Aca^
demie del Ciment© de Florence. Je l'écrivis
32-
à Meilleurs de Rawnlay & Oldenbourg , qui
après s’eftre trouvez plufieurs fois à nos Af-
femblez avoient établi en Angleterre celle qui
fubfifte aujourd’huy fous le nom de la Société
Royalle. Je trouve dans leurs réponles :
Cependant il efl k obferver que voflre varia-
tion de 8 degrés ( je crois qu’ils parlent de
robfervation faite par O ronce) dans l'efpace
d' environ 130 ans eft venue à rien 3 au lieu
que la noflre qui ejloit de deux degrez > s* efl
perdue dans l'efface d’environ 80 feulement ,
Jbfonfîeur Bourrough ayant trouve l'an 1580
la déclinai] on de 2 degrez 15 minutes 3
jMfonfeur Gonter l'an 1622 de 6 degrez 30 mi-
nutes , & Adonfieur Ellibrand l'an 1633- de
4 degrez 16 minutes . l'efpere que nos Aief-
fieurs feront auffi dans peu de temps une oh -
fervation pour voir comment la variation fe
trouve icy k prefent , la faifon eftant k cette
heure propre pour cela .
Ces obfervations font du nombre de celles
qu’il nous importeroit fort que Ton eût faite
iî y a long-temps ,* (k que ces gens de Lettres
qui ont perdu tant de loifir à nous écrire
leurs penfées 5 en euflent donné quelques
momens à une étude fi neceflàire.
F I N.
LES HISTOIRES
NATURELLES
DE L’EPHEMERE
ET DU CANCELLUS
O U
BERNARD L’H ERMITE
Décrites 8c reprefentées par Figures par
Mr Swammerdam , pour fervir de
Suplément à ce qu’Ariftote 8c
les autres en ont écrit }
Tirées avec les Voyages freccdens du
Recueil des Ouvrages de l’ Ajjem-
blée y qui s'efl tenue citez
Mr T H EVE N O T.
ERRATA.
AVIS,
PAg * 9. li g, 6. cette étendue , adj. imaginaire.
Découverte de T Amérique Pag. 4X- ^ f* 14 • ^feK, 42*
ÂmbafTadedes Mofcovites fag. 6 lakas qui valent ef-
facez h .
P^g-, /ijr trois brafïees de haut , ‘verfion Latine 5
lifez. uînas plus minus I X , IV latus.
Pag, 13, à la fin dans la Préface ajoâtez, dç la verfion
latine
Pag, 14, à la fin ils ont , Ufe^ elles ont.
Df cours % Problèmes .
Pag.\, l.i6. Médecins ,adj. je laiffe aux Théologiens à
parler de la Scholaflique , pour les Cafuilies un inqui-
fiteur de Madrid refufoit de nos jours la permiffion d’en
impiimerjils enfeignent, difoit-il , Part de Pleytar centra
U l.y de DUs , & la feule maxime de ne rien faire , ubifit
fufhitiâ latentis malt, bien établie , eft plus feure & meil-
leure pour la focieté civile , que tous leurs Livres.
Pag. g fin , de la mefme force v li fez , de me
P. 6, l z préceptes * Ufi^ principes.
P» \j. I. 4> & bergen opzoèm , L & de,
P. 18 l. Albufeda ,lif. Abulfeda.
p. 30. L oubliée , Hf. ignorée.
P. 31. /. 17. l’année fuivante , ajoute^ Xé'jz.
P. 31. 1 . 10. de deux degrez , Uf. onze.
P. 31,*/. U. Elibrand , Uf. Gelibrand.
pin , à une étude , l â nous aprendre des faits , & â
laider à la pofterité des obfer varions fi neceffaires.
VEphemere .
P. /. 9, la vafe , lif de fa nourriture.
C l, . à eau Ce, Uf par cette raifon peut eflre.
p.10 / Siramefdam , Uf Svvam rnerdam.
p. io. obfervatiQn3^yiparticulantez.
histoire
NJ TVRELLE
D £
L’EPHEMERE:
"Ephémère qu’Ariftote a dé-
crit , &: qu’il nomme ainfî à-caufè
du peu de durée de ia vie , com-
mence ordinairement à paroiftre
aùx emboucheures du Rhin 5 & fur les eaux de
la Meule, du Waal & du Lech , vers la Saint
Jeam
Mais quoÿ-que fôus cette figure d’un infe-
été qui vole, fa vie ne paflè point quatre ou
cinq heures , & qu’il meure fur les onze heures
du foir après avoir pris cette figure environ à
fix heures apres midi ; il eft vrai cependant
qu avant d’eftte en eftat de prendre cette figu-
re , il a vécu trois ans fous celle d’un ver qui
fe tient toûjours aux bords de l’eau , dans des
trous qu’il s’y eft creufé dahs la vafe , qu’il
augmente félon qu’il augmente de corfiige , &
qu’il creufe plus bas lors que l’eau vient à baiC*
0
for. En effet, fi l’on vient à fouiller dans h
vafo vers le mois de Juin , on trouve les vers
d’où viennent les Ephemeres , de differentes
grandeurs , d’un , de deux &: de trois poulces y
félon la diverfité de leur âge , & aufli de leurs
elpeces.
Il faut encores remarquer cette différence ,
qu’aux vers de la petite forte on ne voit au-
cune apparence d’ailes ; au-lieu que dans les
deux autres fortes elles font remarquables :
mais fi vous les mettez les uns & les autres fin-
un plan uni , leur petit corps n’y eftant point
foûtenu,comme il l’eft dans leurs trous , ils ne
peuvent marcher , 3c demeurent fur le dos
fins fe pouvoir remettre^au-lieu que dans leurs
trous ils font toute forte de mouvemens.
Les Pefcheurs fo fervent de ces vers pour
appafter leurs hameçons ; ils les attachent par
la tête, qui eft la partie de leur corps la plus
forte ; ils y vivent ainlï attachez jufques à deux
jours , 3c font toujours en mouvement : ce qui
fiifi qu’ils font fort propres pour forvir d’ap-
pal^.On les peut garder quelque temps dans du
table motiillé ; car j’ai confervé ceux de la plus
grahde elpece quatre jours par ce moyen 9 3c
ceux de la plus petite en ont duré huit.
Lors que l’on a mis fur du papier noir, 3c
que l’on a étendu fur fon dos ce petit infeébe,
il eft mieux de l’ouvrir avec des cifeaux d’une
pointe fort déliée , qu’avec la lancette 3 il en
3
fort une eau , qui eft fon fang , ce qui eft de
mefine dam tous les infeétes , excepté le vers
de terre dont le lang eft rouge: de fi Ton le done
enftiite la patience de feparer la peau des parties
qu'elle couvre , on trouve que celle de deflous
eft fort mince de membraneufe ; de après l'a-
voir oftée , l'on découvre les mufcles ; on y
diftingue ceux qui pafsent avec leurs fibres
droites d’une divifion du corps dans l’autre; on
les diftingue d'avec les autres qui vont de
travers , de encore une troifiéme efpece qui
fert pour le movvement des oiiyes. Cette fé-
condé peau a fes fibres , de lemble eftre atta-
chée aux mufcles. Il y a une petite membrane
fort déliée qui tient aux mufcles : je la prens
pour la membrane du ventre , qui a au deftous
d'elle la graille compofée de petites veffies fort
déliées èc fort blanches , qui contiennent la
véritable graille de l'Animal en forme d’une
huile coulante. Lors qu'on regarde ces veffies
on les prendroit pour lagraiffe mefine , mais
le Microfcope fait voir qu'elles n’en font que
les bourfes qui la contiennent. Tab. iv.
Plus les animaux font jeunes , mieux on voit
cette graillé; car elle eft femée çà de là fur
leurs membranes3au contraire elles font ramaf-
fées enfemble, dans les animaux qui font plus
avancez en âge. L'on y remarque l'oefophage
comme un petit filet, qui partant du bec vient
à fermer la partie fuperiçqre de l'eftomac. A
* n
4r
l’endroit où il y eft attaché , il paroift un peu
plus étroit : ce qui fe remarque auffi à la par.
ne inferieure de l’eftomac B5 qui eft compofée
d’une membrane fort fubtile avec de petits
plis ou rides en dedans 5 fort unie par dehors,
principalement lors quelle eft pleine de nour-
riture , ou qu’on y a fait entrer de l’air par le
moyen d’une petite pipe de verre : les veines
ôc les arteres ne s’y peuvent pas diftinguer,
à-caufe que le lang qui y coule , ne s’y fait re-
marquer que par une couleur femblable à celle
de l’eau.
L’eftomac eft fourni de plufieurs petits ca-
naux qui fèmblent des vaifleaux pleins de làng: !
mais quand on les examine avec le Microfco-
pe , on trouve que ce font des branches des
poulmons ou de la Trachée artere qui ft répan-
dent dans Peftomac ôc dans toutes les parties
intérieures ôc extérieures de l’animal.
Les inteftins marquez A font de trois dif-
ferentes ftruftures : le graîle marqué DD :
celuy qui eft épais , marqué E : & le droit,
marqué F.
L’on voit en l’inteftin graîle des rides en
forme de çroiftànt , femblables aux valvules
qu’on oblerve dans Finteftin épais des hom-
mes , qu’on a appellées par cette raifon val- )
vules annulaires : lï-bien que leurs jambes !
mefmes ôc leurs petits ongles ont de ces vail- î
féaux qui y portent J air, L’inteftin droit F en a I
aufll principalement à deux mufcles , qui fer-
vent à le décharger de Tes excremens,
La vafe qui luy fert de nourriture , tranfpa-
roift au-travers de Ton eftomaç , & de fes in-
teftins , & de tout le refte de Ton corps j mais
mieux encore à l'endroit du dos qu ailleurs 5
De.là vient qu'il paroift à l'endroit dq dos de
diverfès couleurs félon les differens change-
mens qui arrivent à la couleur de la vafe ,
mais il 11'en paroift point du-tout dans cet in-
feéte, ni dans les mouches , dans les vers qui
font dans le bois , ni dans les vers à foye , &c
dans beaucoup d'autres infeétes lors qu'ils fe
trouvent fur le point de fe changer ; car en ce
temps ils font tous tranfparens comme du ver-
te 5 tellement que Ton peut voir le mouve-
ment de leurs in teftins au- travers de leur peam
Et au-lieu que les hommes & les autres ani-
maux ri ont qu'une trachée artere,les poulmons
de ces infe&es font compofez de deux tra-
chées , dont les branches s'étendent en ferpen-
tant à toutes les parties 5 comme la figure IV<
les reprefente.
La ftrudture des poulmons dans tous les
infeétes que j ai connus, confifte en un nombre
infini de petites parties roides & tournées en
cercles en forme de petits anneaux, tellement
jointes enfèmble par le moven d’une petite
membrane, qu'ils peuvent aifément retenir l'air
& le rapporter par toutes les parties du corps,
a iij
s
Ce que j ai obfervé dans les vers à foye,
me fait croire que lors que le ver de l’Ephe-
mere quitte fa peau , la peau auffi qui couvre
les poulinons , fe change en dedans j car j’ai
remarqué dans les vers, à foye, que dans le peu
de temps qu’il met à quitter fa peau extérieu-
re , dans le mefine temps une centeine des
branches des poulinons qu’il a dans le corps,
compofez de petits anneaux , comme je les ai
décrits ci-devant , fe dépouillent auffi de leur
peau ou membrane. Je n’avancerois point une
choie û incroyable , fi je n’en avois efté con-
vaincu plufieurs fois par mes propres yeux.
Je me fuis fort tourmenté pour découvrir
dans le ver de l’Ephemere les ouvertures ex-
térieures des poulmons ; ils n’en ont point
dans le gofier ni dans la bouche, comme il ar-
rive aux autres animaux ; ces branches des
poulmons diminiient à-proportion de ce qu’ils
approchent de la telle. Après l’avoir cherché
long-temps , je croi que leurs ouvertures font
âux collez de la poitrine, comme je l’ai veu
dans les lauterelles, à-caufe que dans ces ani-
maux les ouvertures font plus aifées à voir,
qu’elles ne le font dans le ver de l’Ephemere,
qui les a plus étroites à-caufe qu’il pafse fa vie
dans l’eau ôc dans la vafe : dans les vers à foye
il y a dix de ces ouvertures à chaque collé, I
dont les deux dernieres ne fe voyent jamais
mieux que lors que les vers changent de peau$
Câr elles font marquées de petits poils noirs,
Mais ces poulmons fe voyant entièrement
quelques jours après la mort de ces vers ; car
dors le relie des entrailles eftant devenu noir,
leurs poulmons qui font de couleur de perle-
an d’argent , s’y remarquent aifément : outre
qu’eftant d’une matière dure & ferme , ils ne
aaroiilent pas fi longs que le refte, & confèr-
ent plus long-temps leur figure.
Leur poitrine pâroift toute tifsiie de petits
/aifleaux entrecoupez : mais pour voir s’il y a
le l’air dedans , il ne faut que les mettre dans
me goutte d’eau , & les prellèr avec une épia*
;le : car par- là l’air caché fe fait aufïï-toft
:onnoiftre par le mouvement qu’il fait dans
eau. Ainfi , quand on les ouvre fous l’eau, &:
ju’avec un cifeau Ton ouvre ces poulmons i
animal vient aulîî^toft fur l’eau : ce qui amvd
luffi à toutes les branches,
Il y a encore un autre moyen de voir ces
>ou!mons. C’eft lors que l’animal a efté feché:
ar leurs petits vailfeaux les tiennent ouverts,
.u- lieu que les autres parties ont perdu leur
igureen fechant. L’infinité de ces vaillèaux qui
>a(fent aux yeux de cet animal , eft très re-
r arquable &fingulierej ’avois plufieurs autres
ielfeins de ces vailfeaux , 6e de leurs oüyes *
lue j’ai perdus. Je ne fçai point quel eft l\u
ige de cette partie velue marquée SS , qui
;ft fous les premières oüyes qui ne font point.
coupées. Je ne fçai s’il y en a de pareilles eil
toutes les oüyes. Je ne fçai non-plus quelle
communication les oüyes ont avec les poul-
nions, ni celle que les poulmons ont avec tef
tàeur marqué TT. Ainfi je ne puis rien ajoû- ;
ter à ce que la figure nous rêprëfènte , fî ce ]
n’eft que je n’y ai pas reprefenté toutes les ^
branches delà trachée artere qui vont au coeur, |
8c que de-peur de faire quelque confufioni
dans le defïein , j’ai efté obligé d’eii couper ]
beaucoup d’autres;
Les parties qui font rCprefentées dans mes I
figures , n’ont pas toutes la mefme proportion ;
entr elles. J’ai crû qu’il éftoit mefme inutile de j
les y réduire.
Le cœur de cet animal eft placé cofnme ce-
îuy des abeilles , des chenilles , & des vers de
bois , au haut du dos , comme Malpigius la
auffi diligemment reprefenté. Mais fuivant mes
expériences, il ne conclud pas bien de-là qu’il
y a plus d’un cœur dans le ver à foye. Je n ai
veu le mouvement du cœur dans les femelles,
que confufément*
La moiielle de l’épine du dos eft fort admi-
rable dans cet infèéte , aufli-bien que dans les
autres que j’ai ouverts. Elle eft compofée d’on-
ze renflemens. Le premier eft le cerveau *
d’où Ton voit fortir les deux nerfs optiques ^
comme auffi les autres nerfs qui fè répandent
dans lé corps , qui font plus forts à l’endroit
des mufcles qui remuent les ailes, les oiiyes Ôc
les nageoires. Lors qu'on les veut bien obier-
ver dans leur état naturel, il faut foufter dans
le corps de ranimai , principalement dans ce-
luy du mâle 3 car étant enflé de la forte, on les
voit au-travers de ia peau.
Clutius prend pour leurs nageoires ce que
je nomme leurs oiiyes 3 mais il le trompe. La
mouelle du dos reçoit des branches de fartere
des poulinons 5 qui portent aulîi au cerveau ôc
aux nerfs un continuel rafraîchilfement. Je ne
doute point que la mouelle ne reçoive auiïï des
veines ôc des arteres 3 car j’ai veu clairement
dans le ver à foye de petits vaiflèaux &c de pe-
tites veines qui partaient du cœur, qui eftoient
enduites d'une humidité colorée , fans pouvoir
juger fi c'eftoient des veines ou des arteres.
Les parties de la génération font aufîï aifées
à voir dans le ver de fEphemere male, la veille
du jour qu’il doit changer, qu'aprés qu'il a
déjà changé. Elles reflèmblent à la laite des
poiflons , les taupes 3c les couleuvres ont ces
parties de mefine. Elles font pleines d’une hu-
midité laiteufe, qui eftla'femence de l’animal,
ôc reçoivent beaucoup de branches de l'artere
des pou'mons.
Dans ia derniere capacité du ventre il y a en*
core deux autres parties qui lèmblent dépen-
dre des vaiflèaux fpermatiques avec lefquels
elles ont une ouverture comme un e: mais je n’ai
ïO
pû m’en éclaircir tout-à-fait, à-eaufe que les
îlijets me manquoient pour le faire.
Le changement de ce ver qui eft dans l'eau*
en Ephemere qui vole, cil: fi fubit qu’on n’a pas
le temps de le remarquer. Si on prend le ver-
dans l’eau , on ne fçauroit dellèrrer la main fi
promtement, que le changement n’en foit fait;
à moins que d’y prefler un peu le ver à l’endroit
de la poitrine ; car par ce moyen on le peut
tirer de l’eau avant qu’il foit changé. Mais
comment peut-on s’imaginer le dépliifement
de fes ailes ; L’ Ephemere n’a point de mulcles
ni de ces tendons au milieu , qui les pliflent &
déplilfent * comme nous les avons remarquez
en d’autres infeétes , & dans le Perce-oreille ,
qui couvre des ailes fort longues dans un petit
étuy, où elles font fiartiftement pliftees, qu'on
ne connoift pas qu’il y en ait. Le Perce-
oreille par le moyen des mufcles & des tendons
qui font placez au milieu de fes ailes , les re-
plie en un moment, & les étend de-mefine.
J’avois crû que cela fo pafioit de la mefine
façon dans l’Ephemere : maintenant je croi
pluftoft , que c’eft le fang , avec le fecours de
l’air , qui eft le principal relient de ce change-
ment. Auffi l’on y voit beaucoup de petits
rameaux de la trachée artere par où l’air parte
dans les ailes. L'effet de l’air eft principale-
ment de roidir les ailes , Sc d’en faire fortir
l’humidité : en effet , quand on coupe les ailes
Il
de l’Ephemere qui eft fur le point de changer,
& qu’on les met dans un verre d’eau, peu de
temps après elles le trouvent tout étendues,
fans qu’il leur manque autre chofe que la fer-
meté. J’ai plufieurs fois fait cette obfervation,
& j’r appris par-là la maniéré dont les ailes
s'ét .dent.
remarquois dans l’eau , que les gros plis
s’ i-alloient les premiers , & que par-là l’aile
P trouvoit dans fa longueur naturelle: que les
plis qui font félon toute la longueur de l’aile
Pc déployent après , comme on le peut voir
dans la Tab. VI. qui a efté faite après nature.
L’autre figure qui marque les ailes pliées , a
efté faite avec un Microfcope.
Il y a d’autres infe&es dont les ailes fe dé-
ployent d’une autre maniéré ; car elles font
renfermées dans leurs étuis, & froncées de tout
fens : c’eft par cette raifon auffi qu’elles met.
tent plus de temps à fe déployer.
Les Papillons ont les ailes encore autrement
faites ; on n y voit point de plis , ni de ten-
dons,^ de mufcles- elles font couvertes dune
infinité de petites plumes couchées les unes
fur les autres , &c qui fe dégagent fi admirable-
ment lors que les ailes s’étendent, que ce fer oit
la madere d’en écrire un Livre entier. On peut
dire avec vérité ,que l’entendement & la rai-
fon comprennent mieux , de touchent ( pour
ainfi dire ) mieux Dieu dans, fes ouvrages , que
12
nous ne touchons les chofes materielles de nos
mains, 8c que toutes ces maniérés font auffi
incomprehenlîbles que l’ouvrier qui les a
trouvées.
L’Ephemere après eftre forti de Feau , com-
me nous venons de dire, cherche un lieu où il
fe puiffè mettre, & le dévétir d’une fine mem-
brane ou voiie qui le couvre tout entier. Ce
fécond changement fe palfe dans l’air: mais le
premier changement qui s’eft fait fous leau,
le défigure bien davantage ; car l’Ephemere y
perd fes oiiyes , fi-bien qu’il n’en relie que
quelques petites marques ou points au delFous.
L’Ephemere perd auffi dans ce changement
fes petites nageoires , fes dents ou mâchoires ,
la forme de fes jambes , Fétuy de lès ailes , 8ç
fes queues : tellement qu’aprés ce changement
il n’eft pas reconnoiffiable, Il eft impoffible de
1 obferver, à-caufè de la viflefïe avec laquelle
la chofe fe pâlie lors quelle fe fait : on le peut
bien obferver en le diflecant un moment avant
que le changement fe falfe, ou en regardant
avec foin cette petite peau , où l’on trouve les
oiiyes qui y font demeurées ; F on y voit 8c les
points 8c les petits trous où eftoient les oiiyes;
les nerfs 8c les veines s’en détachent , comme
un fruit meur tombe de fon arbre.
Quoy-que la plufpârt des parties de l’Ephe-
mere deviennent plus longues dans ce premier
changement, fes cornes font néanmoins plus
petites qu elles neftoient dans le ver. Le chan-
gement qui arrive aux yeux , eft aufïï fort
confiderable : dans le ver ils eftoient couverts
d'une petite membrane unie 8c étendue com-
me Talc ; & après ce dépouillement ils font
compofez de plufieurs yeux qui font comme
un petit rézeüil, les deux queues viennent une
fois aufîi longues , 8c la queue du milieu dif-
paroift tout-à-fait.
J'ai trouvé jufqiies à fi x 8c fept mille de ces
yeux dans de femblables infeéfces , dans d'au-
tres je les ai trouvé femez par tout le corpsa
comme dans les araignées 8c dans les fcorpionss
mais il ne faut pas s’imaginer que ces yeux
foient de la mefme ftrtidure que ceux des hom-
mes 5 ou des autres animaux. Vous n'y voyez
point d'humeurs , ce font de petits filets termi-
nez par un hexagone, qui de l’autre bout vien-
nent à aboutir au cerveau. Ainfi leur vifion fe
doit faire autrement que la noftre : aux hom-
mes c'eft la réunion des rayons vifiiels au fond
de l’œil , qui la fait ; 8c dans les infeétes, ces
petits filets nerveux efrant touchez diverfement
par la lumière, en tranfmettent le fentiment au
cerveau, comme je l’ai amplement décrit dans
mon livre dès Abeilles.
Le fécond changement fuit de fort prés le
premier , 8c fe parte de la forte. L'Ephemere
s'arrefte avec la pointe de fes petits ongles le
plus ferme qu'il peut ; il luy prend un mouve-
b iij
*4
ment fèmblable à celuy du friffbn ; rfuflï-toft la
peau qu’il a fur le milieu du dos s’éclate ; il tire
après fès petites jambes , la pointe de les on-
gles demeurant toûjours en mefine état , ôc at-
tachée à la peau qu’il a quittée. Les ailes fo
défont de leurs étuis , comme nous tirons nos
gands quelquefois en les renverfant; 8c il ar-
rive que ce renverfement de peau n’eftant qu’à
demi-fait, l’Ephemere demeure comme pris, 8ç
fans qu’on luy remarque aucun mouvement.
F i G. V 1 1.
Les queues en deviennent un tiers plus lon-
gues qu’elles n’eftoient dans le premier chan-
gement ; tellement que la queue 8c les jambes
qui dans le premier changement eftoient ve-
nues un tiers plus longues , croi lient encore
dans celui-ci d’un autre tiers : Mais à-caufe
que la queue eft compofée de petits anneaux,
fon dépouillement eft plus remarquable que
celui des jambes.
On peut remarquer que les poils de la
queue, qui eftoient unis dans le ver, font fepa-
rez les uns des autres , 8c font devenus encore
plus déliez dans l’Ephemere qui en eft forti.
Après ce changement, l’Ephemere fe met
à voler de tous fens : il fe tient quelquefois fur
l’eau tout droit fur fà queue, en frapant fes ailes
les unes contre les autres ; car là queue qui eft
creufe 8c pleine de petits poils , le foûtient ai-
fement fur l’eau , comme il arrive à beaucoup
d’autres animaux qui demeurent long-temps
fur la furface de l’eau avec un pareil fecours,
& nommément à ces vers d où viennent les
girofles mouches , &aux vers des vaches. Cet
air ne demeure pas toujours attaché aux
que ües de l’Ephemere. Lors qu’il en eft forti,
ou qu’on les a fait fecher, en le preflant avec
une épingle 5 ces petits poils fe réunifient en-
fe mbleé
Il y a encore une autre raifon qui les foü-
tient fur l’eau: c’eft qu’ils ont une petite velîie
pleine d’air dans le corps : car je ne voudrois
pas afiiirer que leur eftomac fut plein d’air.
Le mâle change deux fois ; 8c pour la fe-
melle, je ne l’ai veu changer qu’une fois : de-là
vient peut-eftre que la queüe de la femelle eft
d’un tiers plus courte que celle du mâle; mais
il a les yeux deux fois plus gros qu’elle, la cou-
leur de fon corps plus tirant fur le rouge , 8c il
a quatre appendices à fes queues , que l’on ne
voit point dans la femelle, qui a plus de corps
que le mâle : ce qui eft commun à tous les in-
fèétes.
Il ne fê fait point d’accouplement entre les
Ephemeres : la femelle jette fes oeufs , que le
mâle rend féconds en les couvrant de fa fe-
mence.
On ne peut pas dire qu’ils s’accouplent lors
qu’ils font vers ; ils n’ont point le mouvement
libre dans l’eau 3 s’ils ne font dans leurs petits
i 6
erous ; Sc je ne fçai point d’infeéte qui s’accoü-
ple avant fon dernier changement, je n’ai point
veu que ceux-ci s accouplaflènc dans Pair,
comme les Hannetons le font.
La multiplication des Ephemeres eft admi-
rable y mais celle des Limaçons l’eft encore
davantage. Ils font tous mâles* & femelles. Je
doute qu'il y ait des hermaphrodites parmi les
hommes : je fç ai que parmi les Abeilles il y a
des mâles Sc des femelles, Sc une troifiéme et
pece „ qui n’eft ni mâle ni femelle : car ce qu’on
appelle le Roy eft la femelle : & l’Abeille or-
dinaire n’eft ni mâle ni femelle.
Il en eft de~mefme des Fourmis ; Sc tous ces
animaux qui ne changent point de place 5 ou
qui vivent dans des écailles, doivent avoir une
maniéré particulière de Ce multiplier : ce qui
doit s’étendre auflï jufques aux arbres & aux
plantes.
L’Ephemere ne prend aucune nourriture
dans les cinq ou fix heures qui bornent le cours
de fa vie. Il f mble qu’il n’ait efté fait que
pour Ce multiplier ; car lors qu’il eft en eftat de
faire des oeufs , ou de jetter G t femence , il
change fa figure de ver, Sc il meurt auflï- toft
qu’il les a jettez.
Le mefine arrive aux Papillons des vers à
foye. La chofe iè paflè autrement aux Fourmis
Sc aux Abeilles, dont la femelle, qu’on ap-
pelle le Roi , jette environ fix mille œufs en
*7
iin an : Il y à une efpece entre les Fourmis ôc
les Abeilles uniquement occupée à élever
les enfans de leur République : les maf-
les au contraire qui ne font point chargez
de ce foin , meurent fort peu de temps après
qu’ils ont jette leur femences 5 ôc ceux qui ne
meurent pas de leur mort naturelle , font
mis en pièces par les autres Abeilles.
En trois jours de terris on voit paroiftre, comme
j’ai dit,& mourir toute l’efpece des Ephemeres:
ils durent quelquefois jufques au cinquième
jour, par la raifon de quelque changement ou
maladie qui eft arrivée à, quelques-uns de leur
efpece , qui les a empefchez de fe changer au
mefme temps que les autres. Et comme ils ne
changent pas toujours la veille de Saint Jean,
mais quelquefois mefme quatorze ou quinze
jours pluftoft ou plus tard , rien 11e m’empef-
çhe de croire qu’il iie puiflè y avoir cette dif-
férence de temps entre les premiers- venus &:
les derniers * Les autres infeétes ontde-meime
un temps marqué pour leur changement, qu’il
eft impoflïble de retarder. J’ai éprouvé plu-
fieurs fois qu’ils mour oient pluftoft que de
manquer à Je faire ; ôc ces contraintes que je
leur ai fait fouffrir pour ces expériences, m’ont
appris beaucoup de chofes touchant l’anato-
mie 3c la maniéré dont leurs parties fe plient
Ôc fe déplifsent.
Quoi-qu’il ait pafifé jufques ici pour confiant
qu’il y a des animaux qui viennent de la coitu-
ç
ption, il faut dire néanmoins que les expérien-
ces de ce fiecle nous ont appris qu'ils ont tous
une mefme origine, ôc qu'ils viennent de leurs
neufs. La femelle de lEphcmere , après eftre
loi tic de 1 eau, s eftrê dépouillée, ôç avoir volé
quelque temps, jette les œufs fur l’eau, qui ne fe
peuvent voir diftin&ement qu’avec laide dun
Microlcope fur du papier noir ou bleu. Quand
le malle les a mouillez de la femence,ils defeen-
dent 311 fond de l'eau, Je n'entreprendrai point
de dire combien de tems ils mettent à s'cclorc:
je n ai pas fait l'experience d'en amailer beau-
coup , ôc d’en mettre dans de l'eau & de la
vaze pour m’en éclaircir : Je fç ai feulement
que fi l'on fouille quelque temps après dans
la vaze, on y trouve ;de ces vers de differentes
grandeurs , que j’ai décrit ci-devant , & qu’auf-
ïi- toft qu'ils font forcis de leurs œufs, ils fe met-
tent à travailler ëc à creufer leur maifons, tou-
jours au bord del'eau,& enforte toutefois qu'ils,
ne loient pas éloignez de fa llirface qu’ils
puiflènt refpirer ôc remplir d'air cette grande
quantité de poulmons,ou de branches de trachée
artere quon voit en les diffecant. En effet, j'ai
remarqué lors que je les ai tenus dans de l'eau
ôc du fable, qu'ils fe tenoient plus volontiers
près de la furface de l’èau , qu’au fond du labié:
mais il ne faut pas que j'oublie à ce propos
ce que j’ai remarqué fur les vers qui le mettent |
dans les habits. J'ai trouvé qu’ils font leurs 1
maifbns des melmes matières dont ils le nour- |
IJ
riffent ; qirils portent ces maifons partout
comme des limaçons ou des tortues ; qu’aipfî
leurs logemens font rapides d'autant de matières
& de couleurs qu’ils ont rongé de differentes
étoffes * que leurs excremens font de mefine:
Aufïï dans les excremens des infe&es Fon
trouve de toutes les herbes dont ils le nourrif-
fent ; & quand il a plu quelque temps , ces ex-
cremens font des taches fur le linge , qu'il n eft
pas aifê d’efter. Cela arrive auffi dans les hoc-
tes des Apoticaires & des Herboriftes ■ & l’on
prend fouyent ces excremens pour les graines
des herbes que ces infèékes ont rongées»
L’on peut tirer quelque ufiige de cette ob-
fervation pour la connoiffance des couleurs, &
pour nous délivrer des incommodité^ de quel-
ques animaux qui nous donnent de la peine ;
les Taupes , par exemple, qui gaftent tant les
prez &: les jardins , fe nourrirent de vers de
terre, comme on le voit dans leur eftomac. Si
avec de ces vers hachez vous meflez de larfè-
nie Sc du fang de Taupe, qui fe tire aifément,
en leur donnant un coup fur le mufeau , vous
les frites mourir.
Dans le temps que je travaillais à cette Hi~
ftoire, j’ai obforvé diverfes efpeces d’Epheme-
res ; mais je n’ai point trouvé celle dont Ho-
fenagel nous a lai lié le deflHn. J en ai trouvé
une efpece fort petite fur la fin de l’Efté de
l’année 1670. prés du village de Slôte, hors les
portes d’Amfterdam je trouvay les champs
couverts d’une infinité de ces petits Ephemefes
qui lailfoient leur peau fur mon habit, & vo.
loient enfuite vers l’eau. Je croi que le ver de
cette petite efpece ne fait pas là demeure dans
des trous & dans la vaze , mais dans des fonds
de fable ou de pierre: auffi a-t-il la peau plus
dure que les autres , & qui approche de la du-
reté de celles des Crevettes : & quand vers le
milieu de l’Eftë on cire des bords du Rhin ou
du Lech quelque pierre , on y trouve beau-
coup de ces petits vers , comme j’en ai trouvé J
auffi fur les bords de la Loire & de la Seine , 1
ôc d’autres rivières de France. Je peux faire
voir en un moment dans mon cabinet tout ce
que j’ai rapporté ici de ees vers, & de l’Ephec
mere qui en vient.
Ceux qui compareront cette hiftoire de l’E- I
phemere de Monfieur Sirammerdam avec i
celle qu’en ont fait Aldrovandus , Jonfton ,
& Clutius , trouveront que l’on apprend plus
en étudiant la nature , qu’en pallànt là vie fur
les livres. Clutius , par exemple , nous donne
l’Ephemere décrit par Dortmannus lùr la mé-
moire qui luy en eftoit demeurée : Goudart en
donne la copie lùr ce qu’il en a trouvé dans
Clutius , & confelïe qu’il n’en a jamais veu;
Noftre Académicien au contraire en rapporte
plus d’oblèrvationluyfeul que tous les autres, j
&c fuivant les maximes de là Compagnie ne
rapporte gueres que ce qu’il a obfervé.
I
TABLE IV. FIG. I. L'EPHEMERE.
Jÿ.T TaJÏv-
TABLE II.
FIGVRE I.
A Le mâle qui a les jeux deux fois pim
gros que la femelle.
B Ses petites cornes Avec leurs articu-
lations.
C Les mâchoires dures comme des dents ,
avec lefquelles ils fouillent & creufent
dans la terre.
D Ses pattes .
E Les boutons ou petits étuis oit font en-
fermées fes ailes.
ï Ses oujes qui font comme de petits
mufcles & fourées d’une infinité de petits
poils , toujours en mouvement , & qui
fervent à rafraîchir le fang , comme les
oujes des poijfons.
G Ses trois petites queues velues avec
leurs appendices.
FIGVRE II.
Les trous que le Ver de V Ephemere fe
fait dans le vafe , oit il fe cache & fi
nourït , les uns plus grands , les autres
plus petits , & plus ou moins creux, fé-
lon que l'eau monte ou baiffe.
TABLE VL
Comme fi s longues ailes , qui ejloient
renfermées dans des étuis, fort petits , fe
âéplijfcnt dans le premier changement , &
s et en dent en longueur & en largeur,
ïig. IIy III, & lp\ dans Xable III.
elles font , repref entées comme elles font
dans les étuis .
table vil
figvre i.
Comment F Ephcmere fait fin fécond
changement, ce qui fie pajfe plus lente-
ment que l attire qu il a fait auparavant-
dans l'eau.
FIGVRE II.
Le mâle qui tient encore â fit féconde
peau y dont il ne s'eft pas tout à fait dé-
pouillé.
Tab&j,
n
FïG. I. La dtf(mS$^F^fBemere a
quittée dans le changement eju il 4 fait ?
i 'prés e sir e/or ti dej^t£
s
TABLE III.
A ^ Les poumons de l' Ephemere , ou plu-
tôt deux trachées arteres compofées â*une
infinité de petits anneaux' rotdes (fi tour-
nés en fpirale , qui defcendent en fer ten-
tant le long de fies cofiés , aujji bien dans
le V er% que dans /’ Ephemere, (fi qui portent
C air à toutes les autres parties de l’animal.
B B Branches qui partent des troncs A A
qui portent l'air au cerveau (fi aux nerfs,
cc Autres branches qui vont aux mufcles
de la poitrine >•
E E Celles qui vont a la mette lie de l’épine
du dos ;
FF Celles qui vont aux parties fier mat i-
ques du mâle , l’un de ces vaijfeaux , eft
reprefente dans fa fituation (fi grandeur
naturelle , Ion a dépeint plus grand que
le naturel , celuy qui n'ejî pas dans fa Jî-
tuation.
G Celles qui vont aux oüyes de l' 'animal ,
la figure n'en reprefente que deux ,
les dix autres font coupées pour laifier
•voir les dix nageoires de dejfcus R R.
Celles qui portent l’ air à la graiffe, aux II'I
membranes & à la peau de l’ Ephemere K K
Les nerfs femblables a de petites <uei- GG
nés d'argent.
Autres nerfs de me fine cbuleur , qui P P
•vont aux eüyes r r de l'animal.
La partie du milieu de ces canaux d'air qq
qui paroijfent noirs en cet endroit , & ■
blancs ,& tranfparens dans le refie.
Les cinq nageoires de ce coté qui font RR-
fourées de petits poils d’un jaune foncé
& doré.
'Vue petite plume composée de dijferens s S
poils fou-s la première partie des ouïes ; je
ne fçay fi cette partie fe rencontre fous
les autres ouyes.
La moue lie dé ou partent les nerfs , qui yy
font répandus dans tout le corps , & qui
luy donnent le fentiment & le movement.
Endroits où la moüelle efi foute nue en‘
fa place par des ligamens.
Les nerfs optiques qui partent du cer- zz
•veau , ou du commencement de la moüelle
du dos , a l’endroit où cette moüelle com-
’ ~
io
a. a
mence a par oijlre en forme de bouton.
Les mufles de U poitrine qui remuent
es j am es e , dans le [quelles on void des
nerfs qui viennent de la moue lie du dos
b. h Autres mufcles qui remuent les allés.
avec de pareils nerfs qui viennent de U
M *»wUt de l'épine du dos.
Deux petites parties que je juge être
les deux vaifeaux fpermatiques du male
J ans toutefois l ' affleurer .
e L’intefin droit.
L’Artifcièufe manière dont font ployées
les ailes dorfqu’ elles font enfermées dans
eur petit etuy ,• cet artifce ne paroi (l que
dans le temps que l’animal fait fan chan-
gement.
FIG. IL
foutes les parties que nous venons de
décrire , font reprefentées dans cette fi-
gure dans leur grandeur naturelle.
TABLE IV.
figvre /, //, IV, VIL
v-' Branches de la trachée artere quipaf-
ir
fient 4 l’ovarium ou aux œufs, que l’on h) oit
au travers de la membrane , qui enferme
les œufs.
Ces mêmes branches avec les œufs f g. N N
VII. en firme de grappe de raifin.
Celles qui vont au cœur , dont je n’en o O
ay mis que fort peu pour éviter la confufon.
Partie du cœur qui s’étend tout le tt
long du dos.
Les endroits ou le cœur elî le plus gonflé. XX
Les mufcles qui remuent les flx ouyes c c
& les cinq nageoires , qui font à chaque
coflé de l'animal.
Les œufs , la fl g. II. les reprefente , g
comme on les voit fans microfcope.
Les mufcles de l'inteflin droit , qui fer - 1 1
vent a l’excretion des excremens.
FIG. V.
Partie de Vœfophage ou conduit par A
ou la nourriture pajfe dans l'eflomach.
La bouche ou ouverture in fi rieure de B
Teitomach , par où la nourriture fi dé-
charge dans les inteflins. B
L'eflomach où l'on void quelques peti - c
tes brnches ou parties de la trachée ar-
Il
tere , comme elles font marquées dans U
première figure de la ftxiétne Table.
D . L inteflingr*tle qui eft comme un épan-
chement ou continuation de l'eftomaeh
qut s’étrécit à mefure qu’il défend. '
E L tnJefiin ePais » ok ton voit de Ion- ,
gués lignes au dedans & au travers de
la membrane qui le compofe.
F L Intefin droit avec je s rides.
G Valvules en forme de croijfant 'qui pa.
ïoijfent au dedans de l’inteftin graîlé.
FIG. VI.
Le cerveau , U moüetle du dos &
les nerfs qui en fartent.
FIGVRE ///.
L’uterus double ou œufs de l’Epbemere
qui flottent fur U furface de t eau, & que
le male couvre de fa fente nce : car entre
ces animaux , î’efpece fe multiplie fans
aucun accouplement.
*3
TABLE III.
fjgvre iii.
M Aïs on d’une Chenille que j’infere
icy à caujfè qu’elle m’a paru merveilleu-
lè : elle eft bâtie d’un grand nombre de petits
bâtons longs , prefque tous femblables en
grandeur , joints enfemble avec une colle fort
déliée. Les trois premiers rangs de ces petits
bâtons , qui font le fondement de cet admira-
ble édifice , font deux fois plus gros & plus
longs que les autres. Il eft couvert par tout
d’un tiflu épais & inimitable , fembiable à
une forte toile de lin ; par dedans , il eft
tapiffé ou enduit d’un duvet , d’une façon
tres-finguliere.
HISTOIRE NATURELLE
DU CANCELLUS,
OU BERNARD LTIERMlTE,
grolTeur d’une chaftaigne,& les moindres ne
pallent pas celle d’un pois , mais toutes ordi-
nairement d’une même figure , les plus grolîes
de celles que nôtre amy Monfieur Nieurode
m’a envoyées eft oient couvertes d’une moufiè
de mer qui eftoit crue dellus. Il y en avoit de
Reprefentée par Figures
T A b x e L
È Cancellus avec fa coquille,
f Les plus grandes coquilles font de la
A
A
X
petites polies comme une glace & plus entières
que les autres , qui fe trouvent fouvent rongées
par quelque efpece de ver. Ce que Ton appelle
coquille dans les animaux de ce genre , eft à
proprement parler leur peau. Rondelet qui la
décrit, nous a voulu faire croire que cepoilïbn
qu'il appelle Bernard-I'Hermite,fe loge toû-
jours dans les coquilles d'autruy ,& qu'il n'en
a point de propres , comme Ariftote l'avoit
avancé : mais ils n'ont pas vû que le poifïon
tient à fa coquille à l'endroit du fécond tour
de fa fpirale , par des tendons qui durcilfent
comme ceux des pieds des poulies , ces tendons
ne tiennent à la coquille qu'en un point , s'en
détachent aifemerit, & l'on voit le jour au tra-
vers, lorfqu'ils y font attachés ; ce qui a donné
fujet à l'erreur d'Ariftote & de Rondelet , la
coquille du Cancellus eft la véritable peau de
l'animal qui croît avec luy à mefure qu’il aug-
mente corfage, ce qui arrive auffi aux lima-
çons, à ccux-mêmes qui fe trouvent fi fouvent
dans les vignobles aux environs de Paris.
Cette coquille A eft couverte d'une perioft
ou membrane , fi déliée que l'on ne l'en peut
icparer qu'en mettant durant quelques jours la
coquille tremper dans une leffive : car fi on la
frotte après avec un peu d'eau forte, ce perioft
ou membrane s'en fepare aifément ; il y a des
coquilles où elle eft alfez vifîble, fans que
l'on fe ferve de cette diligence.
A J es cinq cercles ou tours de la fpirale.
B Ses yeux.
c 5 es petites antennes ou cornes avec des poils.
le bras droit avec fes pinces.
Le bras gauche qui eft le plus petit
Les quatre pieds anterieurs.
Table m
Le Cancellas bers de fa coquille ,
tefte par un petit anneau de même fubftance que
lerefte de la coquille. La partie inferieure de
A ')
4
l’œil eft fort dure » la fuperieure au contraire
eft tout à fait tendre.
B B Ses coi nés dont la figure ne vous rep refente
pas mal l' artifice. r
C Le bras gauche.
D Le bras droit.
E E Les quatre pieds de devant.
p F Les pieds d'après.
GG La quatrième paire de pieds dans laquelle if
y a cela de confiderable , que ces jambes ou
pieds a 1 endroit marqué L , font percez par
deux petits conduits ou canaux qui portent
ou les œufs de la femelle J ou la femence du
mâle,
H H Trois antennes ou foyes divifées par de peti-
tes articulations aufquelles les œufs font at-
tachés ou collés,
K Le point auquel fe réunifient tous les ten-
dons des mufcles du corps du poiflfon , oui
tient toû jours attaché à cet endroit de fa Co,
quille tellement qu’il ne la peut quitter.
tt •
Table JI I,
— , ■ ! ■
LA queue composée dejtax^rticulations;. a
Le velabrum du podex qu'il peut courber b
en dedans 5 8c mettre a couvert fous fa queue.
L'in teft inuni reétum. c
Trois o/felets teftacés avec leurs articula- d £>
£ions des deux coftés de la queue.
Partie de l'inteftinum grêle. E
Le cœur ou quelque partie analoque au coeur, f
Ses apendices , comme elles font fituées , ce g G
qui eft tres-remarquable dans ce fujet.
Le commencement des appendices dans la h H
poitrine , qui fortent de deux conduits â part.
Les apendices que l'on a reprefentées fous les 1 1
lettres HH dans leur fituation naturelle, font
reprefentées tout étendues fous les lettres 1 1
A iij
UN des pieds de la quatrième paire , fi-
guré à part plus grand que nature avec
le vas génitale qui le perce.
Les cinq articulations de la partie anterieure
des pieds.
A A Les inflexions du vafè génitale,
i B B L’endroit où il fe tourne en ipirales,
C Son extrémité.
D L’endroit où le vas génitale perce la qua-
trième paire des pieds.
LE cœur. ^
Quatre vaifleaux, qui de la poitrine paf- B
fent dans le cœur.
Deux vaifleaux qui fortent du deffbus du q
cœur.
Quelques vaifleaux décharnés qui ce*,1‘î/s*1 —
lient Je fang.
Une de fes ouyes ou bronchiæ.
La partie la plus époilïe des bronchiæ* t
La diuifion de Touye en Tes lamelles. q
La ligne blanche que Y on voit au milieu , n
marque que les cartilages , le long defquels font
les vaifleaux qui contiennent le làng , font en
cet endroit plus époifles 8c plus blanches.
T a i L £ VI.
AA T E cerveau.
® ® jL/ Les nefs optiques dilatés.
C du dosCOmmenCemenC de Ia moèIIe de réPine
D f .^ premier gonflement ou nœud de la moelle
xpinale avec les nerfs qui en fortent.
* ^lncI aiures gonflemens femblables,
* £es nerfs g1” fartent du tronc de la moelle
° Vautres nerfs qui fe croifent*
H Partie de la coquille que l’on a biffée fur
le nerf optique que 1 on voit paffer delfous
1 La tunique cornée.
K Une fubftance femblable à de la gelée que l’on
voit dans l'œil, fur les fibres piramidales , elle
a la ligure d une exagone.
L Les fibres pyramidales dans une fituatiôn
contraire à la naturelle.
M La partie noire des fibres pyramidales qui
prend fon origine de la tunique Vuée.
N La partie inferieure de ces' fibres de cou-
leur brune.
O O La partie du milieu de ces fibres qui eft
plus claire.
Partie de cette même fibre renverfée veuë
avec un microfcope 3 qui groffiftoit d'avanta-
ge 1 objet 5 avec fon fecours Ton voit que cha-
que fibre eft compofée de plufieurs autres,
chacune defquelles fibres eft encore compofée
de petits globules réguliers.
wws-ïm
£
StcàËr
LE CABINET
DE Mi,
SVVAMMERDA M,
DOCTEUR EN MEDECINE,
O U
CAT ALOGUE
De toutes fortes d’infettes , & de di~yer-
fes préparations Anatomiques } que l’on
peut dire être un fupplement tres-con-
fiderable de l'Hittoire naturelle des
Animaux.
QU i n z je Boëtes de Mouches de di-
vers païs.
14. B. de Papillons qui ne volent que de
uit. 1
A
z Le £abtnet
8. b. de Papillons qui ne volent que de
jour.
xo. b. de Scarabei,
j. b. de diverfes maniérés de Nids que font
les Infedes , tant grands que petits.
i. b. d’œufs d’Infedes, differens en figure
8c en couleur.
i. B. de Vers & de Chenilles,
i. B. de Vcrues qu’on voit fur les arbres &
fur leurs feuilles.
i. b. de quantité de peaux que les Infodes
quittent quand ils fe dépouillent.
i. b. où les Infedes font dans l’état où ils
fe trouvent lorfqu’ils fartent de leurs chry-
fallis ou coques.
î. b. de toutes fortes de chryfallis ou co-
ques , ou font les trois ordres entiers , dont
il a parlé dans fon Livre des Infedes,
i. Nid à quatre étages , fait par des Cala-
broni ou Mouches guefpes , haut de fîx poul-
ces, & large de fept, bafty fur des colom-
nes.
/. b. de plufieurs fortes de Sauterelles,
i. b. de Scarabei ou Efcarbots du Japon, &
autres endroits des Indes.
i. b. de Scorpions des Indes Orientales &
Occidentales; la Scoîopendra 8c le Phalan-
gium, qui eft la plus grande forte d’aragnées,
8c autres.
de Air. Snvammerdam . 3
!. b. avec des Infectes aquatiques , à fça-*
voirie Moucheron, la Punaife, 1 Efcharbor,
le Scorpion de nier , le Pou d’une Balaine.
Diverles fortes d ÂiePus de mer. Ét des ver-
mifleaux qui demeurent dans des tuyaux ,
avec plufieurs autres.
/. b d’Ephemeres , où Pon voit le ver
tant mâle que femelle , avec la manié-
ré dont il le dépoiiillent dé leur première
deuxième peau , & toute Phiftoire de
cet animal, qui ne vit que cinq heures *
pendant lefqudles il naift , il étend fes mem-
b es, eft jeune \ change deux fois fa peau,
fait des œufs , jette des femences , vieillit 5c
meurt. Comme xm peut voir dans Phiftoire
imprimée chez,. ^olfang à Amfterdam en
Hollandois, & dans la traduction que Pon
:n imprime à Paris.
r .b» où eft toute lanatomié d’un ver à foye»
ni Ton démontré fon eftomach j les rameaux
le Palpera arteria, la vefîca pneumarica, le
^enis les tefticules , les velîcules feminalcs,
e cœur , les vaiffeaux qui contiennent la
bye, POvarium > les vaiffeaux qui conden-
sât la colle, qui fert pour coller les œufs. Un
er â foye tout entier embaumé: de la manie-
e comment la peau eft feparée du corps »
Sans fon dépouillement , Pon y découvre les
aurifications de Palpera arteria , qui dhan~
A ij
4 Le Cabinet
gent mefmc en dedans le corps : avec beau-
coup d'autres parties tres-curieufement ob-
fervéès.
x i . b. avec toute l’anatomie d’un Coiïiis , ou
grand ver qui ronge le bois , & fe change en
Scarabeus Naficornis : Ton y voit fa Nym-
pha autrement chryfallide, ou cocquej &
prcfque les mefmes parties du ver à foye.
88. Images ou figures au vif d’Infeétes
étrangères, d’Afrique^TAmeriquejdu Japon»
de divers quartiers des Indes Orientales*
dé z^îr. Svuammerdant.
y
*§i *§ ?§{ f$ if$ <% f§t
®IVE<RSES parties d V
Corps Humain , ou d’autres * Animaux
embaumées «.
UN Garçon âgé dxun mois , qui eft avec
toutes fes entrailles dans une bouteille
embaumé en un baume tranfparant , ou il
eft depuis l’an / 66 5?.
1. Embryon mâle de fixmois * aveclefuni-
eulus umbilicalis , qui eft encor attaché aux
corps , 3c à la placenta , dont les veines font
remplies d’une couleur rouge, aulîî dansun
baume tranfparent.
1. Embryon femelle de quatre mois , de
mefme.
i> Embryon mâle de trois mois > de mef-
mc<
a. Serpent entortillé, de mefme.
2 . Pouffins avec Y O varium , de mefme.
Les filets du tefticule d’un rat , démeslez ,
embaumés de mefme.
Toutes les parties d’un ver à foye , ainft
qu’elles font pliées deflous fa peau dans le
temps, qu’il eft fur le point de prendre la fi-
gure de la Chryfallis ou cocque^ préparées
de mefme. A ii j
£ Le Cabinet
Les VcrjnifTeaux de l’Ephemere, dont il
a fait imprimer fhiftoire,qui s’imprimera en
François.
Le Chorion d un Cheval * qui eft de deux
pieds de longeur 5c d’un pied 5c derny de lar-
geur f dont les vaifFaux font remplis de cire ,
les veines d’une c/re rouge, 5c les arteres d'u-
ne cire rougeâtre.
Le Poulmon d’unHomnte, où l’afpera arteria,
Parteria pulmonalis , la vena pulmonalis 5c
Parteria bronchialis , font préparées : Pafpera
arteria eft remplie de cire jaune, farreria pul-
monalis d’une rouge » la vena pulmonalis ,
d’une rougeâtre. On voit dans lafuperfieie
de Fafpera arteria la bronchialis, qui quoy
ocelle foit extrêmement petite, eft remplie
g iüiie couleur de feu : Sc par ce moyen on la
découvre & dans les tuniques du poulmon,
&dans celles des autres vaifteaux, car c’eft
elle qui nourrit toutes les parties du poulmon.
NotaCettc maniéré de préparer les parties eft
admirable 5c a eftéinconnue jufques à cét
heure. Mais ce qui eft le plus furprenant, c’eft
qu'il n’y a aucune ramification de fafpera ar-
teria , quelque petite qu’elle foit, qui ne fc
voyer emplie de cire jaune, jufques au plus
petites vcffieSeEn voicy la figure.
ieMï, SHVAmerdam.
7
>era arteria,
Ufte autre partie du poulraon d’un hom-
me mais plus petite préparée de mefme , avec
des cires de differentes couleurs.
Le foye d’un chat, ou la veine porte cft
préparée avec de la cire blanche , & la veine
cave avec de la cire rouge, on y voit avec plai-
de & admiration , comment ces vaifFeauxy
font entremêlez.
Une fquelette d’un embryon de fîx mois ,
ou les oflemens de l’oüye & le circuluj oflèus
font préparez ,6c le meatus auditorius, qui
eft encores en ce temps-là une membrane.
L’on y voit encore les cartilages.
Les boyaux ôc l’eftomach du mefme Em-
bryon, fans que les inteftins y foient diffe«
rents en grandeur.
Tous les vaiiTeaux du foye du mefme Em-
bryon y font feparés de leur parenchyme ,
collés fur du papier, 3c imbus d’une couleur
A iiij
B. fes VeJJies „
S Le Cabinet
de pourpre ; la veflie du fiel s* y voit aiiffî.
La matrice du mefme Embryon.
Un Embryon d'un mois , confervé dans
une gomme tranfparente , mais fes parties ne
paroiflent pas fort diftinétcs.
Un fquelete d’un Embryon de trois mois.
Une autre fquelete d’un Embryon de trois
mois . avec le chorion , l’atnnion 5c la placen-
ta,, dont les plus petiçs vaifleaux, & leurs ra-
mifications font feparée de fon parenchyme,
les offemensduçraniumen font monftrueux.
La veine porte du mefme Embryon, avec le
folliculus fcllis jfeparés de leur parenchyme ,
collés fur du papier, 5c imbu d’une couleur
de pourpre.
L’eftomach du mefme Embryon,
L’afpera arteria d’un chien.
Les vaifleaux capillaires dans l’eftomach
du fœtiis d’une vache , d’une couleur noire.
Trois extremitez de la placenta d’un fœtus
vivus , coloré de pourpre couleur de rofe, &
collé fur des papiers.
La tefte ou le cranium d’un babiroufle, anL-
mal des Indes , moitié cerf moitié pourceau.
L’épine du dos d’un oifeau, ou tous le*
tendons du mufcule facrolumbus , font devc«-
nus des os.
La fquelete d’un Embryon de cinq mo is*
ou la cia vieille du bras droit eft dé- ja tout en-
de Mr Suvamwerd'ant. ^
ticrement os, ôc celle du bras gauche n’eft
que membraneufe,ce qui eft une obfervation
fort cuncufei
Los fpongieux de l’oiiye d’un Eléphant*
L’incus de l’oüye d’un Eléphant.
Lorgane de l’odorat d’un oifèau Indien
qu’on appelle laur-vogel.
L'organe de l’odorat d’un cheval
La fquelette d’une Tortue, ou toutes les
futures font dentées, ôc c eft ce qui eft de plus
çonfiderable dans cét animal.
Une boëte avec quantité de dens,ou il y
en a entr’autre une d’une vache de mer , qui
découvre évidemment, que la croûte exté-
rieur des dens, eft compofée d’une infinité de
filets , qui font rangez comme ceux du ve-
lours, d’où vient que la croûte extérieure des
dents eft fi dure.
Dans la me fine boëteil y e n'a une moindre*,
ou iln y a que des dents d’hommes , depuis
celles d un Embryon de fix mois^ jufques aux
dents parfaites.
Les commencemens des dents dans un Em-
bryon d agneau,, les oflelets de l’oiiyc , & la
fquelette d’un agneau.
La mâchoire inferieure dun fœtus , ou on
voit comment les dents fe pouffent l’une f au-
tre.
La fquelette d’un agneau qui neft pas
ïo Le-- Cabinet*
plus grand que. d’un doigt.
Un agneau embaumé avec fa chair,
i rois labyrintes.de 1 oiiye de 1 ’hona me avec'
la cochlea, une route entiere^autre ouverte,
Sc k troifiéme préparée* enforte que l’on y,
peut voir lès, entrées.
s tympan , la cochlea , les oilelets de
1 oiiye, & tout ce qui en dépend: comme aufli
leftap es de forgane de 1 oiiie dame baleine.
La fqiielette d’une Chauve- fouris , celle
d un oifeaude Canarie -, 8c d’un autre oifeau
nommé Colibri, un de rifle de Curaçao en-
tier > avec fes plumes de couleur de fëu , 8c
d un verd qui brille : c’eft le plus petit des oi-
feau x connus.
Le duétus thoracicus tour entier d’ un hom-
me de quarenteans, avec fon commencement
dans le mefentere , 8c fon infertion dans la
Jivarication de laveine cave & de l’axillaire,
remplis de cire blanche , &les veines de cire
iouge. On y voit aufli comment les vaifleaux
lymphatiques fe communiquent, avecle con-
duit du chyle.
Les artères dit tefticule d'un Taureau ; tant
celles que 1 on appelle préparatoires, que cel-
les qui entrent dans le tefticule mefme > rem-
plies de cire yerte.
Les vafa preparantia des tefticules d’un hom-
uge.
de fvf r. Stivttmmerdœm. n
Pancréas de divers Animaux : dont le fuc
n’eft nullement acide.
Veficules feminales. d’un homme.
Le clitoris avec les jambes , tant intérieu-
res,qu’exterieurs 5comme il les a décrites dans
Livre appeilé M irœcnlum natum, qui eft une
Anatomie tres-exade des parties de laFemme.
Plufieurs penes d hommes préparez par Mi\
SWammcfdam, les uns d’une maniéré, & lç§
autres d’un autre.
Le pénis d’un herifon & celuy d’un chien
Un Embryon de cinq mois , embaumé, ou
ou 1 on voit les vaifiéaux vmbilicaires, le foye
& les inteftins.
La botirfe duChat qui porte la civette em-
baumée tres-curieufement.
LSvefiedu fiel d’un homme avec fen artè-
res, remplies de cire rouge. Septpieres preh
que carées, trouvées par Mr. Swammerdam,
dans la velîcule du fiel d’un homme.
Les ramaux de la veine porte , l’artere hé-
patique, ôc les vaifïèaux du fiel . en leur fi-
tuation naturelle , le tout rempiy de cire ; de
forte qu on peut diftingucr la veine porte qui
efl: d’une couleur rougeâtre, l’artcre ronge &
les conduitsdu fiel jaunes, dont on voit les
ramificationsqui s entortillent tantoft defius,
tanroft defious.
' Une boè’te avec quantité de boyaux, tant
*2 Le Cainnet
d’hommes que d’autres animaux. Dans
mefme boëte eft auffile proceflus peritonei
ainfî qu il eft naturellement, <5e aufli comme
il eft étendu dans une rupture , comme Mr.
Swammerdam ia communiqué à MivSchra-
der , qui en adonné la figure dans fon Livre
des obfervatiôs d’Harveus réduites en ordre.
Quatre rattez des veaux , préparées d’une
maniéré differente , avec kurs vaifleaux &
parenchymesdes vaifleaux font remplis de ci"
re rouge & rougeâtre , & le parenchyme eft
comme une éponge , &c.
Les filets dont font compofez les cefticules,
tant des hommes que des rats, en cette prépa-
ration , on donne un corps à ces filets , fans
que la figure fe change.
Deux cœurs l’un d’un homme , & l’autre
d’un veau , embaumez , & préparez à la ma-
uiere de Mr. Stenon. Le foramen oval , en-
cores un peu ouvert,, en un homme de trente
deux ans.
Quelques morceaux des bronchiæ ou oüycs
de deux ou trois fortes de poiflons , remplies
de cire.
Les arteres du cerveau, préparées & feparées
de leur parenchyme , à la maniéré ordinaire.
Un petit morceau de la peau d’un fœtus ,
ou il a préparé les vaifleaux capillaires, qu’on
trouve dans la cuticule, & qui font çaufe que
dt Air. Suwammerd/tm. jj
peau du foetus eft rougeâtre lorsqu’il vient
au monde , la tuba d’un mouton.
Le fonds, le col, les tubes ■& les arteres
d une matrice , dont les arteres font rem*
plies de cire rouge.Deux autres matrices,pre-
parées à la maniéré ordinaire > &c.
La matrice d une vierge ou font préparez
les tubæ fallopianæ , les ïigamens, lavagmas
& les veines avec les arteres, qui font rem-
plies d’une cire rouge ôc rougeâtre : de forte
qu’on petit voir les vaifleaux capillaires, plus
déliez que des cheveux, tant dans le corps de
la matrice, que ça & là dans fes membranes*
On voit encore que lesveines ont leurs arteres*
dans fovarium il y a quelques oeufs prépa-
rez.
La placenta uterina d une accouchée $ dont
le funiculus umbilicalis* avec tous fes entor-
tillemens eft entier, ou l’arteres & les veines ,
qui la compofent , font remplies d’une cire
differente , qui a pénétré jufques auxextre-
mitezde la placenta. Le funiculus eft long de
feize poulces.
Un autre placenta uterina , dont les arteres
ôc veines font de la mefme maniéré remplies
de cire, fans que le parenchyme en foit ôté*
Neuf oeufs d une femme dont quelques
uns ont encor leurs vaifleaux.
Une tuba fallopiana 9 avec partie du muf-*
* 4 Le Cabinet
cuie d un homme, préparez d’ùn autre ma~
nierc.
î/iie des placent ulæ d une vache, remplie de
cire.
Partie de lamnion d'un cheval, dcc.
Le Rémora avec quelques autres .animaux.
Des pouliiions de grenouilles , dont les
arteres dans la partie convexe, Se les veines
dans la partie concave,font remplies de mer-
cure.
Quelques grenouille, s embaumées.
Vue boeté avec des écrevices très- rares.
Le nid d’un colibri , avec fafquelette , &
un autre aveefes plumes.
VneboeteaVec plitfieurs chofes de mer*
Vne autre boete avec des écrevices , de un
kucre efpece de Rémora.
Vne boete avec des Lézards volants aportés
des Indes.
Üne autre avec la Salamandre aquatique, 5c.
autres chofes.
Vne boete avec des éroilles de mer joul’ôn
voit entr’autres la Stella arborefeens de rôii«
delet.
Vne autre avec des oeufs de divers oifeaax.
Vne pareille avec quantité d’oeufs, ou il y a
un nid de eotton , que des oifeaux des IndeS
attachent au branches des arbres.
Vne boete de diverses plumes de differentes
Couleurs.
de 2Wr. StiVAmmerdam. 15
Encor une boece avec des écreviflfes , ou il
7 a entr 'autres raretez un petit poiflon , que
1 on trouve fur les plus hautes montagnes.
Vne boite avec des fueilles , donnes fi-
bres font decou vertes, &feparées de leur pa-
re ne hy me. r
Vne boeteavec des fquclettes de grenoiiil-
les, & quelques autres de leurs parties.
Vne grande boete avec des coquilles diïïb-
quees & anatomi fées de diverles maniérés
u irrerentes , pour faire voir leur ihudlure fi-
gure intérieure, & la diverfité de leurs entor-
tiiiemens admirables.
Quantité d œufs de limaçons de cette gran-
deur o oo OOO, lefquels M. SWammerdam,
a ure hors de 1 uterus,du limaçon vivipare.
es parties'du Corail , fur des morceaux de
verre,pour faire voir leur Urudure , fes bou-
iescryftalhnes, comme on le, peut voir dans fa
Lettre adre/ïee au Sr, Bocconi.
Vn inje&ion d’eftain dans le poulmon d un
agneau tres-curieufe , un autre ïnie&ion faite
ans le pores , des rofeaux ou cannes d’Inde.
dm,Vie^?Cte rVCC deS aiSulllons de mouches
amief&iesvefies qui contienent le venin «de
leurs aiguillons. i
C’eft-Jà Je CataJogue des chofcs que il a ra-
maüees , & d un nombre confiderable de
préparations Anatomiques quil a faites en
leize ans de temps.
Le Cabinet* &c.
t6
Oïü L k
CE Cabinet de Air. Suvam
mtr-dam , tire Jôn principal mérité de
ce quil y a mit de Jôn indujlrie,
de Je s préparations t- Anatomiques , !
celuy de JèuCdionJteur (on Perè, qui
efl maintenant à vandre à^AmJler-
dam ejl peut être un des plus grands
qui fait en i Europe , il y avoit mis
tout ce qui efl venu de plus curieux
des Indes Orientales & Occidenta-
les, dans l’efpace de cinquante ans f
quil a employé à le faire .